LES CHRONIQUES 2016 DE L’ABBÉ REUL

 

JÉSUS NOIR, JAUNE OU BLANC ?

Sur la carte du monde se trouvent les 5 continents dont 2 n’ont été connus que tardivement par les Européens. L’Amérique fut colonisée au 16e s. après la découverte du continent par Ch. Colomb en 1492. Ce n’est qu’au 17e s. que des navigateurs hollandais ont atteint l’Australie qui fut ensuite colonisée par les Anglais. Jusque là, seuls 3 continents nous étaient connus. Ils sont en effet proches les uns des autres: à l’Est de la Méditerranée, les pays du Proche-Orient constituent un carrefour qui les relie. Dans cette région, la Palestine est un couloir où, pendant des siècles, les grands empires voisins sont venus s’affronter. Elle était une zone de passage international.

C’est dans ce pays que le Christ a voulu naître et accomplir sa mission. Cette localisation manifestait l’intention du Sauveur d’aller à la rencontre des populations des divers continents. Le cadre géographique de l’événement contient un message qu’il convient de lire comme on lit les pages d’un livre ou les « signes des temps ».

Certains pensent que chaque continent, ou même chaque civilisation a « sa » religion et que le christianisme est la religion de l’Europe. Or, par son origine,  le christianisme n’est pas plus européen qu’africain ou asiatique. Aujourd’hui,  le grand nombre de chrétiens, notamment catholiques, se trouve en Amérique Latine.  Nous représentons le Christ comme un homme de race blanche. Les Asiatiques le représentent tout aussi légitimement comme quelqu’un de leur race et pour les Africains il est noir. Le Sauveur est venu pour tous et a demandé que sa Bonne-Nouvelle soit proclamée dans toutes les nations. La mission de l’Eglise est universelle. Les fruits de l’œuvre du Christ sont destinés à tous.

Revenons à la Palestine. C’est un pays de petite dimension: plus petit que la Sicile qui est plus petite que la Belgique. Dans l’immense empire romain, la Palestine n’était qu’un petit canton. Les historiens de l’empire écrivaient surtout pour glorifier leurs maîtres en racontant leurs faits et gestes. La naissance,  au cours d’un recensement, d’un petit Palestinien, ne les intéressait pas.  Ils n’en parleront que plus tard, quand la présence des chrétiens à Rome sera évidente. Ainsi, quand les témoignages de Juifs convertis au Christ provoqueront des troubles dans la communauté juive de Rome et quand l’empereur Claude, n’y comprenant rien, décidé d’expulser tous les Juifs de la capitale. Cette décision fut signifiée par un décret daté de 49-50 et rapporté par l’historien latin Suétone.  Néron,  successeur de Claude, cherchant à se disculper, accusa les chrétiens d’être coupables de l’incendie de Rome et les fit persécuter en 64.  Les historiens Suétone et Tacite en ont parlé.

L’empire romain s’étendait sur tout le bassin méditerranéen,  sur une bonne partie de l’Europe et sur le Moyen-Orient. La paix relative qui y régnait et l’aménagement des voies romaines ont facilité l’expansion de la foi chrétienne.  Pendant près de 3 siècles, les chrétiens ont subi des persécutions intermittentes. Mais leur nombre et leur influence furent tels qu’au 4e s. non seulement le christianisme fut admis parmi les autres religions, mais fut encore établi comme unique religion de l’Etat. Ce qui n’était pas très respectueux de la liberté religieuse des citoyens.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 20 décembre 2016

RICHE OU PAUVRE

L’Eglise prêche la pauvreté volontaire.  Elle-même n’a pas toujours les apparences de la pauvreté évangélique. Les richesses de l’Eglise suscitent la critique: « Si Jésus voyait,  cela »!

A travers le monde et au cours du temps l’Eglise a connu des périodes favorables et des temps d’épreuve. Elle a été riche ou pauvre selon les pays et les époques. Elle est devenue riche grâce aux dons généreux de ses protecteurs et de ses bienfaiteurs;  elle a été ruinée par les destructions et les confiscations de ses persécuteurs.  L’aventure de la papauté est exemplaire à cet égard: elle a été gratifiée d’un cadeau considérable qu’elle a gardé pendant plus de mille ans et qui lui a été enlevé.

En 753, le pape Etienne était menacé dans Rome par une invasion des Lombards. Ne trouvant pas d’autre protecteur, il fit appel à Pépin-le-Bref (père de Charlemagne), roi des Francs. Le roi victorieux se partagea l’Italie avec le pape qui devint le chef politique des Etats pontificaux. Les papes ont dès lors exercé un pouvoir qui ne convenait pas aux successeurs de Pierre. Cet Etat de l’Eglise disparut en 1870. A ce moment, les différentes régions d’Italie furent progressivement rassemblées pour former une nation.  Victor  Emmanuel,  roi du Piémont,  devenu roi d’Italie, s’empara de Rome; rattacha les Etats du pape à son royaume et fit de Rome sa capitale: il acheva ainsi l’unité italienne. Le roi d’Italie n’était pas un persécuteur, mais un patriote. Le pape Pie IX, dépité et mécontent d’avoir perdu son pouvoir temporel, bouda l’autorité de l’Etat italien.

Dans nos régions d’Europe occidentale, l’Eglise a été victime de destructions et de confiscations provoquées par la révolution française. Dans les pays qui ont été ou qui sont encore sous domination communiste, les Eglises ont subi ou subissent encore les mêmes dommages.

Quelle est la situation actuelle de l’Eglise en Belgique? Depuis sa fondation,  l’Etat belge verse un traitement aux ministres des cultes reconnus et aux agents de la Laïcité organisée. Il demande aux communes d’assurer le logement des curés de paroisse et d’aider les paroisses dont les ressources financières sont insuffisantes. Les « Fabriques d’Eglise », équipes paroissiales responsables de l’entretien du lieu de culte, prévoient dans leur budget le subside communal. Les communes demandent aux paroisses de rassembler la grande part des fonds nécessaires.  Une paroisse perçoit les loyers de ses propriétés, si elle en a; elle récolte le fruit des collectes faites pendant les offices et la participation financière des familles lors des mariages et des funérailles: le casuel.

La baisse de la pratique religieuse a réduit les sommes récoltées aux collectes.  Quant au casuel, il a évolué. Il y a 30 ans, les familles faisaient un don laissé à leur discrétion. Plusieurs oubliaient de remettre une enveloppe. On en vint à demander une somme chiffrée qui a augmenté au fil des années comme le coût de la vie. Les paroisses ne peuvent plus compter sur des bénévoles pour leurs services. Elles font appel à du personnel rémunéré. La somme de 160 Euros demandée depuis janvier 2015 est répartie comme suit : 20 pour le célébrant; 30 pour l’organiste; 25 pour le sacristain; 50 pour la Fabrique d’Eglise (éclairage, chauffage,  nettoyage,  entretien des bâtiments,  assurances);  25 pour l’évêché qui doit rémunérer son personnel laïc; 10 pour l’unité pastorale.

Ce tarif est l’effet d’une décision des évêques des diocèses francophones de Belgique. Un document à ce sujet a été inséré sur le site internet du diocèse: www.liège.diocese.be

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 13 décembre 2016

UN DRAME EN 5 ACTES

L’Évangile selon St. Matthieu cache un secret dans la structure du livre. En effet,  la vie publique de Jésus y est ponctuée par 5 grands discours qui rassemblent des enseignements donnés par Jésus en diverses circonstances. Chaque discours se termine par un même refrain: « Or, quand Jésus eut achevé ces instructions, . . . « .  Ces discours sont comme les 5 actes d’un drame. Chaque discours est l’écho d’une étape de l’intrigue.

Le DISCOURS SUR LA MONTAGNE (chapitres 5-7) marque le temps de la prédication initiale de Jésus en Galilée. Il a prêché, réuni ses premiers disciples, attiré les foules par ses miracles. Son discours proclame la loi du nouveau peuple de Dieu.

Le DISCOURS DE MISSION (chapitre 10) est le reflet d’une période de succès. Les foules sont avides d’entendre l’Evangile et Jésus charge les 12 apôtres de le diffuser. Il les met en garde: ils rencontreront des refus et même des oppositions.  Le DISCOURS EN PARABOLES (chapitre 13) est révélateur de la période où Jésus est suspecté par les autorités religieuses. Il camoufle son enseignement en paraboles. Elles ne servent pas à faciliter la compréhension, mais constituent un langage énigmatique. Les versets 13 et 14 sont clairs: « Voici pourquoi je leur parle en paraboles: parce qu’ils regardent sans regarder et qu’ils entendent sans entendre ni comprendre; et pour eux s’accomplit la prophétie d’Isaïe: ‘Vous aurez beau entendre, vous ne comprendrez pas, vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas’.  » Seuls les cœurs bien disposés peuvent saisir.

Le DISCOURS COMMUNAUTAIRE (chapitre 18) marque le temps où Jésus renonce à parler aux foules mais se consacre à la formation de la communauté appelée à donner un témoignage vivant de l’évangile, par la pratique de l’humilité, du service et du pardon mutuel. Pierre proclame sa foi et est établi comme roc sur lequel l’Eglise sera édifiée.

Le DISCOURS SUR LA FIN DES TEMPS (chapitres 24 et 25) survient tout naturellement dans un contexte d’angoisse et de colère devant la tragédie imminente. Il est précédé par une longue série de vifs reproches aux scribes et aux pharisiens et par la plainte douloureuse sur Jérusalem. Il appelle à la vigilance et annonce la manifestation glorieuse du Fils de l’Homme.

Les récits de l’enfance sont structurés de la même manière. Les épisodes sont connus: l’annonce de la naissance à Joseph, la visite des mages, la fuite en Egypte, le massacre des innocents, le retour au pays. Chaque épisode est suivi du même refrain: « Ainsi s’accomplit ce qui avait été dit », suivi d’une citation biblique. Il y a 5 épisodes dans le récit de l’enfance comme il y a 5 discours dans la vie publique.  Ce nombre fait le rapprochement avec les 5 premiers livres de la Bible qui forment le « Pentateuque » (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome).  Pour les juifs,  ces 5 livres constituent la Loi dont ils attribuent la rédaction à Moïse.  Pour Matthieu,  l’Evangile est la Loi du peuple chrétien et Jésus, nouveau Moïse, en est l’auteur. Plusieurs détails soulignent ce rapprochement: Jésus-enfant a échappé à un massacre comme le petit Moïse qui fut sauvé des eaux; Jésus a proclamé son premier discours sur une montagne, comme Moïse avait ramené le décalogue (les 10 commandements) du Mont Sinaï.

Une vue panoramique du livre de Matthieu met en relief des aspects souvent ignorés de l’ouvrage.

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 6 décembre 2016

 


LA MITRE DE SAINT NICOLAS

Quand le grand Saint circule dans nos rues, il porte sur sa tête une mitre comme celles que portent nos évêques lors d’une cérémonie religieuse. Mais il est probable que Saint Nicolas n’a jamais porté une telle mitre. Les mitres ont évolué au cours des siècles. L’origine en est inconnue. Etait-ce un turban ou une tiare,  coiffures en usage dans le Proche-Orient? On ne sait rien au sujet d’une mitre éventuelle à l’époque du Saint.

Au 11e s. il s’agissait d’un bonnet pointu, serré par un bandeau noué dont les bouts tombaient dans la nuque. C’est l’origine des deux fanons, bouts de tissu attachés encore de nos jours à l’arrière des mitres. La mitre était donc conique. Cette forme fait penser aux chapeaux à large bord dont se couvrent les sorcières. Mais rapidement le cône a été fendu en deux. La mitre a été dès lors formée de deux parties triangulaires de tissu rigide réunies par le sommet et par une bordure inférieure qui enserre la tête. La fente était portée d’avant en arrière. Vers le 13e s., la mitre a pris sa forme actuelle et se porte avec la fente de droite à gauche.

La mitre fait partie du costume épiscopal mais n’a guère de signification. La calotte encore moins: elle est le reste d’un bonnet couvrant toute la tête. Ce bonnet était fort utile en hiver au temps où les églises n’étaient pas chauffées. Ce bonnet devait être particulièrement apprécié par les ecclésiastiques dont le crâne était dégarni! D’autres éléments du costume épiscopal sont plus significatifs: la croix pectorale attachée au cou par une chaînette; l’anneau au doigt,  signe du lien particulier de l’évêque avec le diocèse qui lui est confié; la crosse, bâton du pèlerin et du pasteur.

Du Saint lui-même nous ne savons que peu de choses. Elles sont même incertaines.  Il est né vers 270 à Patara, en Lycie. (Au Sud-Ouest de l’actuelle Turquie). Jeune encore il fut évêque de Myre, autre ville côtière de la-même région. Il est mort vers 340, peu après la fin des persécutions romaines. Sa réputation explique qu’une église fut construite sur son tombeau. En 1071 la région fut envahie par les Turcs. L’insécurité des lieux inquiéta les pèlerins chrétiens. En 1087, des marins de Bari ont enlevé les reliques du Saint malgré l’opposition des moines grecs qui en avaient la garde. Sa tombe à Bari, dans les Pouilles, dans le Sud de l’Italie, est à l’origine d’un sanctuaire d’où la réputation du Saint se répandit en Occident.

A son sujet, on raconte surtout des récits légendaires. Il semble cependant exact qu’il voulut sauver la population de Myre de la famine et qu’il contribua au sauvetage d’un navire en péril.

Les saints évêques sont représentés avec leurs signes distinctifs et très souvent avec un livre à la main: ce sont les Evangiles. Au cours de l’ordination d’un évêque, le livre des Evangiles est imposé sur la tête du futur évêque. La tâche première de l’évêque est d’annoncer l’Evangile. Tout évêque est successeur des Apôtres. Il gouverne son diocèse en communion avec le pape et les autres évêques. Avec eux, il est responsable de l’Eglise universelle et soucieux de l’évangélisation du monde. Cette solidarité se vit lors d’un concile œcuménique qui réunit tous les évêques. Saint Nicolas aurait participé au concile de Nicée en 325.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans Visé Magazine le 29 novembre 2016

DEPUIS LE MONT CARMEL

Le mont Carmel est une montagne de 545 m. située dans le Nord d’Israël, près de Haïfa, en face de la mer Méditerranée.  C’est là qu’eut lieu autrefois la prouesse du prophète Elie qui ramena Israël à la foi au vrai Dieu. C’est là qu’il pria pour obtenir la pluie qui mit fin à une grande sécheresse.

Dès le 12e s. des ermites latins, à l’exemple d’Elie, y menèrent une vie contemplative. Ils se regroupèrent en communautés, se donnèrent une Règle et se placèrent sous le patronage de la Vierge Marie. Au siècle suivant, les invasions des Sarrasins détruisirent les couvents établis en Palestine et en Syrie. Après les massacres de 1291 à St. Jean d’Acre et au Carmel, il n’y eut plus de Carmes en Orient.

L’Ordre émigra vers l’Occident. Les Carmes se consacrèrent à l’étude et au ministère. St. Simon Stock en fut le premier prieur général. Il vécut à Aylesford,  dans le Kent, en Angleterre. Il est mort en 1265 au cours de la visite à une communauté à Bordeaux où il est enterré.

Au 16e s. St. Jean de la Croix inaugura la réforme des Cames déchaussés en Espagne. Les Grands Carmes continuèrent à suivre la Règle mitigée. Dès la venue des Carmes en Europe, des femmes furent attirées par l’idéal de l’Ordre. Les Carmélites furent instituées par Jean Soreth en 1452. En 1562, Ste Thérèse d’ Avila lança sa réforme en fondant le couvent St. Joseph à Avila, en Espagne.

La dévotion à Notre-Dame du Mont Carmel fut populaire au temps où on imposait aux nouveaux membres laïcs de la confrérie de l’Ordre, le scapulaire, cet objet de piété bénit que l’on portait pour obtenir la protection de Marie.  Un vrai scapulaire (du latin scapula = épaule) est une longue pièce d’étoffe recouvrant les épaules et tombant plus ou moins bas par devant et par derrière. Il fut d’abord un simple vêtement de travail et est ensuite devenu une pièce de l’habit des moines. Sous sa forme réduite, le scapulaire est devenu l’objet de piété dont nous parlons: il s’agit de deux médaillons d’étoffe, reliés par deux cordons parallèles,  retombant l’un sur la poitrine, l’autre dans le dos. Il se portait sous les vêtements. Chacun des médaillons portait l’image de la vision de St. Simon Stock: la Vierge tenant l’enfant-Jésus sur ses genoux et remettant au saint carme l’insigne de la confrérie.

Actuellement, au pied du mont Carmel, se trouve le mausolée monumental du fondateur de la secte Bahaï:  Baha’U’llah. Il se présenta en Iran au 19e s. comme le Grand Educateur Universel annoncé par le jeune Bab. Mort en exil, le corps de Baha’U’llah fut transporté à Haïfa. Les Bahaï voient en lui le prophète annoncé dans toutes les Ecritures et accomplissant les promesses de toutes les religions.  Ils visent l’établissement d’une communauté mondiale dans laquelle toutes les religions seront unies. Leur siège central est à Haïfa.

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 22 novembre 2016

 


 

LA PRIÈRE DU LARRON

Courte, mais pleine de confiance en Jésus crucifié, cette prière fut celle d’un malfaiteur condamné comme Jésus à une mort atroce. Au calvaire, Jésus s’est trouvé au milieu de deux malfaiteurs. Il a toujours été proche des pécheurs. Il l’a encore été au moment de sa mort.

La prière du larron est étonnante d’abord parce qu’elle a été dite dans un contexte hostile à Jésus. L’évangile selon St. Luc, dans son chapitre 23, dit : « Les chefs tournaient Jésus en dérision : ‘Il en a sauvé d’autres, qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Elu !’ Les soldats aussi se moquaient de lui : s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée en disant : ‘Si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi-même. ‘ Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : ‘Celui-ci est le roi des juifs’. L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : ‘N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même et nous aussi’.  » Notre larron fait de vifs reproches à son compagnon d’infortune : « Tu ne crains pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ». Puis il proclame l’innocence de Jésus : « Il n’a rien fait de mal ».

La prière du larron est étonnante pour une deuxième raison. Elle est faite au moment où Jésus est rejeté, humilié, cloué nu sur le bois, couvert de sang et agonisant. Pourtant le larron reconnaît la royauté de Jésus et lui adresse sa demande pleine de foi : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume ».  Une troisième chose est remarquable : ce larron est le modèle du pécheur qui se convertit : il reconnaît son péché et accepte sa peine : « Pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons ». Il s’en remet à la miséricorde de Jésus avec une grande confiance.

La réponse de Jésus est une déclaration solennelle qui révèle son autorité : « Amen, je te le dis, aujourd’hui, avec moi tu seras dans le paradis ». La croix ressemble dès lors à un trône du haut duquel le roi prononce sa décision : il accueille dans son Royaume le premier citoyen ! Il a suffi, qu’à la dernière minute, il lance sa prière confiante, pour être reçu par Jésus, le jour-même, pour être avec lui.  Il sera comme les disciples que Jésus appela au début de sa mission, « pour être avec lui et pour prêcher l’évangile ». Il meurt en croix avec Jésus et la gloire du ressuscité lui est promise.

St Luc est le seul évangéliste qui parle du bon larron. Il aime mettre en évidence la grande miséricorde de Jésus pour les pécheurs et la grâce du pardon. Il ne pouvait passer sous silence cet épisode qui parle de la conversion retentissante d’un grand pécheur à qui la grâce du pardon est accordée.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 15 novembre 2016

 

VOYAGE UNIQUE

Dans l’introduction de son livre, l’évangéliste St Luc dit avoir mené son enquête sur la vie de Jésus et annonce en avoir rédigé un récit ordonné.

Tout commence à Jérusalem, au temple, par une cérémonie religieuse qui reste inachevée. Le prêtre Zacharie fut interrompu pendant la célébration par le messager céleste qui lui annonça le naissance d’un fils : Jean-Baptiste. Son incrédulité lui valut de devenir sourd et muet. A la fin de l’office il fut incapable de prononcer la bénédiction finale pour la foule. La liturgie resta inachevée.

Suivent, en parallèle, les récits de l’enfance de Jean-Baptiste et de Jésus. Très vite, le précurseur, adulte,  entre en scène au désert pour ouvrir la voie à Jésus qui est baptisé par lui au Jourdain. Avant de parler du séjour de Jésus au désert, Luc donne une indication sur son âge. Nous pensons généralement que Jésus a mené sa vie cachée à Nazareth pendant 30 ans. Luc est le seul à nous donner, ici, un renseignement sur son âge à l’entrée de sa vie publique : « Jésus, à ses début, avait environ 30 ans ». C’est probablement une allusion au roi David qui a commencé à régner à cet âge : « David avait 30 ans quand il devint roi ». (2 Samuel, 5, 4). Ce rapprochement signifie que Jésus est un nouveau David et qu’il inaugure son règne

Jésus déploie d’abord son activité en Galilée (4, 14-9, 50).

A la foule il présente des paraboles qu’il explique à ceux auxquels « il est donné de connaître les mystères du Royaume ». Pierre affirme la foi du groupe et répond ainsi à la question de savoir qui est Jésus.

Ensuite, Jésus quitte définitivement la Galilée pour monter à Jérusalem. Toute la deuxième partie de l’activité de Jésus se passe au cour de ce voyage (9, 51- 19, 28). Selon Luc, Jésus n’aurait fait qu’un seul voyage à Jérusalem pendant toute sa vie publique : c’est une construction originale et artificielle. Le voyage est introduit par une phrase solennelle qui oriente la marche vers l’événement pascal dont l’accomplissement est proche : « Comme arrivait le temps où il allait être enlevé de ce monde, Jésus prit résolument la route de Jérusalem ».  Deux autres passages mentionnent le but du voyage.

Le reste de l’activité de Jésus se passe à Jérusalem : c’est la troisième partie de sa vie publique (19, 29-24, 53). Jésus arrive comme un roi, pleure sur la ville qui va refuser sa venue, manifeste son autorité en chassant les marchands du temple où il enseigne chaque jour. Même dans l’humiliation de sa passion, il affirme sa royauté et à travers l’épreuve, le Père le mène à la gloire. Les récits de Pâques se situent tous à Jérusalem.

Le récit de la dernière apparition est intéressant. Jésus, ayant emmené les disciples à Béthanie, « levant les mains, les bénit. Or, comme il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au ciel ». Il insiste sur la « bénédiction ». C’est comme la finale d’une liturgie dont l’envoi comporte une bénédiction.  L’évangile avait commencé par une liturgie inachevée, il se termine par l’achèvement d’une liturgie. « Les disciples retournèrent à Jérusalem, pleins de joie, et ils étaient sans cesse dans le temple à bénir Dieu ». L’évangile se termine là où il avait commencé. Toute la vie de Jésus a été une liturgie dont le sommet a eu lieu à Jérusalem.

Abbé Auguste REUL

 

Paru dans le Visé Magazine du 8 novembre 2016

 

PAR AMOUR OU PAR DEVOIR

Des idéalistes trouvent que ce qui se fait par convention ou par devoir est peu sincère, voire hypocrite. Ils voudraient que le bien se fasse librement,  spontanément. , par conviction et par amour. Ils rêvent d’un monde où le bien se ferait librement partout. La réalité est, hélas, différente : il y a beaucoup d’indifférence, d’égoïsme et de méchanceté. Laisser libre cours à nos envies serait  dangereux.

Nous cherchons à maîtriser nos tendances et à les canaliser selon les orientations données par les religions et les pouvoirs publics. Ceux-ci répriment les infractions aux lois, non pour brimer la liberté des citoyens mais pour favoriser la vie en société. Car, malgré notre bonne volonté,  la faiblesse nous paralyse. Que de promesses non tenues! Il est difficile d’accorder nos actes à nos paroles. Pourtant, notre cohérence nous vaudra la confiance des autres.

Des foyers se réunissaient chaque mois pour partager leur vécu et pour s’encourager à appliquer les orientations de leur mouvement. Il leur était recommandé de réserver chaque mois un temps pour se parler en couple comme des amoureux. Ils étaient convaincus du bienfait de ce partage mais l’expérience révélait combien il était difficile de trouver le bon moment pour ce plaisir de « s’asseoir ». On finit par parler du « devoir de s’asseoir » parce que cela demandait un « effort ».

Autrefois, les moralistes parlaient aux époux de leur « devoir conjugal » : ils visaient l’union conjugale. Le conjoint qui vit cela comme un « devoir » risque de ne pas y mettre beaucoup de tendresse. On voudrait croire qu’aujourd’hui les choses se font « par amour ».  Hélas,  beaucoup de violences sont faites aux femmes dans les couples. Des rapports leur sont imposés de force au point qu’ils sont assimilés à des viols.

Les parents aiment leurs enfants et ne leur veulent que du bien.  Pourtant,  les juges qui veillent à la protection des enfants sont amenés à déchoir des parents de leurs droits sur leurs enfants.  Il se trouve même des parents qui tuent leurs enfants. La loi impose aux parents le « devoir » de veiller au bien de leurs enfants.  Les enfants aiment leurs parents. Normalement. Mais le commandement qui prescrit l’amour filial n’est pas inutile. Ce qui ne serait pas fait « par amour » serait fait « par devoir ».

Le Christ résume la morale biblique en deux points : l’amour pour Dieu et l’amour pour le prochain. Le christianisme est une religion d’amour. Laquelle fait mieux? Mais ici aussi, la ferveur spontanée faisant défaut, ces enseignements ont été présentés en « commandements » au risque d’être ressentis comme une contrainte insupportable.

Parviendrons-nous à tout faire « par amour » et non « par devoir »?

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 2 novembre 2016

 

 LE FEU DE L’ENFER

 » Préservez-nous du feu de l’enfer ». Cette demande est tirée d’une prière qui s’inspire du message de Notre-Dame de Fatima (1917). La formule est vieillotte.  Actuellement, de plus en plus de gens demandent à passer par le feu de la crémation après leur mort. De moins en moins de gens croient au feu de l’enfer.  Réfléchissons : à la fin de notre passage en ce monde, nos quitterons l’univers de la matière qui connaît l’espace et le temps. L’enfer n’est pas à comprendre de manière matérielle comme s’il s’agissait d’une torture sadique. Dans leur « Livre de la foi » publié en 1987, les évêques de Belgique écrivaient : «L’enfer est un état (non un lieu) où l’homme refuse consciemment et délibérément toute relation à Dieu et aux autres. L’enfer existe, car l’homme a la possibilité de se laisser « captiver » par son orgueil. L’enfer est la conséquence du refus de la grâce et de la miséricorde de Dieu ».

Disons les choses autrement. Nous croyons que Dieu est amour. La vie nous est donnée pour faire un apprentissage : accueillir l’amour qui nous vient des autres et de Dieu et offrir le nôtre aux autres et à Dieu. A notre départ de ce monde,  nous serons en présence de Dieu. Ceux qui auront appris à être ouverts à l’amour seront comblés de bonheur : ce sera « le ciel ». A ceux qui se seront enfermés dans l’égoïsme et l’orgueil, la présence de Dieu sera insupportable. Cette grande souffrance fera leur malheur : ce sera « l’enfer ».

Pourquoi a-t-on comparé cette souffrance à un feu? (C’est d’autant plus étonnant que la flamme et le feu sont symboles d’amour).  Cette image du « feu qui ne s’éteint pas » comme symbole de l’enfer, vient du monde juif. Jésus a repris cette image. Les artistes l’ont amplifiée et l’imagination populaire s’est déchaînée.  Le Nouveau Testament est plus réservé. L’évangile selon St. Matthieu s’adresse à des chrétiens d’origine juive : il parle volontiers de « la géhenne du feu qui ne s’éteint pas ». Pour des non-juifs, cette image ne disait rien. St. Paul et St. Jean l’ont abandonnée.

Le mot « géhenne » vient de « gè-ben-Hinnom » (vallée du fils de Hinnom). Cette vallée longe la Jérusalem ancienne au Sud et à l’Ouest. Des cultes païens y ont été pratiqués. Deux rois juifs y ont sacrifié un fils par le feu. Lors d’une réforme religieuse, ce lieu maudit fut rendu impur par le dépôt de cadavres et de détritus qui se décomposaient et se consumaient par un feu permanent. Les traditions juives font de la géhenne un lieu de tourment final pour les méchants.

Quand aujourd’hui nous disons croire à l’enfer, nous affirmons qu’il est possible de rater sa vie en se privant de ce bonheur éternel qui nous est proposé et auquel nous sommes appelés. Cette possibilité souligne le sérieux de notre liberté et de notre responsabilité. Dieu respecte notre liberté. Il ne veut faire le bonheur de personne malgré lui en lui imposant sa volonté. Par contre, on ne sait pas si, en fait, un humain a jamais opté définitivement contre Dieu.

Ces réflexions se rapportent à « l’enfer » (au singulier). Le credo parle aussi « des enfers » (au pluriel), Il s’agit alors des « lieux inférieurs » où, selon la Bible, étaient rassemblés tous les défunts. Après sa mort, Jésus est « descendu aux enfers » : il a rejoint les morts pour leur ouvrir l’accès à la vie éternelle.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 25 octobre 2016

 


 

POUR FAIRE UN DIMANCHE

Des fidèles empêchés d’aller à la messe le dimanche, compensent cette absence en allant à une messe en semaine. C’est très beau. Mais la messe dominicale est particulière. D’abord, les fidèles rassemblés prennent conscience de leur appartenance à la communauté, et plus largement à l’Eglise. Ensuite, en union avec toute l’Eglise, ils fêtent la Pâques du Christ le jour de la résurrection. Le temps fort de cette journée est l’eucharistie à laquelle tous les fidèles sont attendus.

Nos frères orientaux, orthodoxes et catholiques, ne célèbrent qu’une seule messe le dimanche. Elle est très longue et les fidèles y assistent le temps qu’ils peuvent. Cette messe est particulière au dimanche, car, chez eux, il n’y a pas de messe en semaine.

La différence est grande entre la pratique de ces Eglises et celle de notre Eglise latine qui a multiplié les messes du dimanche pour permettre aux fidèles d’avoir, en peu de temps, une messe complète. Notre Eglise a aussi multiplié les messes en semaine.

Au début, le dimanche était lié à la pratique juive : le christianisme est une dissidence du judaïsme. Le repos du sabbat, septième et dernier jour de la semaine, est en vigueur chez les juifs d’aujourd’hui comme chez ceux d’autrefois. Ce jour chômé qui a des effets positifs sur la vie familiale et sociale, est d’origine religieuse.

L’Eglise primitive de Jérusalem était constituée de juifs devenus chrétiens. Elle est née dans un contexte juif.

Jésus est mort la veille d’un sabbat et est ressuscité le lendemain de ce sabbat, soit le premier jour de la semaine suivante. L’évangéliste St. Jean dit que le Ressuscité apparut au milieu de ses disciples rassemblés au cénacle en ce premier jour, le jour de Pâques, le premier dimanche de l’histoire. La deuxième apparition dont il parle eut lieu dans les mêmes circonstances une semaine plus tard : c’était le deuxième dimanche.  Ce fut le début de la série des dimanches qui se prolonge de nos jours et se poursuivra jusqu’à la fin des temps. Chaque fois, les fidèles rencontrent le Christ vivant, mais invisible. Cette présence est signifiée par la flamme du cierge de Pâques. Chaque année, à Pâques, on allume un nouveau cierge marqué du millésime de l’année pour rappeler que d’année en année, de siècle en siècle, le Vivant demeure parmi les siens. La tradition du rassemblement dominical remonte aux temps apostoliques et est l’effet d’une initiative du Christ lui-même.

Progressivement, pour les chrétiens, le jour de repos hebdomadaire s’est déplacé du samedi au dimanche. Ce déplacement a été l’effet de l’autonomie progressive du christianisme par rapport au judaïsme.

Les anciens auteurs chrétiens aimaient tirer des enseignements à partir du symbolisme : des nombres. Ainsi, le dimanche, premier jour de la semaine, peut aussi être considéré comme le huitième jour de la semaine écoulée. Cela signifie qu’il représente ce qui se passera au-delà de notre monde, dans l’au-delà, dans l’éternité. Le dimanche représente alors l’attente du monde à venir, notre espérance.  Le repos du dimanche devient ainsi l’image et l’annonce du repos éternel.

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 18 octobre 2016

 


 

LA MÈRE DE DIEU MEXICAINE

Les apparitions de la Vierge au Mexique ont eu et ont toujours, une influence considérable. Elles déclenchèrent un vaste mouvement de conversions : 8 millions en 6 ans. Le message de Marie est très adapté à la culture aztèque locale. Marie y a choisi la colline de Tepeyac qui était le site où les Aztèques vénéraient la déesse Tonantzin, la « mère des peuples », aussi appelée « mère des dieux ». La Vierge s’est présentée comme la « mère de Dieu ». Elle s’est manifestée à un Indien d’une classe inférieure à qui elle parlait la langue des Indiens. L’image miraculeuse est très significative : la Vierge est métisse, portant une tunique qui rappelle la tenue de gala des princesses aztèques. Selon la coutume des femmes aztèques, elle porte la ceinture un peu au-dessus de la taille pour montrer qu’elle est enceinte : elle va être la mère du nouveau Dieu, le Soleil éternel, dont les rayons jaillissent de tout son corps. Vêtue d’un manteau étoilé, elle est debout sur la lune. Selon la tradition indienne, ces éléments étaient en conflit : chaque matin, la lune et les étoiles devaient subir la défaite que leur infligeait le soleil. Les voilà réconciliés. La Vierge est donc l’annonciatrice d’un dialogue entre deux mondes antagonistes. Aux pieds de la Vierge, un ange soutient la lune. Portée par ces êtres célestes, la Vierge annonce l’avènement d’une ère nouvelle pour tous les habitants du pays.

En parlant leur langue et en adoptant leurs symboles culturels elle affirmait leur dignité.

L’apparition eut lieu 39 ans après la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. Dix ans après la chute de la capitale aztèque devant les conquérants espagnols. Cette défaite fut un désastre. Elle constituait la fin d’une civilisation : ses dieux étaient vaincus ; ses chefs étaient morts ; les mondes économique, social, culturel et religieux du pays sombraient.

Douze franciscains envoyés par le pape Adrien II en 1524 avaient entrepris l’évangélisation du pays. L’un d’eux est devenu le premier évêque du Mexique en1528. A Guadalupe, Marie s’est adressée à un peuple qui ne la connaissait pas. Juan Diègo s’est trouvé médiateur entre la hiérarchie de l’Eglise et le peuple. Il était chargé d’inviter les Espagnols à modifier leur comportement et à respecter les Indiens. Aux Indiens, il était chargé de demander d’accueillir l’Evangile. Ceux qui furent mêlés aux événements y ont vu un symbole de réconciliation entre les colonisateurs et les colonisés : la Vierge métisse incarnait le mélange du sang des 2 races.

L’évêque travailla à la promotion des indigènes et lutta contre la traite des Indiens et contre l’odieux esclavage que les Espagnols leur imposaient. En demandant que son image soit appelée « Sainte Marie de Guadalupe », la Vierge signifiait aux conquérants que la Reine qu’ils invoquaient en Espagne sous le même vocable, était aussi la mère des Indiens qui étaient donc leurs frères.

Suite aux apparitions, l’Eglise modifia son action missionnaire. Désormais, elle ne sera plus « pour l’indigène », mais « à partir » de lui. La Vierge avait donné le ton. Guadalupe, c’est la fierté retrouvée, c’est la race des petits restaurée dans sa dignité.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 11 octobre 2016

 

 


 

MEXIQUE CATHOLIQUE
Le Mexique compte plus de 112 millions d’habitants. Rien que sa capitale, Mexico, et son agglomération en comptent plus de 20 millions. Au moment de la domination espagnole, des millions devinrent catholiques sous l’influence des apparitions de la Vierge près de Mexico. Au 19ème siècle, le pays était la région la plus peuplée et la plus riche du continent. Après son indépendance, il devint une république fédérale. Au début du 20ème siècle, le communisme marxiste y triompha et pratiqua une politique antireligieuse qui provoqua un soulèvement populaire. Les visites des papes à ce grand peuple nous poussent à mieux connaître les apparitions de Marie au Mexique et la persécution que l’Eglise mexicaine a subie.
En décembre 1531, la Vierge apparut quatre fois à un pauvre Indien : Juan Diégo, sur la petite colline de Tepeyac, près de Mexico. Celui-ci parla d’abord d’une « belle dame aux habits rayonnants et à la grandeur surhumaine » qui demandait la construction d’une église. L’évêque Mgr Zumarraga à qui il transmit la requête, demanda un signe. Le mardi 12 décembre, lors de la dernière apparition, la Vierge demanda à Diégo de monter plus haut sur la colline pour cueillir des fleurs. Or, c’était l’hiver.
Surprise : une myriade de fleurs recouvrait comme un tapis, le sol gelé de la colline. Il en cueillit une brassée, la serra dans son manteau et la porta chez son évêque. Là, il ouvrit son manteau pour lui montrer les fleurs : le bouquet tomba et une image apparut comme une peinture sur le tissu blanc du manteau. C’était un dessin d’une extrême finesse : c’était l’image de la Mère de Dieu.
L’évêque, bouleversé par cette image d’origine miraculeuse, ordonna que sur la colline fut construite une chapelle en l’honneur de Notre-Dame de Tepeyac. Mais le jour même, la Vierge apparut aussi à Juan Bernardino, l’oncle de Juan Diégo. Atteint d’une maladie grave, il fut aussitôt guéri par celle qui lui demanda qu’on l’honore sous le vocable de Notre-Dame de Guadalupe. Juan Bernardino ignorait qu’en Espagne, dans la région de l’Estramadure, près de Séville, la Vierge était vénérée sous ce nom depuis deux siècles. L’évêque, qui était espagnol, ne l’ignorait pas et y vit un signe supplémentaire de la véracité des apparitions.
L’image miraculeuse de la Vierge est exposée dans la basilique de Guadalupe .Tous les jours, depuis des siècles, les foules de tout le continent et du reste du monde défilent. Chaque année près de 20 millions de pèlerins passent au sanctuaire. C’est le centre de pèlerinage marial le plus fréquenté au monde. Juan Diégo qui fut baptisé à 47 ans, sept ans avant les apparitions, travailla humblement à la construction du sanctuaire jusqu’à sa mort. Il a été canonisé par le pape Jean-Paul II en juillet 2002, lors de sa troisième visite au sanctuaire mexicain.
La persécution religieuse a sévi au Mexique dès sa rupture avec l’Espagne. Mais à partir de 1917, les maîtres du Mexique adoptèrent les méthodes communistes pour combattre l’Eglise : expulsion des prêtres étrangers, suppression des ordres religieux, réduction du clergé. Des résidences d’évêques furent dynamitées et même le sanctuaire de Guadalupe. Le président Calles résolut d’éliminer le catholicisme du pays : expulsions, arrestations et exécutions se multiplièrent. Il y eut des milliers de victimes. Mais la résistance se renforçait : les pèlerinages à N-D de Guadalupe prouvaient que la foi catholique n’était pas morte. A l’approche de la seconde guerre mondiale, des hommes moins marqués de marxisme accédèrent au pouvoir et se montrèrent plus accommodants.

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 4 octobre 2016

 


 

PORTUGAIS VÉNÉRÉ EN WALLONIE

Les portugais l’appellent « Antoine de Lisbonne » parce qu’il est né dans cette ville en 1195.

Nous l’appelons « Antoine de Padoue » parce qu’il est mort dans cette ville en 1231 à l’âge de 36 ans.

Nous lui demandons de nous aider à retrouver ce que nous avons perdu. Sa spécialité serait due au fait qu’un jour, un de ses élèves lui aurait dérobé son livre de psaumes et que la prière du saint aurait contraint le voleur à restituer le précieux livre.

A Liège, on l’invoquait particulièrement à l’église St Antoine en Hors-Château. Ses dévots se rendent aujourd’hui à Harre, sur le chemin de Manhay. Il était religieux dès l’âge de 15 ans et vivait au monastère de Coïmbra quand furent ramenés au Portugal les restes des martyrs franciscains massacrés, à Marrakech au Maroc. Désirant suivre leur exemple, il quitta son ordre avec l’accord de ses supérieurs, se fit franciscain et s’embarqua pour le Maroc. Mais il tomba malade et dut quitter l’Afrique. Une tempête le jeta sur les côtes de la Sicile. Puis il se rendit à Assise au chapitre général de 1221. On l’envoya résider à l’ermitage San Paolo, près de Forli, dans le nord de l’Italie. Il y fit l’apprentissage de l’austère vie franciscaine primitive.

Un jour, à Forli, lors d’une ordination, il dut remplacer au pied levé le prédicateur empêché. Il se révéla remarquable orateur et on l’envoya prêcher. Ainsi commença sa mission d’apôtre et de débatteur. Il poursuivit la tâche entreprise par St Dominique qui venait de mourir à Bologne.

Antoine allait, pendant 9 ans, continuer son œuvre doctrinale. Il prêcha dans toute l’Italie et en de nombreuses villes de France.

Il fut canonisé moins d’un an après sa mort, par le pape Grégoire IX qui l’avait bien connu.

Antoine était en effet talentueux et un grand saint très versé en sciences bibliques et théologiques.

En juin 1226, au chapitre provincial d’Arles, il fut nommé custode de Limoges. En 1227, il devint ministre provincial de l’Emilie, région du nord de l’Italie.

En 1228 il était à Rome pour les affaires de l’ordre. Il y prêcha devant le pape Grégoire IX.

En 1231, il prêchait encore le carême à Padoue. Il mourut près de cette ville en juin de la même année.

Antoine était connu pour sa sainteté et ses miracles. Il était réputé pour sa science biblique. Il était considéré comme un maître surtout par les franciscains pour lesquels il avait ouvert la première école théologique, à la demande expresse de St François et avec l’appui élogieux du pape.

L’imposante basilique construite à Padoue sur la tombe du saint a demandé plus d’un siècle et demi de travaux. De là, le culte de St Antoine s’est étendu à l’Eglise universelle.

Il est représenté avec un livre à la main, symbole de sa carrière de prédicateur.

Souvent, il porte aussi un lys, symbole de chasteté. En 1496, la scène de l’apparition de l’enfant-Jésus est peinte pour la première fois. Elle est devenue habituelle.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 27 septembre 2016

 

ÉVANGILES CONTRADICTOIRES

Un paroissien très observateur m’a parlé d’une contradiction repérée dans l’Evangile. D’une part on dit qu’après la visite des mages à Bethléem, pour fuir le massacre d’enfant ordonné par Hérode, la sainte famille se réfugia en Egypte ; d’autre part on dit que 8 jours après sa naissance on procéda à la circoncision de l’enfant, et 40 jours après Noël, nous fêtons la présentation de l’enfant au temple. Nous qui lisons les Evangiles comme on lit un livre d’histoire et qui prenons les récits à la lettre, nous sommes déroutés.

Disons d’abord que c’est Matthieu qui parle de fuite en Egypte et que c’est Luc qui parle de circoncision et de présentation. Ils sont les seuls à nous donner un récit sur l’enfance de Jésus. Les quatre Evangiles sont très différents. Chaque auteur présente sa vision des choses, sa pensée. Chacun propose le récit le plus approprié pour présenter sa pensée. Il s’agit donc de déceler la pensée contenue dans le récit. Que veulent dire ces récits ?

Selon Matthieu, Jésus échappe à un massacre, comme Moïse, fondateur du peuple de l’Ancienne Alliance a échappé au massacre des garçons hébreux nouveau-nés, ordonné par le pharaon d’Egypte. Jésus est le nouveau Moïse attendu. Après la mort d’Hérode la sainte famille rentre au pays. L’enfant Jésus fait l’expérience qu’a vécue le peuple hébreu quittant l’Egypte pour aller en Terre Promise. Il assume le passé de l’Israël ancien avant de former le nouvel Israël.

Luc souligne la fidélité de la sainte famille aux préceptes religieux, le zèle avec lequel les parents de Jésus s’acquittent de la tâche que Dieu leur a confiée. L’enfant est parfaitement intégré dans le peuple de Dieu et hérite de ses richesses spirituelles.

Au sujet d’un récit, nous ne devons pas nous demander « si ça s’est passé comme ça » mais « que veut dire ce récit ? »

Si nous cherchons dans les Evangiles des précisions historiques, nous serons surpris. Dans le récit de l’annonciation, Luc nous dit que Marie habitait Nazareth. Le récit de la nativité dit que « Joseph monta de Nazareth vers Bethléem avec son épouse enceinte ». Ils habitaient donc tous deux à Nazareth.

Matthieu parle du retour de la sainte famille au pays : « Apprenant qu’Archélaüs régnait sur la Judée à la place de son père Hérode, Joseph eut peur de s’y rendre, et divinement averti, il se retira dans la région de Galilée et vint habiter une ville appelée Nazareth ». Comme s’il y était nouveau-venu. L’auteur conclut que c’était « pour que s’accomplisse ce qui avait été dit par les prophètes : il sera appelé Nazaréen ». Or nulle par l’Ancien Testament ne parle de Nazareth ou de Nazaréen. Jésus sera appelé « le Nazaréen ». Ses disciples seront traités avec mépris sous le nom de « Nazaréens ». Jésus fut le premier « Nazaréen » persécuté. Les prophètes avaient annoncé que le Messie serait un juste, Serviteur de Dieu, méprisé et persécuté. En cela Matthieu dit vrai.

La lecture des Evangiles nous réserve des surprises et demande des explications.

 

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 20 septembre 2016

 

 

LA TV PEUT AIDER

 

Des touristes européens circulant dans un pays du Moyen-Orient, avaient souhaité rencontrer un ermite retiré dans un lieu désert. Leur guide se rendit auprès de lui pour lui proposer cette visite. L’ermite ne désirait pas recevoir « des gens qui ne jeûnent pas et qui ne prient pas ». Notre chrétienté occidentale n’avait pas bonne réputation. Il savait ce qui se passe chez nous où ces pratiques sont réduites ou inexistantes. En effet, le jeûne n’est plus prescrit que 2 jour par an : le mercredi des Cendres et le vendredi-saint. Les privations volontaires (mortifications) du vendredi sont laissées à l’initiative de chacun. Depuis la suppression de l’abstinence de viande, qui pense à se priver ?

Que se passe-t-il pour la prière ? Il n’existe aucune statistique au sujet de la prière individuelle. On ne peut parler de ce qui se voit. Les centres de pèlerinages sont très repérables : ils rassemblent des foules. Les monastères et les abbayes où vivent des professionnels de la prière attirent beaucoup de monde. Les maisons de retraites spirituelles sont nombreuses et fort fréquentées. Les paroisses proposent principalement des messes dominicales, des adorations et la prière du chapelet. Autrefois on chantait l’office du matin (les laudes) avant les funérailles, et l’office du soir (les vêpres) le dimanche. Mais l’assistance réduite mena à la suppression de ces offices et l’allègement du jeûne en vue de la communion permit de multiplier les messes du samedi soir au dimanche soir.

Aujourd’hui, le nombre de pratiquants et le nombre de prêtres ont considérablement baissé. Le nombre de messes est réduit. Les lieux et les heures changent. Les fidèles doivent se déplacer. Les messes transmises par la radio et par la TV ont de plus en plus de clients.

La radio d’abord, la TV ensuite, ont diffusé des messes à l’intention des malades et des infirmes. De nos jours, les aînés sont de plus en plus nombreux. Pour eux le chemin vers se fait difficile. Ils suivent la messe à la TV. D’autres, pourtant moins handicapés, font le même choix. Ils y trouvent des avantages : pas de déplacement, grand confort, pas de collecte, chants et prédication de qualité. Cette pratique a ses inconvénients : elle réduit le contact avec la communauté locale et prive de la communion sacramentelle. Elle prive les paroisses de ressources très utiles.

Soyons positifs. De nos jours, la TV peut nous aider à vivre et à prier avec l’Eglise. En effet, une chaîne catholique française rapporte en direct ses activités et ses célébrations. Les diocèses belges y ont leur place. Ces émissions sont diffusées en Belgique. Elles vous permettent de rejoindre les pèlerins de Lourdes, des communautés monastiques ou d’accompagner le pape lors de ses voyages.

Vous pouvez capter la chaîne de TV catholique KTO chez Proximus sur le canal 299, chez VOO sur le canal 144, sur SFR numéricable sur le canal 94, ou encore par internet www.ktotv.com . KTO publie ses programmes dans une revue KTO mag.

Adresse utile :

KTO Belgique asbl

Avenue de la Belle Alliance, 1

1000 Bruxelles

Tél. : 02/ 888 99 79

Courriel : www.ktotv.com

Abbé Auguste Reul

 


 

VISÉ ET AMAY

 

Dans les deux cités situées en bord de Meuse on peut admirer une collégiale récemment restaurée. Les deux conservent une châsse précieuse de la même époque très ancienne : Amay vénère Ste Ode ; Visé vénère St Hadelin.

Ce ne sont cependant pas les seuls rapprochements possibles entre les deux édifices. Dans la collégiale de Visé, à côté de l’autel latéral gauche, une dalle commémorative parle d’un visétois célèbre du 17e s. : le chanoine François de Sluse, mathématicien savant et scientifique. Il fut ensuite abbé séculier d’Amay où on parle aussi de lui. J’y ai été curé pendant 11 ans. Il fut enfin vice-prévôt de la cathédrale de Liège.

Dans le porche de la grande entrée de la collégiale de Visé, dans un médaillon de marbre blanc, se trouve le buste des époux de Charneux-Pernode. Cette pièce a été sculptée par le célèbre artiste liégeois du 17e s. : Jean Del Cour. La collégiale d’Amay conserve six statues du même artiste. La plus élevée d’entre elles se trouve en haut du retable dressé derrière l’ancien maître-autel : La Vierge assise sur un nuage, tenant de sa main gauche un spectre et de sa droite l’enfant-Jésus assis sur le genou droit de sa mère. L’enfant ouvre les bras. On peut penser qu’il est surpris en pensant au sort qui l’attend, ou encore qu’il accueille ceux qui viennent à lui. La scène nous ramène à la Nativité de Jésus, où Marie nous présente l’enfant qu’elle vient de mettre au monde.

Dans le fond du bas-côté droit de la collégiale de Visé, une imposante Vierge douloureuse tenant le corps sans vie de son Fils, nous surprend et nous émeut par son réalisme. C’est une œuvre anonyme en plâtre, malheureusement endommagée. Elle donne une autre version de la « Vierge avec son Fils ». Celui-ci, après avoir été descendu de la croix, est posé près de sa mère éplorée. Celui qu’elle a donné au monde lui est rendu après la tragédie du Calvaire. Quelqu’un a ironisé en disant : « Elle nous a donné son Fils. On le lui a bien rendu ». Les évangiles sont très discrets et sobres au sujet de ce qui s’est passé au Calvaire. Le prologue de l’évangile selon St Jean constate, sans faire de commentaire : « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu. » En fait, la scène est celle de la treizième station du chemin de croix : « Jésus est descendu de la croix ».

Trois évangiles disent que Joseph d’Arimathie obtint de Pilate l’autorisation de prendre le corps de Jésus. Il le descendit de la croix, aidé par Nicodème. (Matthieu par contre dit que Pilate ordonna que l’on remette le corps de Jésus à Joseph.) celui-ci le prit, l’enveloppa d’un linceul et le déposa dans un tombeau.

St Jean est le seul évangéliste qui parle de la présence de Marie au Calvaire avant la mort de Jésus.

Telles sont les réflexions inspirées par la visite des collégiales des deux cités mosanes.

 

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 6 septembre 2016

 

ÉGLISES AUX NOMS VARIÉS

 

Une ÉGLISE est un édifice destiné à recevoir la communauté des baptisés. Le nom vient du grec « ekklésia » qui signifie « assemblée ». Une église est une maison du peuple chrétien. Il y en a une dans chaque paroisse. Toute ÉGLISE PAROISSIALE était autrefois desservie par un curé. Plusieurs paroisses sont groupées en doyenné dont l’église principale est l’ÉGLISE DÉCANALE. Une CHAPELLE est une enceinte aménagée dans une église et contenant un autel. C’est aussi une pièce ou un édifice réservé au culte, dans une maison religieuse. C’est aussi un petit édifice cultuel isolé. Un ORATOIRE est l’endroit d’une maison destiné au culte et à la prière. L’endroit est privé ou public. Un monastère autonome gouverné par un abbé ou une abbesse, est une abbaye. Son église est une ABBATIALE. Celle qui appartient à un couvent de religieux ou de religieuses est une ÉGLISE CONVENTUELLE. Par le mot SANCTUAIRE nous désignons la partie de l’église proche de l’autel, mais surtout l’ensemble d’une église particulièrement vénérée, notamment dans les lieux de pèlerinage.

Une COLLÉGIALE est une église qui a été desservie par un collège de prêtres. On y célébrait autrefois publiquement l’office divin pour lequel les prêtres prenaient place dans les stalles : ces sièges fixes adossés aux parois du chœur. Ce sont des niches individuelles prévues pour y être continuellement debout. Elles ont d’abord été pourvues de « miséricordes », sorte d’appuis permettant de s’asseoir sans cesser de paraître debout, puis on les a dotées de sièges à charnières permettant, soit d’utiliser la miséricorde, soit de s’asseoir tout à fait. De ces stalles vient le mot « installer ».

Une CATHÉDRALE est une église principale d’un diocèse où se trouve le siège (la cathèdre) de l’évêque. Autrefois il prêchait depuis ce siège épiscopal. Le chœur de la cathédrale est aussi meublé de stalles où se tiennent les chanoines pendant les offices. Ces chanoines forment le chapitre : c’est le collège des prêtres qui assure au chœur la prière des heures en faveur du diocèse. Il n’y a qu’une cathédrale par diocèse. Le diocèse de Liège en compte deux : celle de Liège et celle de Malmedy. En effet, quand, en 1921, les doyennés des Cantons de l’Est furent détachés de l’archidiocèse de Cologne, ils furent érigés en diocèse indépendant dont le titulaire était l’évêque de Liège. Ce diocèse fut doté d’une cathédrale : l’église des SS Pierre et Paul et de St Quirin de Malmedy. Ce diocèse fut supprimé en 1925 et intégré au diocèse de Liège. L’église de Malmedy est toujours appelée « cathédrale », même si elle n’en fait plus fonction.

Certaines églises sont honorées du titre de BASILIQUE. Pour expliquer l’origine de ce mot, il faut remonter aux empereurs romains qui se donnaient le titre grec de « basileus » (roi). Ils faisaient construire d’imposantes halles publiques, dites « basiliques » qui abritaient la justice et les marchés. Quand le culte chrétien fut admis, des assemblées chrétiennes eurent lieu dans ces basiliques. Les premières églises furent construites selon le modèle des basiliques civiles. En souvenir de ces premières églises, le mot est devenu une marque d’estime. Aujourd’hui, le nom de basilique n’a plus rien à voir avec l’architecture : c’est un titre honorifique accordé par le Vatican à des églises qui ont joué ou qui jouent encore un rôle important dans la vie de l’Eglise : St Martin à Liège ; le Sacré-Cœur de Koekelberg. Les sanctuaires des lieux de pèlerinages sont souvent élevés au rang de basiliques.

 

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 30 août 2016

 


 

LE PÉLICAN DEVENU SYMBOLE

 

Dans la décoration des églises et des objets du culte, les animaux occupent une grande place. L’âne et le bœuf reviennent à Noël ; la colombe aux ailes déployées plane au-dessus de Jésus baptisé dans le Jourdain ; les brebis suivent le bon pasteur ; l’agneau est immolé à Pâques ; le taureau, l’aigle et le lion, avec l’humain, évoquent les quatre évangélistes. On parle peu d’un animal pourtant fort présent dans l’imagerie religieuse : le pélican. Sans doute parce que le Nouveau Testament n’en parle pas et qu’il n’est apparu dans la tradition chrétienne que plus tard.

Le pélican est un très gros oiseau aquatique blanc palmipède au bec long. Il a près de 2 m. de long et ses ailes déployées s’étendent sur 3m. Il vit en groupe au bord des eaux. Il site-le-pelicanplonge dans l’eau, tête en avant, pour capturer les poissons dont il se nourrit. La partie inférieure de son bec est pourvue d’une poche extensible dans laquelle il garde les poissons destinés à nourrir ses petits. Quand il les rejoint dans le nid, il appuie son bec contre sa poitrine pour faire tomber de sa poche de réserve les poissons amenés pour la nichée. C’est ce que nous apprend la zoologie sur les mœurs du pélican.

Cette manière originale de nourrir les petits est à l’origine d’une tradition légendaire. On a prétendu qu’en cas de famine, le pélican était capable de blesse et même d’ouvrir sa poitrine à coup de bec pour nourrir ses petits de son sang et même de sa chair. L’image a été appliquée au Christ comme le fit St Augustin qui écrit : « Si ce que l’on dit est exact, cet oiseau a une forte ressemblance avec le Christ dont le sang nourrit les siens. » On l’a dès lors représenté, se perçant le flanc d’où coulent des gouttes de sang que boivent les petits. Cette représentation est devenue fréquente. On la retrouve sur des objets religieux se rapportant à l’eucharistie et ailleurs. Dans l’eucharistie en effet, nous sommes nourris du corps livré et du sang versé par le Christ pour que nous vivions de la vie nouvelle reçue au baptême.

Nous savions que nous sommes des brebis conduites par le bon pasteur. Nous savons maintenant que nous sommes de jeunes pélicans qui reçoivent du Christ les vivres dont ils ont besoin.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 23 août 2016

 

LE PAIN DE CE JOUR

 

Le texte français le plus récent du « Notre Père » parle du « pain de ce jour », alors que l’ancien texte parlait de « pain quotidien ». Le nouveau texte est une nouvelle traduction du texte original grec. Tout le Nouveau Testament a été écrit en grec ; le latin était déjà une traduction. La nouvelle traduction a été faite en commun par des théologiens catholiques, protestants et orthodoxes avec un souci œcuménique et un souci biblique. Le souci œcuménique a conduit les traducteurs à s’accorder sur la manière de comprendre la prière et sur la manière de la traduire afin de pouvoir la dire ensemble lors des célébrations œcuméniques. Le souci biblique est moins apparent mais réel et éclairant. C’est ce qu’il convient de montrer. Ce sera une nouvelle occasion de constater que le Nouveau Testament s’explique par l’Ancien.

Le récit biblique de la marche du peuple de Dieu dans le désert parle, au chapitre 16 di livre de l’Exode, de la nourriture providentielle que fut la manne. Les Hébreux en mangèrent tous les jours : c’était leur « pain quotidien ». En fait, il s’agissait d’un phénomène naturel qui tombait à point. C’est la sève d’un arbuste du désert, une sorte de tamaris, qui suinte et se solidifie. Cela donne une gomme sucrée comestible qui peut servir de nourriture d’appoint. On ne pouvait pas la conserver, parce que la manne pourrissait. Il fallait la consommer le jour de la récolte. Il était exclu de faire des provisions. Il fallait attendre le lendemain pour demander et récolter le pain de ce nouveau jour. Cela supposait une grande foi en la fidélité de Dieu. Il n’y avait pas lieu de s’inquiéter du lendemain. On devait se contenter de penser au « pain de ce jour ». La demande du « Notre Père » s’inspire de la prière des Hébreux et nous fait demander pour « aujourd’hui » notre « pain de ce jour ».

En nous enseignant le « Notre Père », Jésus nous invite à demander au jour le jour le pain dont nous avons besoin, avec la certitude que Dieu y pourvoira chaque jour, comme il avait nourri Israël au désert par la manne recueillie jour après jour.

Le texte biblique qui parle de la manne a été complété par l’apport de traditions diverses. La tradition sacerdotale y a inséré des précisions qui sont invraisemblables. Ces prêtres avaient souci d’inculquer le respect du repos du sabbat au point d’arranger le récit pour montrer que Dieu lui-même respecte le sabbat.

Chacun récoltait ce qu’il pouvait consommer le jour-même. Pour résoudre le problème posé par le repos du sabbat qui interdit tout travail, le récit sacerdotal raconte que le 6e jour, veille du sabbat, on devait récolter double ration qui restait intacte jusqu’au lendemain, parce que le sabbat il n’y avait rien à récolter.

La même tradition sacerdotale a inséré en tête du livre de la genèse, son poëme de la Création qui donne la même leçon : le créateur lui-même respecte le repos du sabbat. Dieu crée en six jours et se repose le septième. C’est le premier des deux récits de la création mais pas le plus ancien.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 9 août 2016

 

 

TROP TARD

 

Une famille m’avait demandé d’aller donner l’onction à un malade en phase terminale. Quand je suis arrivé, il était mort. C’était trop tard : je ne pouvais plus lui administrer le sacrement. Nous avons prié pour lui. Les sacrements sont donnés à des vivants, conscients, de préférence. L’état comateux n’est pas idéal : le mourant reste conscient de ce qui se dit près de lui, mais il ne peut plus manifester ses dispositions et participer aux prières. Pour lui, c’est trop tard. La pratique qui consiste à donner l’onction à un malade qui va subir une intervention chirurgicale, alors qu’il est anesthésié, ne convient pas. Le patient sous anesthésie n’est plus conscient de rien et ne se souvient de rien à son réveil.

Ce sacrement était appelé « extrême-onction » : on le considérait comme le dernier rite sacramentel que l’Eglise ne pouvait donner qu’une fois à un fidèle. Les fidèles retardaient le plus possible le moment de le recevoir. On sait pourquoi. La prière qui accompagne l’onction parle du « relèvement » et de « libération de tout péché ». Cette libération intéressait les fidèles : elle leur permettait d’obtenir le pardon de leurs péchés sans avoir à les avouer. Ils gardaient cette chance jusqu’à l’extrême limite. Le sacrement en est devenu « l’extrême-onction ».

Le dernier concile a donné cette recommandation : « L’onction des malades n’est pas seulement le sacrement de ceux qui se trouvent à toute extrémité. Aussi, le temps opportun pour le recevoir est-il déjà arrivé lorsque le fidèle commence à être en danger de mort par suite de l’affaiblissement physique ou de la vieillesse ». La prière du sacrement demande aussi la guérison. C’est significatif au sujet des raisons pour demander le sacrement.

L’onction est une consécration du malade, qui, en le recevant, accepte d’offrir son état à Dieu en union avec le Christ souffrant sa passion. Il devient un membre souffrant du corps du Christ et sa vocation est de participer ainsi à l’œuvre du salut. Le même concile déclare : « Par l’onction des malades et les prières, c’est l’Eglise entière qui recommande les malades au Seigneur souffrant et glorifié, pour qu’il les soulage et les sauve ; bien mieux, elle les exhorte à s’associer à la passion et à la mort du Christ, et à apporter ainsi leur part pour le bien du peuple de Dieu ».

L’onction des malades remonte au Christ et aux Apôtres. Dans son discours à la fin de l’Evangile de St Marc, Jésus parle « des signes qui accompagneront ceux qui auront cru : ils imposeront les mains à des malades et ceux-ci seront guéris ». De fait, le rite du sacrement comporte une imposition des mains avec prière.

Le même évangéliste parle en son chapitre 6 des Apôtres envoyés en mission par le Christ : « ils faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades et les guérissaient ». La lettre de St Jacques, en son chapitre 5 est encore plus claire : « L’un de vous est-il malade ? Qu’il fasse venir les prêtres pour que ceux-ci fassent des prières sur lui et des onctions d’huile au nom du Seigneur. La prière de la foi de la foi sauvera le malade et le Seigneur le relèvera. S’il a commis des péchés, ils lui seront pardonnés ». L’auteur est le témoin d’une tradition vivante, venue de Jésus et des Apôtres.

Les sacrements sont faits pour des vivants. N’attendez pas qu’il soit trop tard.

 

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 12 juillet 2016

 

CHAIRE À VOIR

 

Parmi les œuvres d’art qui décorent la collégiale de Visé, il en est une qui retient mon attention : c’est la chaire en pierre, dont les faces taillées représentent les « 4 vivants » (homme et animaux) symbole des quatre évangélistes. Tous ailés et portent un phylactère (banderole) évoquant le livre dont ils sont l’auteur.

La chaire est une œuvre qui a été dessinée par Edmond Jamar, architecte de la collégiale, et sculptée par Joseph Wilmotte fils.

Dans l’imagerie religieuse chrétienne revient souvent la représentation des « 4 vivants », symbole des évangélistes. Ils sont représentés dans leur totalité ou à mi-corps, tenant un livre, un rouleau ou un phylactère. Ils sont attribués aux évangélistes selon le début de leur livre. Ainsi Matthieu est figuré par le vivant à tête d’homme parce que son livre commence par la généalogie de Jésus : cette généalogie montre que le Messie prend place dans la famille humaine. Marc est figuré par le vivant à tête de lion : son récit commence par la prédication de Jean-Baptiste au désert, considéré comme milieu de vie du roi des animaux. Luc est figuré par le vivant à tête de taureau : son Evangile commence par l’annonce de la naissance de Jean-Baptiste au prêtre Zacharie au temple où sont sacrifiés des taureaux. Jean est représenté par l’aigle parce que son livre révèle son regard perçant d’aigle et la puissance de sa vision prophétique. L’attribution du symbolisme des « 4 vivants » aux évangélistes est une tradition qui remonte selon certains à St Jérôme (5e s.), selon d’autres à St Irénée de Lyon (2e s.). Cette tradition est inspirée par une lecture du chapitre 4 de l’Apocalypse de St Jean. L’auteur y décrit sa vision : « Un trône est dressé dans le ciel. Autour du trône, 24 trône où siègent 24 anciens vêtus de blanc et couronnés d’or. Au milieu du trône, et l’entourant, « 4 vivants » : le premier ressemblait à un lion, le deuxième à un jeune taureau, le troisième avait une face humaine et le quatrième semblait un aigle en plein vol. selon la tradition, ces « vivants » sont symboles des évangélistes. Un commentateur sage et prudent écrit : « il est difficile d’admettre que telle ait été l’intention de l’auteur de l’Apocalypse ». L’auteur de l’Apocalypse a lui-même trouvé ces images dans le livre du prophète Ezéchiel qui en parle deux fois (1, 5 et 10, 14). « Au milieu du feu, la ressemblance de « 4 êtres vivants ». Ils ressemblaient à des hommes. Chacun avait 4 visages. Leurs visages ressemblaient à un visage d’homme ; tous les 4 avaient une face de lion, de taureau, d’aigle. »

Cette description des « 4 vivants » est influencée par les images murales, les motifs décoratifs, les sculptures qu’Ezéchiel avait pu voir en terre d’exil. La découverte en Mésopotamie, de statues de personnages divins, dotés de 4 visages, rend moins surprenante la vision d’Ezéchiel. Ces « vivants » sont les symboles de la force de l’univers. Le prophète se plaît à les voir autour du Seigneur : ils proclament sa sublime grandeur. Les « 4 vivants » sur lesquels repose le trône de Dieu représentent le monde créé.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 5 juillet 2016

 

INDÉSIRABLES À L’ÉGLISE ?

 

Dans nos régions de vieille chrétienté, le baptême est souvent considéré comme un rite d’intégration dans la société : c’est une « coutume » pratiquée « plus par tradition que par conviction ». Les responsables des paroisses rappellent aux parents demandeurs ou aux candidats eux-mêmes, quand ils sont grands, que leur demande suppose la foi et un engagement dans la vie chrétienne au sein de l’Eglise. Le baptême de petits enfants est devenu une pratique « courante », mais « anormale ». Un regard sur la pratique des premiers siècles est instructif.

Au temps des persécutions romaines, les candidats au baptême étaient en même temps candidats au martyre. Ils étaient tous adultes. Au 3e s. les candidats faisaient un stage préparatoire : le catéchuménat. N’étaient admis que ceux qui donnaient des gages de sincérité et renonçaient à leur métier s’il était incompatible avec la vie chrétienne : prêtre païen, gardien du temple, fabriquant ou vendeur d’idoles, devin, etc. Les candidats étaient présentés par des chrétiens qui les connaissaient et qui se portaient garants pour eux. Les catéchumènes étudiaient la religion chrétienne. Le catéchuménat durait 3 ans. Le stagiaire qui se rendait coupable de faute grave était relégué parmi les pénitents. S’il récidivait, il était exclu : « indésirable ».

Le dimanche, les catéchumènes participaient avec les fidèles à la première partie de la messe : la liturgie de la Parole. Les hérétiques et les païens intéressés, y étaient aussi admis. Après les lectures bibliques et leur commentaire (l’homélie), ils étaient priés de se retirer. Après leur départ on fermait les portes. La seconde partie de la messe pouvait commencer : l’eucharistie avec la consécration et la communion. C’est la célébration du « grand mystère de la foi » auquel les non-baptisés ne sont pas aptes à participer. Ils n’étaient pas « indésirables », mais « en-attente ».

On ne devenait donc pas chrétien à la légère. Les hérésies étaient nombreuses : il fallait offrir une sérieuse formation doctrinale. Lors des persécutions, les faiblesses avaient entraîné des défections : il fallait exercer le courage et la persévérance des catéchumènes.

Ensuite les circonstances ont changé et les pratiques se sont modifiées. Déjà au 4e s. il y eut assez de familles chrétiennes pour que le baptême des enfants, connu antérieurement, devienne plus fréquent. Ces petits baptisés n’étaient pas passés par le catéchuménat. Leurs parents leur assuraient leur éducation religieuse. Après la conversion des empereurs romains, le christianisme est devenu « religion d’Etat ». Beaucoup d’opportunistes se sont inscrits au catéchuménat : ils acceptaient de changer de religion mais n’étaient pas toujours disposés à changer de vie. Ils figuraient sur les listes des candidats au baptême mais retardaient tant qu’ils pouvaient, le moment de s’engager, prolongeant indéfiniment la durée de leur catéchuménat. Le nombre de chrétiens croissait, mais leur ferveur baissait.

L’Eglise se veut ouverte à tous. À ceux qui veulent être membres elle propose l’idéal de la perfection évangélique. Elle sait que personne ne correspond à cet idéal. Elle demande de s’engager et de progresser sur le chemin de la conversion. Le baptême est la première étape, publique et sacramentelle, sur ce chemin. Ceux qui n’acceptent pas cela risquent de se rendre « indésirables » aux yeux de l’Eglise.

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 28 juin 2016

 


 

SAINT MARTIN DES TOURS

Il est représenté en cavalier de l’armée romaine au moment où il partage son manteau avec un mendiant. Cela s’est passé à Amiens en Gaule où il était caserné. Dès ses 15 ans, il fut obligé par son père de s’enrôler. Le père, militaire, était de garnison en Hongrie où Martin est né vers 316. Il donna à son fils le nom de Martinus (petit Mars, dieu romain de la guerre). Martin restera militaire jusqu’à ses 40 ans. Il était de famille païenne et on ne sait pas à quel moment il a rencontré des chrétiens. Peut-être à Pavie en Italie, où il a reçu sa première éducation. Il a été baptisé à 23 ans. C’est à l’armée qu’il s’est entraîné à la pratique de la vie chrétienne. Il aurait même été influencé par la vie des ermites du désert.

Après sa démobilisation il a rejoint Hilaire, l’évêque de Poitiers. Celui-ci luttait pour maintenir la foi en la divinité du Christ que niaient les ariens, disciples d’Arius. Ils l’exileront d’ailleurs pendant un temps. Martin luttait contre le paganisme et contre le mal : il accepta d’être exorciste au service de Hilaire.

Puis, pour compléter sa formation, il se fit pèlerin pendant 6 ans. Il retourna en Hongrie où il retrouva ses parents. Sa mère se convertit, mais son père persévéra dans le paganisme. Il se heurta au clergé arien du pays. Il se rendit à Milan où il apprit l’exil de Hilaire. Il tenta une expérience de vie solitaire. Chassé par l’évêque arien de Milan, Martin poursuivit sa vie de solitaire dans l’île de Gallimaria au large de Gènes.

Rentré d’exil, Hilaire le rappela à Poitiers où il restera 10 ans. Avec son évêque, il fonda l’ermitage de Ligugé, à 10 Km de la ville. Il y poursuivit cette forme de vie religieuse inconnue en Gaule : l’érémitisme. Il n’était pas loin de l’évêque tout en vivant dans la campagne encore païenne où se renforça son souci d’évangéliser les campagnes. L’Eglise n’était présente que dans les villes.

Martin avait 56 ans quand les chrétiens de Tours vinrent le chercher pour en faire leur évêque. Il assura cette charge pendant 26 ans. À son arrivée, sa piètre allure de moine aux vêtements usés et aux cheveux en désordre, suscita l’opposition de quelques évêques : l’élection de Martin était un désaveu populaire du style de vie et de ministère de ces évêques souvent issus de l’aristocratie, menant une vie peu conforme à l’évangile que Martin s’efforçait de vivre avec rigueur. Il garda son style de vie dépouillé et se montra intransigeant dans ses méthodes. Il fonda un monastère à Marmoutier, près de Tours. Il rassembla ses prêtres qui adoptèrent son idéal, il forma les cadres de son mode d’évangélisation au bénéfice de toute la Gaule. Évêque de Tours, il se sentait missionnaire partout et pour tous. Engagé dans la lutte contre le paganisme, il échappa à plusieurs tentatives de meurtre. Il fut l’artisan de la christianisation des campagnes en fondant des paroisses rurales. L’extension de son action au-delà de la Touraine, indisposa des collègues évêques qui ne se souciaient guère de poursuivre leur action pastorale au-delà de leur cité épiscopale. Il a été affronté aux pouvoirs publics pour obtenir le respect de la justice et la fin de cruelles répressions.

Il n’avait acquis aux réformes qu’une minorité d’évêques. D’autres l’entravaient en se livrant à des querelles de préséance. Il est mort à Candes à 81 ans, dans une de ses fondations.

St Martin a précédé St Nicolas dans la distribution de cadeaux aux enfants. D’où le nom de « martinet » donné au petit fouet qui devait corriger les récalcitrants.

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 21 juin 2016

 


 

DIEU : UNE PERSONNE ?

Par le mot « personne » nous désignons un être humain, un individu concret, de même nature que nous. On comprend donc que certains s’étonnent que Dieu est considéré comme une « personne » alors qu’il est de nature bien supérieure à la nôtre. N’est-il pas le tout-autre, l’Eternel, le créateur ? le mot « personne » ne semble pas adéquat pour le désigner.

D’autres, pour désigner l’être divin, parlent de « quelque chose ». Ne réduisent-ils pas Dieu à une chose, un objet ? dans le combat en faveur du respect des droits de l’homme, nous refusons que des personnes soient traitées comme des objets : qu’on en abuse ou qu’on les exploite. Nous cherchons, par exemple, à réduire la maltraitance des « femmes-objets ». Traiter Dieu comme un objet est un manque de respect à son égard. Pour un croyant, Dieu a plus droit à notre considération que n’importe quel humain parce qu’il les dépasse tous en dignité. Dieu n’est pas « quelque chose », mais « quelqu’un ».

Dieu n’est pas n’ont plus une idole inerte et muette comme l’étaient les divinités païennes. Le judaïsme et le christianisme sont les effets des interventions de Dieu dans l’histoire des hommes : Dieu a parlé, s’est révélé et s’est engagé à l’égard du peuple de l’Ancienne Alliance et ensuite à l’égard du peuple de la Nouvelle Alliance. Progressivement, Dieu a noué des relations avec des humains qui ont reconnu son action et retenu sa parole : entre eux se prolonge un dialogue fait de confiance et d’amour. Dans l’histoire d’aujourd’hui, ces deux religions constituent la trace vivante du dialogue né des initiatives de Dieu qui s’est manifesté aux hommes.

Cette relation intime de Dieu avec l’humanité est une réalité qui sort de l’ordinaire et est plus précieuse qu’une relation entre des personnes humaines, même si les moyens de communication du côté de Dieu et du côté des hommes ne sont pas les mêmes.

Qu’est-ce qu’une personne humaine a de particulier ? Elle a un corps qui est une merveille. Il est équipé de cinq sens par lesquels la personne s’exprime et perçoit les autres. Ces sens sont les moyens de communication qui permettent à chacun de prendre conscience de soi au contact des autres et de développer ce qu’il est. Tous les hommes sont de même nature, mais sont des personnes distinctes.

Dieu vit d’une manière toute différente, selon sa nature. Sans yeux, il voit ; sans oreilles, il entend ; sans bouche, il parle ; sans mains, il agit ; sans cœur, il aime. Le langage religieux ne cesse de lui prêter ces sens : c’est une manière de parler. Nous pouvons entretenir une relation « personnelle » avec Dieu qui en Jésus-Christ, le Dieu incarné, s’est approprié les facultés des humains pour se faire proche d’eux. Cette union à Dieu par la communication au Christ se vit dans la foi qui nous fait connaître ce qui est invisible.

 

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 14 juin 2016

 


 

EUROPE DÉCEVANTE

 

La crainte de voir l’Europe devenir une forteresse d’accès difficile aux réfugiés est devenue une réalité. Trop souvent, des colonnes de réfugiés sont considérées et traitées comme des troupes hostiles dangereuses.

Devant les plus hauts responsables des principales institutions européennes, le pape François n’a pas caché sa déception. Il a brossé un tableau d’une Europe en déclin, fatiguée et stérile, où les grands idéaux qui l’ont inspirée semblent avoir perdu leur force attractive : « Que t’est-il arrivé, Europe humaniste qui prône les droits de l’homme, la démocratie et la liberté ? » Il a fustigé l’exclusion et exhorté les 28 à revenir aux sources du projet censé les unir. Ce projet « pousse aujourd’hui plus que jamais à construire des ponts et à abattre les murs ». Il a réprimandé les nombreux mauvais élèves de l’Union en critiquant le manque d’ambition des dirigeants, le modèle économique basé « sur la culture du profit », « la corruption » et surtout la tendance à se retrancher derrière ses frontières plutôt qu’à s’ouvrir aux autres pour « regarder l’étranger, le migrant, … comme un sujet à écouter, considérer et apprécier ».

Il a prononcé ce discours le 6 mai 2016 au Vatican lorsque lui fut remis le prix international Charlemagne décerné depuis 1948 pour un engagement en faveur de l’unification européenne.

« il faut poser de nouvelles bases pour actualiser le projet de l’Europe : promouvoir une intégration qui trouve dans la solidarité la manière de faire les choses et la manière de construire l’histoire » ; promouvoir la culture du dialogue « comme forme de rencontre sans exclusion » ; rechercher d’urgence de « nouveaux modèles économiques plus inclusifs et équitables ». Il a parlé de son rêve pour notre continent : « Une Europe jeune, capable d’être encore mère, qui prend soin de l’enfant, qui secourt comme un frère le pauvre et celui qui arrive en recherche d’accueil parce qu’il n’a plus rien et demande un refuge. Une Europe qui écoute et valorise les personnes malades et âgées pour qu’elles ne soient pas réduites à n’être qu’un rebut qu’on jette. Une Europe où être migrant ne soit pas un délit, mais plutôt une invitation à un plus grand engagement dans la dignité de l’être humain tout entier. Une Europe des familles, avec des politiques vraiment effectives, centrées sur les visages plus que sur les chiffres, sur les naissances des enfants plus que sur l’augmentation des biens. Une Europe qui promeut et défend les droits de chacun, sans oublier les droits envers tous. Une Europe dont on ne puisse pas dire que son engagement pour les droits humains a été sa dernière utopie. »

Une Europe qui ne respecte pas ses valeurs n’est aujourd’hui toujours qu’une « utopie », une illusion.

Il n’a pas parlé des racines chrétiennes de l’Europe comme ses prédécesseurs, mais de l’identité européenne « dynamique et multiculturelle ». Il n’a pas seulement voulu parler aux fidèles catholiques mais à tout citoyen européen en faisant appel aux valeurs généralement admises sur le continent. Il s’était déjà adressé au Parlement européen en novembre 2014. Il ne convainc pas tout le monde, ni au Vatican, ni dans l’Eglise. Son message risque de ne pas attendre certains pays de l’Europe centrale et orientale barricadés derrières des clôtures érigées « pour protéger » l’Europe Chrétienne.

 

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 7 juin 2016

 


 

SÉVÈRE POUR LES DIVORCÉS

 

À l’égard des divorcés, l’opinion publique catholique a été, et est encore, plus sévère que les règles de l’Eglise. Peut-être les divorcés eux-mêmes s’estiment-ils plus coupables qu’ils ne sont.

À cause du grand nombre de divorces, certains pensent qu’une séparation est une chose banale. Or, le divorce est plus souvent vécu comme un drame par les époux qui se séparent et leurs torts sont, par surcroît, loin d’être toujours partagés. Enfin, il est rare qu’un divorce ne laisse ni victimes ni séquelles, ne serait-ce que le traumatisme causé aux enfants, surtout s’il est mal vécu par les parents.

L’Eglise ne peut empêcher les échecs, ni interdire les divorces. La séparation physique et légale des deux époux peut être justifiée. Le divorce ne change rien au statut chrétien du divorcé. Il peut recevoir les sacrements. Les divorcés non-remariés sont des époux simplement séparés qui pourraient reprendre la vie commune. Même si son ex-conjoint se remarie, rien ne s’oppose à ce que le conjoint séparé non-remarié, continue à recevoir les sacrements.

Souvent l’espoir renaît pour un divorcé de « refaire sa vie », de retrouver la chaleur et l’équilibre d’un foyer, d’assurer un cadre familial à ses enfants. Au chrétien divorcé qui forme un nouveau ménage ou se remarie, s’appliquent les restrictions édictées par l’Eglise.

L’Eglise catholique se réfère à la parole du Christ : « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni » et respecte l’indissolubilité du mariage sacramentel. (Il lui arrive de constater l’invalidité d’un mariage : ce n’est pas une dissolution, mais une déclaration de nullité.) à ceux dont le remariage n’a pu être célébré sacramentellement, l’église demande de s’abstenir des sacrements. Mais pour autant, l’Eglise ne rejette pas ceux qui se trouvent dans cette situation. Les divorcés « remariés » et leurs nouveaux « conjoints », ne sont pas excommuniés. Ils sont considérés comme des chrétiens à part entière, même s’ils sont en situation « irrégulière ». Ils ont leur place dans la communauté chrétienne. Il est vrai qu’on vient de loin. Il y eut un temps où les funérailles religieuses étaient refusées aux divorcés-remariés.

Le chrétien divorcé-remarié éprouve parfois le sentiment injustifié, mais aigu, d’être désormais un exclu, alors qu’il désire vivre dans la foi et cherche à être soutenu. Le pape St Jean-Paul II, dans son exhortation apostolique sur la famille, demandait aux communautés chrétiennes de faire en sorte que les divorcés-remariés ne se sentent pas séparés de l’Eglise. On est préoccupé dans l’Eglise du soutien spirituel à leur apporter, notamment à vivre dans la foi une situation souvent difficile.

Au sujet de toutes les règles de l’Eglise, il faut rappeler que la conscience personnelle, informée et après réflexion, est l’ultime instance qui juge de la valeur morale d’un comportement.  Respectons cette responsabilité et sa liberté. L’exhortation apostolique publiée en avril 2016 par le pape François, présente les enseignements des deux synodes récents sur la famille, et donne ses recommandations. Il souligne que le rôle de l’Eglise n’est pas de juger les fidèles en références à ses règles, ni de les condamner, mais de les informer, de respecter leur conscience et de les aider à vivre au mieux leur situation. « Nous sommes appelés à former les consciences, mais non à prétendre nous substituer à elles ». Beaucoup de situations concrètes sont éloignées de l’idéal proposé. Dans les situations « irrégulières », un discernement s’impose.

 

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 31 mai 2016

 


 

GUERRE D’INFLUENCE

 

Les liégeois sont fiers de Julienne qui fut religieuse à Cornillon (Liège-Amercoeur) au 13e siècle. Née à Retinne et décédée à Fosses (Namur), elle fut, avec son amie, Eve de St Martin, à l’origine de la fête du St Sacrement, longtemps appelée « Fête-Dieu ». Leur projet rencontra beaucoup d’opposition. D’abord de la part des chanoines de la cathédrale St Lambert. Ils n’étaient pas intéressés par une solennité supplémentaire qui allait obliger à assister à tous les offices de la journée, comme le dimanche et tous les jours de fête. N’avaient-ils pas déjà la messe tous les jours ? le public non plus n’était pas favorable à une nouvelle fête. Il était fait principalement d’artisans et de commerçants. Déjà la principauté épiscopale connaissait, en plus des dimanches, une soixantaine de fêtes solennelles chômées. En les multipliant, on allait paralyser l’économie. Enfin, les théologiens n’appréciaient pas cette initiative parce qu’elle était le fait de femmes ; que, placée une dizaine de jours après la Pentecôte, elle n’entrait pas dans les cycles liturgiques et qu’elle faisait double emploi avec le jeudi-saint.

Malgré tout, la fête fut inscrite au calendrier de l’Eglise universelle. À cette époque, le culte des saints et la vénération de leurs reliques connaissait un succès considérable. Les fidèles se rendaient en foule dans les églises abritant des reliques. Cette dévotion massive déclencha la passion des collectionneurs : les sanctuaires collectionnaient les reliques pour lesquelles ils demandaient à la hiérarchie l’attribution d’indulgences ; les pèlerins collectionnaient les jours et les années d’indulgence ; les trésoriers des sanctuaires collectionnaient les offrandes déposées par les pèlerins.

Cet empressement auprès des saints laissait dans l’ombre celui de la source de toute sainteté : le Christ. Avec l’institution d’une solennité en l’honneur du sacrement du Corps du Christ, une guerre d’influence était engagée. Le Christ est le saint des saints. Le St Sacrement est la relique par excellence, la relique parfaite. Pourquoi ne pas honorer comme il convient la plus vénérable des reliques ? Pas besoin d’entreprendre de grands voyages : elle est à notre portée dans nos paroisses. Ainsi, la fête va orienter la piété vers la personne du Christ. Au culte démesuré des reliques, elle a opposé l’attachement au divin Sauveur. Ainsi se développa la pratique de l’adoration de l’hostie consacrée, exposée dans un ostensoir qui est conçu comme un reliquaire. Alors apparurent les processions escortant le St Sacrement à travers villes et villages. La dévotion au St Sacrement sortit victorieuse de cette concurrence avec le culte des reliques.

Mais il ne suffit pas d’adorer le Christ-Hostie. Il s’est donné comme pain à consommer : « Prenez et mangez ». La messe nous propose de communier à ce corps pour nous unir à son sacrifice et pour devenir avec lui, des offrandes vivantes à la gloire de Père.

 

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 24 mai 2016

 


 

CAUSES DE DIVORCES

 

Les divorces sont nombreux et les causes en sont multiples. Risquons cependant quelques explications.

Tout ce qui vit évolue et change. Ainsi, chacun travers les âges de la vie : l’enfant passe par l’adolescence pour devenir un jeune, ensuite un adulte, enfin un aîné. Ce sont les étapes qu’il convient de connaître et d’accepter pour en tirer les fruits malgré les inconvénients. Les réalistes en acquièrent une sagesse qui leur fait dire : « Ceux qui entrent dans la vie en la trouvant belle, la trouveront dure, ceux qui savent qu’elle est dure, la trouveront belle ».

L’amour qui lie un homme et une femme est une réalité vivante qui évolue et qui change. Comme la nature, il traverse des saisons. À l’émerveillement du printemps succède la chaleur de l’été, puis le flétrissement de l’automne et enfin l’engourdissement de l’hiver. L’amour est progressivement dépouillé de ses élans et subit une purification, lente ou rapide. Les conjoints découvrent qu’ils ne s’aiment « plus comme avant » et que le moment est venu d’apprendre à aimer parce qu’on le veut. Martin Gray écrivait : « L’amour n’est pas seulement un miracle né d’une rencontre, il est, jour après jour, ce que l’on veut qu’il soit. Il faut décider de le réussir ». Cette décision volontaire n’est pas de l’hypocrisie : c’est le fait d’une maturité qui maîtrise les mouvements affectifs qui peuvent survenir. Elle est à l’origine de la stabilité qui inspire la confiance.

Ce n’est pas parce que un homme est marié que les autres jeunes femmes perdent pour lui leur beauté et leur attrait. Ce n’est pas parce qu’une femme est mariée qu’un autre homme ne peut lui plaire et éveiller en elle l’envie d’être en sa compagnie. Un conjoint peut se laisser emporter dans une aventure pour vivre avec une autre personne le printemps d’un amour nouveau. La concurrence est redoutable. Georges Moustaki, chanteur français d’origine grecque, décrit les péripéties d’un amour dans sa chanson « La carte du Tendre ». L’amour est symbolisé par le fleuve sur lequel navigue un couple qui s’élance, le cœur tremblant d’émerveillement, à la découverte du pays de rêve qu’est le pays des amants. Mais le voyage est semé d’écueils et de mirages. Des torrents de médisance risquent de tout emporter. Des îles d’infidélité menacent de naufrages. L’embarcation se heurte aux rochers de la discorde et du mal à supporter, avant de déboucher dans le désert de l’habitude et de l’ennui. La chanson parle de l’escale du mensonge, à l’auberge de la jalousie, où l’on déjeune de rancune et l’on s’enivre d’amertume, avec l’orgueil comme compagnie.

Que pensez-vous de cette description de la vie de couple ? Est-elle pessimiste, exagérée ? L’auteur semble connaître « l’amour et ses tourments ». Il prévient des dangers. Cela peut aider à les surmonter.

Mon frère aîné est mort en 2000 à 70 ans après plus de 40 ans de mariage. Sa femme est décédée en 2007. Un jour, sans doute pour m’encourager dans ma vocation, il m’a confié ceci : « Rester célibataire, c’est difficile. Être marié, c’est difficile aussi ! »

 

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 17 mai 2016

 


 

MALHEUR À EFFET POSITIF

 

Étienne fut le premier martyr chrétien. Ordonné diacre par les Apôtres avec d’autres candidats, il était animé d’une foi ardente et se mit à prêcher avec enthousiasme le Christ ressuscité : Jésus est le nouveau temple qui rendait caduc celui de Jérusalem. Il reprochait aux responsables juifs de l’avoir fait exécuter. Furieux, ils le condamnèrent et le lapidèrent. Ils avaient compris que les juifs attachés au Christ étaient des dissidents et ils lancèrent contre eux une violente persécution. C’était un grand malheur. Beaucoup s’enfuirent et se dispersèrent en Judée, en Samarie, en Phénicie, à Chypre et en Syrie. En expliquant la cause de leur exil, ils témoignaient de leur foi et se firent missionnaires. De nouvelles communautés se formèrent. Des Apôtres allèrent en Samarie, on envoya Barnabé à Antioche en Syrie pour constater et encourager le bien qui se faisait et se réjouir de l’heureuse propagation de la foi. La persécution avait provoqué ce progrès. Le malheur avait un effet positif.

Par contre, un fait heureux fut cause de problème pour la jeune Eglise. Des pharisiens devinrent chrétiens. Le premier est bien connu : Saul devenu St Paul. D’autres ont suivi. Certains restaient attachés aux pratiques juives et voulaient les imposer aux chrétiens d’origine païenne. Ils troublèrent l’Eglise d’Antioche et celle de Jérusalem. La question fut débattue lors d’une assemblée qui fut le premier concile de l’histoire de l’Eglise. On décida que la Loi de Moïse ne serait pas imposée aux croyants venus du paganisme, mais qu’on leur demanderait de s’abstenir, lors de leurs réunions communes, de ce qui heurterait les judéo-chrétiens. La conversion de pharisiens causa donc un problème, mais donna à l’Eglise l’occasion de se détacher du judaïsme et de s’ouvrir au monde païen.

Le texte approuvé par l’assemblée pour diffuser les décisions prises par le concile, commence par dire : « L’Esprit-Saint et nous-même, nous avons décidé ». Cela n’étonne pas le lecteur du livre des Actes des Apôtres : L’Esprit-Saint est l’acteur principal de la vie de la jeune Eglise. Jésus l’avait promis ; après l’Ascension, il a été attendu ; à la Pentecôte, il a été répandu. Il a transformé les disciples craintifs en Apôtres audacieux. Il est donné à ceux qui écoutent la Parole, à ceux à qui les Apôtres imposent les mains. L’Esprit anime l’Eglise : il distribue ses dons à ceux qui, grâce à ces « charismes », soutiennent la vie des Eglises.

L’Esprit-Saint continue aujourd’hui à insuffler à l’Eglise son dynamisme. Dans le fond du chœur de la basilique St Pierre au Vatican, un vitrail montre une colombe aux ailes déployées, diffusant des rayons de lumière. C’est le symbole de l’Esprit qui éclaire non seulement le pape, mais toute l’Eglise. Lorsque le pape jean XXIII a annoncé le concile Vatican II, il a demandé aux fidèles de prier pour que l’Esprit fasse du concile une nouvelle Pentecôte.

Chaque baptisé a reçu l’Esprit qui lui est donné en plénitude lors de la confirmation. Mais l’Esprit ne force personne : il attend qu’on fasse appel à lui et qu’on soit docile à ses inspirations.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 10 mai 2016

 


 

ENQUÊTE SUR BANNEUX

 

Il ne vous sera pas difficile de trouver plus de renseignements sur Banneux : le Sanctuaire vous propose des livres de volume réduit qui contiennent des informations de première main. Il est intéressant et utile de savoir ce qui s’y est passé et de comprendre la raison d’être de tout ce qu’on y voit. On peut, bien sûr, toujours y faire une promenade ou même y prier. Mais le pèlerin qui ignore l’histoire des lieux est comme un touriste qui visite un site historique et qui ignore tout ce qui s’y est passé. Ces livres se trouvent au « Bureau-Info », dans le Sanctuaire, non loin de la Chapelle des Apparitions. Je vous en cite les titres et vous en décrit brièvement le contenu.

 

BANNEUX, LA VIERGE DES PAUVRES. (80 pages forts illustrées)

Cet album synthèse présente les lieux, rapporte les faits et le message, parle de Mariette et de ce qui se voit et se passe au Sanctuaire. C’est l’information de base.

 

PIÈCES À CONVICTIONS. Banneux depuis le début. (157 pages)

Ce livre vous raconte l’histoire de Banneux dans les années qui ont suivi les apparitions : il parle des acteurs, des témoins principaux et des étapes qui ont conduit l’évêque de Liège à reconnaître la vérité des apparitions. Ces témoignages surprenants et émouvant aident à connaître la vérité sur Banneux.

 

LA VIERGE DES PAUVRES ET LA QUESTION SOCIALE. Banneux dans l’histoire. (92 pages)

Cette étude situe Banneux dans le contexte des principales autres apparitions et dans son contexte historique, économique et social plus large. Les apparitions en reçoivent un éclairage nouveau et le message de la Vierge en acquiert une dimension insoupçonnée : elle soutient les appels pressants de l’Eglise en faveur d’une action sociale devenue urgente.

 

L’auteur de ces livres vous est connu puisque j’ai eu le plaisir de les écrire : membre de la rédaction de la Revue du Sanctuaire depuis 1995, j’ai pu fouiller dans les archives du Sanctuaire où j’ai puisé les informations reproduites dans ces ouvrages.

Il convient d’ajouter une note : Même après l’intervention de l’évêque, les faits de Banneux constituent une révélation privée qui n’engage pas la foi des fidèles. La vérité du message n’appartient pas au dépôt révélé que l’Eglise est chargée de transmettre. Il serait cependant présomptueux de rejeter sans plus un jugement que l’autorité de l’Eglise n’a émis qu’après avoir pris toutes les précautions que lui inspirent sa prudence et la conscience qu’elle a de ses responsabilités.

Permettez que je vous donne à connaître ces réflexions franches et rudes de Jacques Leclercq, prêtre, professeur à l’université de Louvain jusqu’en 1961 : « Je dois dire que je n’aime pas beaucoup les apparitions. Ma religion n’a pas besoin de cela et je préférerais même que la Vierge n’apparaisse pas. Mais elle ne me demande pas mon ; et s’il lui plaît d’apparaître, si c’est vrai, je dois bien le reconnaître. Refuser de reconnaître la vérité quand elle ne s’accorde pas à notre système, est prétentieux et malséant. Il y a d’ailleurs beaucoup de gens qui font cela ». (Troisième et dernière partie)

 

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 3 mai 2016

 


 

MARIETTE BECO NON-CRÉDIBLE ?

 

Une part du scepticisme à l’égard de Banneux provient du peu de crédibilité que l’on accorde à Mariette : on lui reproche de ne pas être devenue religieuse, de s’être mariée, d’avoir ouvert un restaurant près du Sanctuaire, d’avoir divorcé et bien d’autres choses. On l’a accablée de calomnies. Par respect pour la vérité, il convient de mieux la connaître.

 

Au moment des apparitions, Mariette était l’aînée de sept enfants. Elle aidait sa mère : faisait la cuisine, la lessive, soignait ses frères et sœurs, trayait les vaches et faisait les foins. Elle jouissait d’une santé robuste et avait beaucoup de sens pratique. Loyale et droite, elle ne faisait rien pour gagner la sympathie. Après les apparitions, elle a fréquenté plusieurs écoles : à Aywaille, à Tildonk, près de Louvain, où elle était en famille d’accueil, et à Verviers. En 1935, elle entra à la clinique sainte Rosalie à Liège comme aide-infirmière. Pendant la guerre, elle entra dans la résistance : elle prenait en charge des aviateurs et des prisonniers évadés derrière la chapelle de Tancrémont et les conduisait chez ses parents qui les cachaient. Elle a reçu le « diplôme d’honneur », mais a refusé la décoration qui lui était proposée. En 1942, à 21 ans, elle se maria avec Mathieu HOEBERIGS dont elle a eu trois enfants. Le dernier n’a vécu que quelques heures. Des conflits ont surgi entre les époux. Un jour, des visiteurs inconnus ont proposé à Mariette une somme importante pour qu’elle quitte Banneux et nie par écrit les apparitions. Elle les a vigoureusement éconduits. Ils se sont alors adressés à Mathieu qui était sur le point de céder. Mariette s’est violemment interposée. Lorsque les époux se séparèrent, Mariette ouvrit une friterie à Pépinster. En 1972, elle s’installa non loin de la chapelle de Tancrémont. C’est là qu’elle est décédée le 2 décembre 2011 à 90 ans.

Mariette n’aimait pas qu’on parle d’elle. Elle a toujours voulu rester dans l’ombre. Elle évitait de paraître en public et ne faisait aucune déclaration. Jusqu’en 2000, elle a suivi toutes les grandes célébrations de Banneux en se cachant derrière la source. Lors de la visite du Pape Jean-Paul II en 1985, elle accepta de le rencontrer dans une sacristie puis elle rejoignit les handicapés et alla se cacher parmi les aveugles. Elle allait prier à la chapelle la nuit. Le frère Yves qui habitait la maison Beco, en a été souvent témoin. Ou encore, elle se rendait au Sanctuaire o allait faire ses courses à Pépinster aux heures creuses de midi pour échapper aux regards.

Mariette a mené une vie fort pareille à celle de beaucoup de nos contemporains. Est-ce pour cela qu’elle ne serait pas digne de confiance ? à ce sujet, mentionnons une réflexion du père Edouard de Moreau, jésuite belge éminent spécialiste en Histoire de l’Eglise, professeur à l’Ecole supérieure de Bruxelles, membre de la Commission royale d’Histoire et de l’Académie royale de Belgique. Il avait étudié la cause de Banneux et fut consulté par l’évêque de Liège. En 1947, il fit part de son avis : pour lui, la réalité des apparitions de Banneux n’est pas moins garantie que celle de Lourdes ou de Fatima.
(Fin deuxième partie, à suivre)

 

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 26 avril 2016

 

 


 

CROIRE À BANNEUX ?

Il s’agit des apparitions de la Vierge à Banneux. Beaucoup restent sceptiques et incrédules. Il convient de faire preuve d’esprit critique. Trop souvent, un public à la crédulité naïve a été victime de ses illusions. L’Eglise se méfie des phénomènes « surnaturels » qui attirent les foules. Elle a été jusqu’à persécuter des personnes favorisées de grâces exceptionnelles : le saint padre Pio de Pietrelcina, le célèbre capucin aux stigmates, se vit interdire un moment tout ministère public. Les premiers hommes d’Eglise mêlés aux apparitions de Banneux se sont montrés sceptiques et réticents.

L’ABBE JAMIN, prêtre à Banneux, crut à une mauvaise plaisanterie. Mais le comportement de Mariette, la voyante, le troubla : elle revint à la messe et au catéchisme ; elle connaissait sa leçon (du jamais vu) ; elle rapportait sereinement les gestes et les paroles de la Vierge, souvent sans les comprendre. Après la quatrième apparition, il y eut une interruption de trois semaines. L’abbé pensa avec soulagement, que l’affaire n’aurait pas de suite. Après la cinquième apparition, il demanda à Mariette de réclamer un signe à la Vierge. Celle-ci donna sa réponse : « Croyez en moi et je croirai en vous ». Il fut touché ; ses hésitations s’évanouirent : il était convaincu.

L’évêque de Liège, Mgr KERKHOFS, trouvait invraisemblable que peu après les apparitions de Beauraing, la Vierge apparût à si bref délai dans un même petit pays. En examinant les événements, il les trouva cohérents et saisissants. La disproportion entre le contenu des récits et celle qui en était la pauvre messagère, était évidente. Les faveurs se multipliaient. Il constitua deux commissions successives pour étudier les faits. Elles fournirent des rapports contradictoires. Une guérison étonnante le tira de son embarras : celle de sœur Lutgarde, supérieure de la clinique sainte Rosalie à Liège. La sœur y rencontra Mariette Beco qui, en 1935, y entra comme aide-infirmière et devint sa confidente. La santé de la religieuse déclina de manière inquiétante : elle souffrait d’une décalcification générale effrayante qui provoquait de nombreuses fractures spontanées, et d’une déformation de la colonne vertébrale. Les médecins étaient pessimistes. La malade négligeait les prescriptions médicales et s’en remettait à la Vierge des Pauvres : chaque jour elle buvait un peu d’eau de Banneux. Le 21 août 1937 elle se trouva guérie : elle put faire sans douleur et sans danger les exercices jusque-là impossibles. Pendant 10 ans, elle put faire face à ses lourdes charges malgré la persistance d’anciennes infirmités. La malade était connue par des spécialistes de renom et des professeurs d’université. Cette guérison réjouit l’évêque : il accorda sa confiance à la Vierge des Pauvres. Il ne reconnut cependant officiellement la vérité des faits qu’en 1949, 16 ans après les apparitions.

Les HABITANTS DE BANNEUX furent d’abord agacés, puis perplexes, avant de croire. Ils furent touchés par ce qui arriva à Ernest Boutet de Louveigné. Par suite d’une congestion, il était à demi paralysé depuis 15 ans. Ébranlé par les faits de Banneux, il se rendit à la source qui était à 2 Km traînant sa jambe, un soir de mars 1933. Il était accompagné. Il but de l’eau et pria. Il revint chez lui, complètement guéri. Il reprit son travail pendant 16 ans jusqu’à sa mort. Il fut un chrétien modèle, premier miraculé de Banneux.

Ainsi le prêtre de Banneux, l’évêque de Liège et les habitants de Banneux sont-ils passés de l’incrédulité à la foi. Vous pouvez mener votre enquête personnelle grâce aux livres qui rapportent les faits et donnent la parole aux témoins. Ces livres sont disponibles au Sanctuaire. (Fin première partie à suivre)

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 19 avril 2016

 

LE COQ DES CLOCHERS

Comme toute girouette, il change de position selon l’orientation du vent. Il est alors l’image de celui qui change d’avis en fonction des influences subies. Mais si son poids est bien équilibré, le bec fait face à la tempête et il devient alors symbole de vigilance et de stabilité dans les contrariétés.

Mais retenons plutôt ce que nous disent des textes anciens qui nous apprennent quelque chose sur son origine. Deux cantiques chantés dans l’office du matin considèrent le chant matinal du coq comme un appel du Christ à sortir du sommeil pour se rendre à la prière. Ces cantiques du 4e s. ont été composés par Prudence et par St Ambroise qui n’étaient pas des moines : Ambroise était évêque de Milan.

Ces chants étaient en usage dans les assemblées. Ces offices perpétuaient la pratique ancienne des prières communes qui avaient lieu au point du jour. Le chant du coq est mentionné à Jérusalem comme signal de rassemblement. Plus tard, en ville, le chant du coq fut remplacé par le son des cloches. On a ensuite placé un coq sur les clochers. On ne sait ni où ni comment cela a commencé.

Il semble que le coq était un symbole celtique, adapté au christianisme et propagé par les moines. Des accidents dûs à la foudre nous ont valu des chroniques du 10e s. qui parlent du coq surmontant des clochers. L’usage propagé par les missionnaires celtes a gagné tout l’univers latin. Aucune loi n’impose ou ne désapprouve cet usage.

Les évangiles parlent du chant d’un coq qui a retenti pendant la passion du Christ au moment du reniement de Pierre. Jésus lui avait annoncé à la dernière cène : « Avant que le coq n’ait chanté deux fois, tu m’auras renié trois fois ».

Depuis lors, le chant des coqs devait éveiller dans la mémoire de Pierre le souvenir pénible de son triple reniement. Ce triste épisode s’est passé dans la cour du palais du Grand-Prêtre. Ils étaient deux disciples à avoir suivi discrètement Jésus après son arrestation : Pierre et un autre qui n’est pas nommé, mais qui était probablement Jean lui-même. Celui-ci était connu du Grand-Prêtre, entra dans le palais et fit entrer Pierre. Celui-ci se rangea parmi les gardes et les domestiques, dans la cour, autour d’un feu de braise. Il y fut interpelé trois fois et renia le Christ à trois reprises, laissant le temps à un coq de chanter deux fois. Dès lors, dans sa mémoire, le feu de braise autant que le chant du coq, furent associés à son reniement.

L’évangile selon St Jean, au chapitre 21, nous dit comment Jésus guérit la mémoire de Pierre. Le ressuscité apparut aux disciples au bord du lac. Il y avait préparé un feu de braise sur lequel il avait placé du pain et du poisson. Il les invita à déjeuner. Après le repas Jésus interpela Pierre à trois reprises lui demandant de lui affirmer son attachement. Dorénavant, le feu de braise rappellera à Pierre sa triple déclaration d’affection envers Jésus qui lui manifesta sa miséricorde et sa confiance. On ne sait pas s’il y avait un coq dans les parages.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 12 avril 2016

 

OÙ TROUVER LE RESSUSCITÉ ?

Certains pèlerins revenant de Terre Sainte sont déçus : le pays n’est plus ce qu’il était au temps de Jésus et les lieux où se déroulèrent les événements sont incertains ou approximatifs. D’autre part, un prêtre vivant en Palestine s’étonnait de l’intérêt des pèlerins pour cette terre où Jésus n’est pas plus présent aujourd’hui que partout ailleurs. En effet, il a promis : « Je serai avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ». Cette promesse concerne tous les disciples de tous les temps et de tous les lieux. Dès que quelques-uns sont ensemble, cette présence du Ressuscité, vivant mais invisible, est certaine : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je serai là, au milieu d’eux ». Nous pouvons donc trouver le Ressuscité partout.

Non seulement il est présent, mais il parle par la bouche de ses disciples : « Qui vous écoute, m’écoute » ; par leur ministère, il pardonne : « Tout ce que vous délierez sur terre, sera délié dans les cieux » et par eux il renouvelle l’eucharistie : « Vous ferez cela en mémoire de moi ».

En participant à l’eucharistie, nous recevons le sacrement du Corps du Christ qui renforce notre appartenance à ce grand Corps du Christ qu’est l’Eglise. Tout chrétien est en même temps membre de l’Eglise et membre du Corps du Christ dont l’Eglise est le sacrement. St Paul souligne cette identification du Christ ressuscité avec son Eglise. Il a fait cette découverte lors de sa conversion devant Damas. Il était alors un pharisien fanatique qui cherchait à détruire la jeune Eglise chrétienne. Il se rendait dans cette ville pour y arrêter les chrétiens quand le Ressuscité lui apparut dans une lumière éblouissante. Le dialogue entre Jésus et Saül (c’était son nom juif) est éclairant, lui aussi : « Saül, pourquoi me persécutes-tu ? » Celui-ci demanda : « Qui es-tu, Seigneur ? » La réponse fut révélatrice : « Je suis Jésus, c’est moi que tu persécutes ».

Cette rencontre fut décisive, non seulement pour le pharisien concerné, mais pour l’Eglise. Ceci explique que le livre des Actes des Apôtres la raconte trois fois. Elle eut trois conséquences importantes : le persécuteur devint chrétien, le fanatique devint un grand apôtre, il comprit que les chrétiens faisaient corps avec leur Maître au point que le Ressuscité s’identifiait à eux : en les persécutant, on persécute le Christ lui-même. Le converti, devenu Paul, rappelle bien des fois dans ses lettres ce lien intime des chrétiens avec le Seigneur Jésus et avec les autres chrétiens. Les baptisés forment ensemble l’immense Corps du Christ vivant, présent et agissant dans le monde, par eux, notamment dans les sacrements.

Ce n’est pas dans un lieu géographique qu’il convient de chercher le Ressuscité, mais dans son Eglise et dans ses membres. Jésus reste avec son Eglise qui agit en son nom avec la force de l’Esprit qui peut agir, même au-delà des limites visibles de l’Eglise.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 5 avril 2016

 


 

ENFANTS DE DIEU SANS BAPTÊME ?

Les non-baptisés sont-ils aussi enfants de Dieu ? ils sont sûrement appelés à le devenir : Dieu aime ses créatures et souhaite accueillir les humains dans sa famille. Si nous étions enfants de Dieu, d’office, dès notre naissance, le baptême serait inutile. Or, les Eglises continuent de baptiser.

Une comparaison peut éclairer les choses. La situation des non-baptisés est comparable à celle d’un jeune garçon, seul au monde, vivant dans une famille d’accueil. Voici que ce foyer lui propose l’adoption qui ne pourra se faire qu’avec son accord. Après les démarches requises, il portera le nom de ses parents adoptifs et deviendra, au même titre que les enfants du couple, leur héritier. On s’attend à ce qu’il voue à ses parents adoptifs une affection filiale et se montre fraternel à l’égard des autres enfants.

Ainsi, les non-baptisés jouissent en ce monde des bienfaits de la création. L’Eglise, au nom du créateur, leur propose l’adoption par le baptême. Par ce sacrement, le candidat accueille l’amour de Dieu et s’engage dans une vie filiale envers Dieu et fraternelle envers les autres. Le candidat est supposé conscient et libre. Dès lors, seul un adulte demande valablement le baptême. Dans nos pays de tradition chrétienne, la pratique du baptême des petits enfants est courante tout en étant anormale. Certaines Eglises protestantes ne baptisent que des adultes.

Il ne suffit donc pas d’être baptisé : il s’agit de mener une vie chrétienne au sein de l’Eglise. Celui dont la vie est gravement contraire à l’Evangile s’exclut de la communauté : c’est l’excommunication qui peut, en certains cas, être prononcée par la hiérarchie.

Par contre, de nos jours, un autre phénomène devient de plus en plus fréquent : des baptisés demandent à être « débaptisés » et à être rayés des registres paroissiaux des baptêmes. Comme on ne peut supprimer la mention baptême, on note, à côté de leur nom : « A fait défection de l’Eglise et de la foi catholique », en ajoutant la date de la lettre de leur demande. Que faut-il penser de ces défections ? Il convient de les situer dans le contexte actuel de l’Eglise dans nos pays occidentaux : la majorité des baptisés ne participe pas à la vie de l’Eglise et ne vit pas de la grâce du baptême. Les défections officielles ne changent pas grand ‘chose à la situation réelle. Elles clarifient plutôt les choses et donnent aux intéressés la satisfaction de ne plus être, malgré eux, membres d’une société religieuse.

Des non-baptisés peuvent être dans la famille de Dieu d’une manière que Dieu seul connaît. Le « Catéchisme de l’Eglise Catholique » publié en 1992 résume la doctrine en son n° 1281 : « Tous les hommes qui, sous l’impulsion de la grâce, sans connaître l’Eglise, cherchent sincèrement Dieu et s’efforcent d’accomplir sa volonté, seront sauvés, même s’ils n’ont pas reçu le baptême ».

Pratiquement, l’Eglise ne peut inclure parmi ses membres et dans la famille de Dieu que ceux qui ont adhéré par le baptême et elle ne peut retenir ceux qui veulent partir.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 29 mars 2016

 


 

RÉSURRECTION DE LA « CHAIR » ?

Un prédicateur de l’Antiquité chrétienne plaignait les obèses : ils allaient difficilement sortir de leur tombe à la résurrection. Il prenait à la lettre l’affirmation du symbole des Apôtres : « Je crois à la résurrection de la Chair ». Cet article de foi fait problème à notre époque comme aux autres. L’Encyclopédie Catholique pour tous, THÉO, dit à ce sujet : « Les chrétiens, moins que les autres, n’imaginent des cadavres qui redeviennent vivants, ni une sorte de réincarnation d’un esprit. Ils savent que la mort est vaincue. Définitivement. C’est tout. Ils seront vivants à la manière des hommes (donc pas comme de purs esprits) et socialement (donc ensemble) ».

La jeune Eglise lisait l’Ecriture. Dans la Bible, « chair » désigne le corps de l’homme, non pas comme opposé à l’âme, comme le disait la pensée grecque qui influença la Bible sur le tard. Pour la Bible, la « chair » désigne l’homme tout entier en soulignant sa faiblesse et sa précarité.

 

Il existe heureusement un autre symbole de foi plus complet et plus long. Il est le fruit des discussions des évêques réunis en concile à Nicée en 325 et à Constantinople en 381. Il adopte une formule pour notre sujet : « J’attends la résurrection des morts ». Le corps qui ressuscite ne se construit pas de molécules dispersées dans la terre. C’est un homme nouveau qui surgit. C’est l’effet d’une transformation, d’une métamorphose comme celle qu’a connue Jésus par sa résurrection. En triomphant de la mort, il en a libéré tous ceux dont il s’est fait solidaire en devenant homme. Il est comme le premier de cordée qui, entré dans la vie définitive, y entraîne tous les hommes. Il est « le premier-né d’entre les morts ». Tous ceux qu’il reconnaît comme siens le suivront. L’homme n’est pas voué à disparaitre comme une bête.

Nous attendons fermement la résurrection des morts et la vie du monde à venir. C’est l’objet de notre espérance. Mais en même temps, nous ignorons « comment » se fera cette résurrection. Elle ressemble à ces métamorphoses que nous voyons dans la nature : ce sont les mêmes êtres qui en sortent profondément transformés. Ainsi serons-nous transformés et transfigurés par l’Esprit de Dieu. Nous serons les mêmes d’une autre façon. Il convient de parler de nous tous, car nous sommes tous concernés. À la résurrection il ne s’agira pas seulement de l’accomplissement de l’individu isolé, mais de toute l’humanité et du monde entier. Tout sera rempli de l’Esprit de Dieu. L’espérance de la résurrection signifie que le chrétien a une responsabilité envers la création matérielle : celle-ci est destinée à être glorifiée.

Notre curiosité restera insatisfaite, car nous ne savons pas nous représenter comment la résurrection se fera, ni comment nous seront après. Jésus lui-même a été interrogé à ce sujet. Les Sadducéens, religieux conservateurs, niaient la résurrection. Les pharisiens y croyaient. Des Sadducéens, d’un air moqueur, ont cru mettre Jésus dans l’embarras en l’interrogeant sur un cas hypothétique : une femme a eu 7 maris pendant sa vie. Après la résurrection, de qui sera-t-elle la femme ? Jésus répondit : « Vous êtes dans l’erreur, parce que vous ne connaissez ni l’Ecriture ni la puissance de Dieu. À la résurrection, en effet, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans le ciel ».

 

Abbé Auguste REUL

Paru dans le Visé Magazine du 22 mars 2016

 

LA DÉTRESSE DU CRUCIFIÉ

Une des paroles du Christ en croix est étonnante : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Bien des lecteurs de l’Evangile sont surpris d’entendre que Jésus se sentait abandonné par son Père au moment de sa mort. N’avait-il pas toujours cherché à accomplir la volonté du Père ? Ne vivait-il pas en permanence en communion avec lui ? N’avait-il pas prié bien souvent, pendant des heures et des nuits, dans des lieux déserts pour demeurer avec le Père ? Sa dernière nuit, ne l’avait-il pas passée à veiller au jardin des Oliviers ? Il est vrai que ce fut une nuit d’angoisse. L’épreuve de la passion que le Christ eut à supporter était faite des douleurs physiques provoquées par les tortures qui lui furent infligées. Elle était faite aussi de la souffrance morale qui lui venait du manque de soutien de la part des disciples qui, d’abord, s’étaient endormis, et qui, ensuite, ont disparu dans la nature. Le comble de sa souffrance morale fut de se sentir abandonné par son Père.

Mais, ne nous méprenons pas. Cette détresse n’a pas conduit Jésus au désespoir : il prie en citant une phrase de l’Ecriture. Cette citation biblique suggère une explication qui échappe à ceux qui n’ont pas remarqué que la parole de Jésus en question est le premier verset du psaume 21. Il nous renvoie à l’entièreté du psaume. Jésus fait comme nous : ne nous contentons-nous pas de parler du « Notre Père » pour évoquer toute la prière ; de parler de « l’Ave Maria » pour désigner la prière mariale toute entière ? Ceci nous permet de penser que Jésus priait entièreté du psaume qui commence par cette plainte et qui se termine par une prière confiante : Jésus crie sa détresse mais fait confiance.

Relevons dans ce psaume les passages les plus révélateurs. « Tous ceux qui me voient me bafouent, ils ricanent et hochent la tête : ‘Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre ! Qu’il le sauve puisqu’il est son ami’. Des fauves nombreux me cernent. Une bande de vauriens m’entoure. Ils me percent les mains et les pieds, je peux compter tous mes os. Ces gens me voient, ils me regardent. Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement. »

Les supplices subis par le juste dont parle le psaume correspondent à ce qui se passait au Calvaire. Cette prière était une prophétie de ce qu’allait vivre le « Serviteur souffrant », le Messie. Jésus était conscient de vivre ce qu’annonçait l’Ecriture à son sujet. Les évangélistes aussi ont compris cela. C’est pourquoi ils insistent, notamment St Jean, sur l’accomplissement des Ecritures dans ce qui s’est passé lors de la passion du Christ. Ils ont interprété l’Ecriture comme Jésus le leur avait appris. Nous lisons au chapitre 24 de St Luc que Jésus ressuscité, accompagnant les disciples d’Emmaüs, leur expliqua « dans toutes les Ecritures ce qui le concernait ». Apparaissant aux onze rassemblés, il leur dit : « Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes ». « Alors il leur ouvrit l’intelligence de comprendre les Ecritures ». Le Nouveau Testament s’explique par l’Ancien.

Concluons en citant quelques versets de la seconde partie du psaume 21 : « Tu m’as répondu. Je te loue en pleine assemblée. Louez le Seigneur, il n’a pas rejeté, il n’a pas réprouvé le malheureux dans sa misère, mais il entend sa plainte. Ils louent le Seigneur, ceux qui le cherchent. »

 

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 15 mars 2016

 

LE VOILE DE VÉRONIQUE

La sixième station du chemin de croix que l’on trouve dans toutes nos églises parle d’une femme compatissante et courageuse qui, bravant les soldats qui escortaient les condamnés, a soulagé le Christ en essuyant avec son voile, son visage ensanglanté. Le voile aurait gardé la trace du visage tuméfié de Jésus. La pieuse femme aurait ainsi conservé l’image de Jésus. Cette femme est restée anonyme. La tradition lui a donné le nom qui rappelle l’épisode de la passion : « Vraie icône », « Bérénice » en grec, « Véronique » en latin.

Bien des fois, j’ai expliqué à celles qui portent le beau nom de Véronique, que ce nom est tout un programme. Il convient d’ailleurs à tous les chrétiens appelés à devenir des images vivantes du Christ, comme l’était St François d’Assise dont on disait : « Qui a vu François, a vu le Christ ».

Véronique ne nous est connue que par le chemin de croix. Les Evangiles n’en parlent pas. St Luc nous dit bien que des pleureuses de Jérusalem ont manifesté leur compassion à Jésus portant sa croix, mais ne dit rien au sujet d’un geste particulier. Le nom de Véronique est inconnu dans les Ecritures. Les Evangiles sont d’ailleurs fort discrets au sujet des événements de la passion. Concernant la voie douloureuse vers le Calvaire, ils ne parlent ni de chutes, ni de rencontres avec Marie, sa mère, ou avec Véronique. Ils parlent bien des femmes pleureuses et de Simon de Cyrène. La tradition au sujet de Véronique trouve son origine dans des apocryphes, qui sont des légendes plus que de l’histoire et qui ne sont pas retenus par l’Eglise. Cette tradition s’est fixée au 15e siècle. On ne trouve le nom de Véronique dans aucun calendrier ancien de saints.

On a raconté en France que Véronique, ayant épousé Zachée, serait venue avec lui pour évangéliser le centre de la Gaule et que son tombeau se trouverait à Soulac, dans le diocèse de Bordeaux.

Dans la basilique St Pierre au Vatican, devant un pilier soutenant la coupole, dans lequel serait conservé le voile de Véronique, on peut admirer une statue colossale en marbre, de Véronique, sculptée par Francesco au 16e siècle.

Ste Véronique a été choisie comme patronne des marchands de lin et, récemment, des photographes.

Peut-être êtes-vous surpris par le fait que certaines stations du chemin de croix présentent des scènes dont la véracité n’est pas établie, ni par les Evangiles ni par d’autres témoignages anciens. L’Eglise ne garantit pas l’exactitude historique des scènes imagées, ni les détails contenus dans les livres qui accompagnent. Elle ne retient que ce que disent les Evangiles et considère le reste comme tradition pieuse et édifiante. Les scènes proposées ont été retenues pour leur valeur symbolique et pour l’édification qui s’en dégage.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 8 mars 2016

 


 

RÉDUISONS NOS GES (1, 2 et 3)

 

Partie I

L’existence de Gaz à Effet de Serre (GES) est une chose naturelle. Ces gaz sont principalement la vapeur d’eau (les nuages), le gaz carbonique et le méthane. Ces gaz sont utiles : ils maintiennent sur terre une température moyenne de + 15°C. sans ces GES, la température serait de – 18°C. les terres et les eaux absorbent la chaleur solaire, se réchauffent et émettent à leur tour de la chaleur (dans l’infrarouge) dans l’espace. En haute altitude, les GES forment une couche opaque qui absorbe et retient la chaleur qui monte de la terre : c’est ce qui réchauffe l’atmosphère. Mais cette couche de GES émet à son tour de la chaleur vers la terre, jouant ainsi le rôle d’une serre. Ceci provoque le réchauffement de la planète. L’augmentation de la concentration de gaz carbonique et de méthane émis par l’activité humaine renforce l’effet de serre. (Le contenu de la vapeur d’eau reste inchangé). Les concentrations actuelles de ces deux GES dans l’atmosphère sont les plus élevées depuis 800 000 ans. La hausse des GES produits par l’homme s’accélère et provoque un réchauffement accéléré du climat. Les trois décennies ont été successivement les plus chaudes depuis 1850. En 2015 la hausse des températures mondiales a atteint + 1° par rapport à l’ère pré-industrielle. Les pays industrialisés rejettent 20 tonnes de GES par an et par habitant. Les pays en voie de développement rejettent seulement 2 tonnes par an et par habitant.

 

Mais un tiers des gaz carboniques est le produit par les activités humaines. Ces gaz sont l’effet de la combustion des matières extraites du sol (fossiles) que sont le charbon, le pétrole et le gaz naturel. Ces matières fossiles sont brûlées dans la production d’énergie, dans l’industrie, dans le secteur forestier, dans l’agriculture, dans les transports et dans le chauffage des habitations. Les énergies fossiles et l’industrie ont représenté 78% des émissions entre 1970 et 2010. Ne retenons ici que les secteurs qui nous concernent et dans lequel nous pouvons agir : le chauffage de l’habitat, le transport routier et le transport aérien.

Pour chauffer son habitation, chacun veille à réduire la consommation de combustible pour réduire le coût et la quantité de GES. Pour atteindre ce triple but, on évite les pertes de chaleur, on place des panneaux solaires ou voltaïques qui chauffent l’eau ou produisent de l’électricité.

Les transports émettent 13,1% des GES dont 90% sont imputables au trafic routier. Dans ce trafic, la part des voitures particulières est de 57%. Le parc automobile mondial a été estimé en 2007 à 1. 031. 284. 909 véhicules. De 2000 à 2007 on a produit en moyenne 63. 451. 587 voitures par an.

L’avion émet 2,5% des GES. Le transport aérien connaît une croissance soutenue. Le trafic de passagers s’accroît de 5% par an et le trafic de marchandises de 7%. Le trafic devrait plus que doubler entre 2005 et 2020. C’est le transport qui émet le plus de GES par passager au Km. Un passager d’avion émet deux fois plus de GES qu’en voiture, six fois plus qu’en train ou en bus. Lors d’un aller-retour Paris-New-York, un avion émet 1, 25 tonne de GES par passager. Chaque jour 80. 000 avions sillonnent le ciel autour de la terre et vont d’un à l’autre des 14. 000 aéroports. Plus de 2,5 milliards de personnes ont pris l’avion en 2009. Le transport aérien est relativement bon marché parce que les compagnies aériennes ne paient pas d’impôt sur leur carburant.

 

Partie II

En ce qui concerne les émissions de GES, qu’en est-il du transport maritime dans le monde ? l’Organisation maritime internationale estime qu’en 2007 le transport maritime international a émis 1. 120 millions de tonnes de gaz carbonique. Or, le transport par bateau émet moins de carbone par Km et par tonne transportée que le rail, la route ou l’aviation. 90% des transports de marchandises se font par mer et sont assurés par 60. 000 navires en haute mer dont 11. 000 navires citernes. Tous ces navires émettent l’équivalent de 35. 000 kg de gaz carbonique par seconde. L’ensemble du commerce maritime a doublé de 1985 à 2007 et devrait tripler d’ici 2020. Le secteur maritime constitue une source majeure de pollution atmosphérique en Europe.

 

L’activité humaine produit d’un côté les GES et de l’autre, détruit le cycle naturel d’épuration de l’air par les forêts. En effet, les arbres captent le gaz carbonique et le transforment en Oxygène. Les forêts sont les poumons de la planète. (Nos poumons rejettent le gaz carbonique et aspirent l’oxygène vital). Nous avons tellement déboisé et nous émettons tant de GES que nous avons perturbé ce merveilleux cycle naturel.

La consommation de viande n’est pas sans effet sur le climat. La viande suppose l’élevage de bétail. Or, la protéine animale nécessite 10 protéines de culture de fourrages. Il faut 3 à 15 fois plus de surface pour produire la même quantité de protéines animales que pour produire des protéines végétales. Les animaux d’élevage consomment près du tiers du rendement mondial de céréales. Les protéines animales sont devenues de grandes gaspilleuses de terre, d’énergie et d’eau. Les animaux, par la digestion des aliments, sont les principaux producteurs de méthane qui est un GES plus puissant que le gaz carbonique. Par exemple, une vache laitière produit une quantité de méthane équivalent aux GES émis par une voiture moyenne qui parcourt 20. 000 Km.

Ces émissions de GES ont un effet prolongé. Ainsi, le gaz carbonique se maintient 100 ans dans l’atmosphère. Ce qui signifie que, même si nous arrêtions nos émissions de GES, le réchauffement climatique ne s’arrêterait pas tout de suite. Il est temps de réfléchir et d’agir. Au niveau mondial, il faudrait stabiliser les concentrations de GES dans l’atmosphère avant 2020 si on veut limiter le réchauffement global à 2°C en 2100. Cet objectif de + °C que s’est fixé la conférence de Paris (COP21) en décembre 2015 est la limite à ne pas dépasser si on veut que les conséquences des changements climatiques soient « sans danger » pour l’homme et la nature. Cela sera très difficile, car il reste peu de temps. Des décisions difficiles s’imposent. Par exemple, taxer le kérosène, le carburant des avions : le prix du transport augmenterait et en réduirait la quantité. On s’attend à l’opposition des compagnies aériennes. On pourrait appliquer le principe du pollueur-payeur et taxer les émissions de GES.

Les spécialistes réclament des innovations technologiques dans le stockage de l’énergie, le coût des énergies renouvelables, ou le développement de la voiture électrique. Il faudrait diminuer les émissions de GES de 40 à 70% d’ici 2050. Dès aujourd’hui, avec 1° d’augmentation par rapport à 1900, les parties du monde les plus vulnérables souffrent. Au-dessus de 2° cela devient très difficile pour tout le monde.

 

Partie III

 

La crise écologique ne connaît pas de frontière et ne sera surmontée que par une action mondiale. Avant 2050 il faudrait réduire de 40 à 70% nos émissions de GES. Des mesures sont prises de façon concertée à l’échelon international. Mais les décisions des grandes conférences ne suffisent pas si elles ne s’accompagnent pas d’aménagements locaux et de changements indispensables des comportements individuels. Il y a des choix à faire dans la vie quotidienne. La collaboration de tous est nécessaire. Nous devons changer nos habitudes pour en arriver à limiter nos émissions de GES. Sauvons la terre si nous voulons qu’elle reste habitable pour nous-mêmes et pour les générations futures. La protection de la planète est une préoccupation majeure de notre temps.

Le pape François, dans son encyclique sur l’écologie, nous met en garde : « Les prévisions catastrophiques ne peuvent être considérées avec mépris ni ironie. Nous pourrions laisser trop de décombres, de déserts et de saleté aux prochaines générations. Le rythme de consommation, de gaspillage et de détérioration de l’environnement a dépassé les possibilités de la planète, à tel point que le style de vie actuel, parce qu’il est insoutenable, peut seulement conduire à des catastrophes, comme, de fait cela arrive déjà périodiquement dans diverses régions. L’atténuation des effets de l’actuel déséquilibre dépend de ce que nous ferons dans l’immédiat, surtout si nous pensons à la responsabilité que ceux qui devront supporter les pires conséquences nous attribueront. » (161)

Quand les syndicats réclament une augmentation de salaire pour les travailleurs, ils parlent de « pouvoir d’achat ». L’argent, en effet, permet d’acheter et de consommer. Il donne un véritable pouvoir. Ce « pouvoir d’achat » donne aussi le « pouvoir de choisir » ce que nous consommons. Nos choix exercent une véritable pression sur les producteurs. Exerçons ce pouvoir à bon escient en faisant les choix appropriés. C’est encore le pape François qui nous encourage en ce sens dans le même document. « un changement dans les styles de vie pourrait réussir à exercer une pression saine sur ceux qui détiennent le pouvoir politique, économique et social. C’est ce qui arrive quand les mouvements de consommateurs obtiennent qu’on n’achète plus certains produits et deviennent ainsi efficaces pour modifier le comportement des entreprises, en les forçant à considérer l’impact environnemental et les modèles de production. C’est un fait, quand les habitudes de la société affectent le gain des entreprises, celles-ci se trouvent contraintes à produire autrement. Cela nous rappelle la responsabilité sociale des consommateurs : ‘Acheter est non seulement un acte économique, mais toujours aussi un acte moral’. C’est pourquoi, aujourd’hui ‘le thème de la dégradation environnementale met en cause les comportements de chacun de nous’. » (206)

Les états veilleront à réduire leurs émissions de GES, et nous aussi. Tout déplacement consomme de l’énergie. Réduisons nos déplacements. Utilisons des énergies non polluantes. Évitons de prendre la voiture quand ce n’est pas indispensable. Faut-il aller loin pour partir en vacances ? est-il raisonnable de manger des produits venant de l’autre côté du monde ?

 

(Les trois textes sur les GES ont été relus et corrigés par Xavier FETTWEIS, professeur de climatologie à l’Université de Liège.)

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine des 16 et 23 février et du 1er mars 2016

 


 

SUR DANIEL ET TOBIE

 

Notre Bible catholique contient 16 livres attribués à des prophètes. On les a rangés selon la longueur des textes : 4 grands et 12 petits. Le LIVRE DE DANIEL est placé en quatrième, après Isaïe, Jérémie et Ézéchiel. Mais Daniel n’est pas l’auteur du livre qui porte son nom : il en est le héros fictif. C’est une erreur de l’avoir classé parmi des prophètes qui furent des personnages historiques. L’auteur anonyme a rédigé ce récit édifiant pour présenter la sagesse et la morale biblique.

Il a été composé vers 160 avant le Christ. Les juifs étaient alors persécutés par les Syriens qui occupaient le pays et qui voulaient imposer la culture et la religion des grecs. Le récit encourage les juifs à rester fidèles à leur foi. Le livre se présente comme une œuvre écrite au temps de l’exil, quatre siècles plus tôt. Daniel, un jeune israélite et ses trois compagnons, serviteurs à la cour babylonienne et perse, restent fidèles à la foi de Moïse malgré les pressions. Dieu les protège et les sauve miraculeusement, tantôt de la fosse aux lions, tantôt de la fournaise du feu ardent. Daniel est doué d’une grande sagesse : il sait expliquer les songes et bénéficie de visions mystérieuses qui lui permettent d’annoncer l’avenir. Il serait entré dans l’administration pour une brillante carrière, serait devenu premier ministre et même gouverneur d’une province. Mais tout cela est invraisemblable. L’auteur poursuivait un but religieux. Notons encore ceci : dans ce livre nous trouvons la plus ancienne expression de la foi en la résurrection. Il annonçait l’avènement d’un Fils d’homme dont le règne n’aurait pas de fin : Jésus se présente comme ce Fils de l’homme. De ce livre Jésus a aussi retenu la notion de Royaume de Dieu : Daniel prédit la succession des empires jusqu’au triomphe de Dieu et des justes.

 

Le LIVRE DE TOBIE est un roman populaire édifiant, joyau de la littérature juive, écrit vers 200 avant le Christ. Il situe le récit dans les siècles antérieurs, après l’exil à Babylone. Il veut transmettre à tous les juifs dispersés à travers le Proche-Orient, isolés au milieu des nations, la sagesse des anciens. Il montre la sollicitude de Dieu pour les siens au milieu des pires épreuves. Il raconte les aventures du vieux Tobie, déporté à Ninive. Il est d’une charité à toute épreuve mais devient aveugle. Il envoie son fils Tobie chercher un dépôt d’argent qu’il a laissé chez Gabaèl à Ragès. Déguisé en guide, l’ange Raphaël se présente pour servir de compagnon au jeune homme. Il sera à l’origine de deux faits heureux : la prise du poisson dont le fiel servira à guérir la cataracte du vieux Tobie, le mariage qui unira le jeune Tobie à sa parente Sara. Jusque-là, la jeune Sara faisait le désespoir de ses parents et songeait à se suicider. Elle avait été donnée sept fois en mariage, mais tous les maris étaient morts avant leur nuit de noces. Bientôt, les jeunes époux partiront pour Ninive : ce sera la guérison du père Tobie, puis la découverte de l’identité de l’ange Raphaël. Ainsi, Dieu mène les événements : il envoie son ange ; il prépare l’un et l’autre ceux qui vont fonder un foyer ; il prévoit le remède qui rend la vue. L’histoire est trop belle pour être vraisemblable. Le message est religieux : la confiance en Dieu y éclate à chaque page. Il met en valeur les devoirs religieux de la prière, du jeûne, de l’aumône, des obligations envers les morts.

 

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 9 février 2016

 


 

TROUVER LE REPOS

 

Quand nous sommes fatigués, nous cherchons à dormir. Des personnes âgées, usées et accablées par des infirmités, souhaitent mourir. Tout comme au soir d’une journée nous prenons notre repos, au soir de la vie nous entrerons dans le repos définitif. Les avis varient au sujet de ce que nous réserve ce repos définitif. Notre vie est faite d’alternance entre ce temps d’activité et de période de repos. Les semaines de travail sont rythmées par les jours fériés hebdomadaires. Des congés allègent le programme et les vacances annuelles sonnent l’heure de la grande évasion. Les vifs débats autour de l’âge de la pension montrent combien on y aspire. Nous sommes soucieux de notre avenir. Les croyants sont aussi soucieux de leur avenir éternel : ce sera le bonheur du ciel. Ils ne sont certes pas plus pressés que d’autres de quitter ce monde. Quand l’un s’en va, les autres prient pour qu’il repose en paix dans la maison du Père. Ce repos sera éternel.

Les auteurs bibliques de l’Ancien Testament n’ont connu que très tard l’existence d’une vie après la mort. Ils ont rêvé d’un bonheur à venir en parlant de « Terre Promise ». À Abraham qui eut foi en lui, Dieu promit une descendance et une terre. Cette descendance vécut dans l’espoir d’occuper cette terre : Canaan. Même après s’y être installé, Israël a gardé l’idée de « Terre Promise » comme image de son rêve de bonheur futur. Jésus lui-même reprend l’idée quand, dans les béatitudes, il cite le psaume 36 : « Heureux les doux, ils recevront la terre (promise) en héritage ».

Depuis des siècles, un combat est engagé pour libérer les travailleurs manuels de leur condition pénible. C’était l’esclavage, puis le servage, et plus près de nous, l’exploitation de la classe ouvrière. Introduire un jour chômé par semaine dans une société où les travailleurs étaient à l’ouvrage 7 jours sur 7, était une étape sur la voie de la libération. Le repos du Sabbat juif était un progrès qui rappelle encore aux Israélites d’aujourd’hui combien la sortie de leurs ancêtres d’Egypte fut pour eux la libération de l’esclavage. Le repos dominical pratiqué par le christianisme favorise la même émancipation. Ce jour férié est bénéfique pour la santé, favorable à la vie de famille, propice à la vie religieuse.

Jésus promet le repos à ceux qui vont vers lui. Il faut savoir que pour obtenir une observance rigoureuse du Sabbat, les scribes avaient multiplié les règles tatillonnes qui en étaient devenues un fardeau qui pesait lourd sur la conscience des gens. C’en était devenu un nouvel esclavage qui révoltait le Christ. Il n’a pas manqué de contester par ses paroles et par ses actes, ce légalisme culpabilisant. Il déclare : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous procurerai le repos. Devenez mes disciples et vous trouverez le repos pour votre âme ». Il rappelait que « le Sabbat est fait pour (libérer) l’homme et non l’homme pour le Sabbat ». Il se présentait comme « le Maître du Sabbat ».

 

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 2 février 2016

 

 

UNE ESPÉRANCE ET DES ESPOIRS

 

L’abbé Pierre avait du caractère. Il lui arrivait de piquer des colères. Dans un de ses livres, il s’élevait contre la manie actuelle de parler « d’espérances » (au pluriel). Sa position était claire : Il n’y a qu’une seule espérance. Il parlait de l’espérance chrétienne qui nous fait attendre la vie du monde à venir. Cette vertu fait partie de trois dispositions spirituelles par lesquelles nous vivons en communion avec Dieu : la foi, l’espérance et la charité. Au sujet de la foi et de la charité, tous parlent le même langage. Au sujet de l’espérance, on fait la confusion avec les espoirs. La colère de l’abbé Pierre était justifiée.

Le mot « espérance » ne se trouve pas dans les évangiles qui parlent pourtant de l’attente du Règne de Dieu promis à ceux qui croient en son Fils. St Paul est le premier à parler de l’espérance de la résurrection en union avec le Christ. Il place cette vertu entre la foi et la charité.

Sur les sépultures chrétiennes des premiers siècles de l’Église, on trouve la représentation d’une ancre de navire, souvent accompagnée des mots « Espérance en Dieu, espérance en Christ ». Cette ancre signifie que le défunt a atteint le but, qu’il est arrivé au port, qu’il est entré dans la paix et la sécurité éternelles, qu’il est en possession définitive des biens promis et préparés par le Christ. L’épître aux Hébreux parle aussi de cette ancre symbolique : « Cette espérance, nous la tenons comme une ancre de notre âme, sûre et ferme ».

L’espérance chrétienne nous fait attendre de la part de Dieu et désirer ce bonheur éternel. Nous comptons obtenir ce bonheur, non par nos propres forces, mais comme une faveur de la grâce divine. Au ciel seront comblées toutes les aspirations humaines au bonheur. Le bonheur éternel, effet de l’union au Dieu d’amour, sera source de paix et de communion. Les hommes s’y trouveront unis.

Mais l’attente de ce monde nouveau ne réduit pas le souci de cultiver la terre et d’améliorer les conditions de vie en ce monde. Au contraire, elle les encourage. Sans doute la croissance du Règne de Dieu ne se réduit pas à travailler au progrès terrestre, mais ce progrès a beaucoup d’importance pour le royaume de Dieu dans la mesure où il fait grandir le corps de la famille humaine céleste. Il produit une ébauche de ce que sera l’humanité dans le monde à venir.

L’espérance dépasse et englobe tous les espoirs qui inspirent les activités des hommes. En effet, l’espérance nous fait attendre un bonheur durable dont la réalisation plénière ne s’accomplira que dans le monde à venir, tandis que tous les espoirs nous font attendre des choses concrètes qui peuvent se produire à bref délai, grâce aux circonstances, à notre activité ou à celle des autres. D’un espoir naît la confiance qui porte à considérer ce qu’on désire comme réalisable.

Tant qu’un malade a des projets, il vit dans l’espoir de guérir. Le malade qui se sait incurable sera soutenu par l’espérance chrétienne.

 

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 26 janvier 2016

 


 

RELIGIEUSE, MÈRE DE 8 ENFANTS

 

Le calendrier des saints range Ste Brigitte de Suède parmi les religieuses. Mais avant de vouer sa vie à Dieu, elle fut épouse et mère. Née en 1303, Brigitte PERSSON, noble suédoise, épousa à 13 ans un noble de son pays : ULF GUDMARSSON. Ils formèrent un couple uni et très pieux. Au retour du pèlerinage à Compostelle qu’ils firent ensemble, ils décidèrent d’entrer dans la vie religieuse. Au cours de leurs 28 ans de vie commune, ils avaient eu 8 enfants. Ulf entra au monastère cistercien d’Alvastra où il mourut peu après. Brigitte qui s’était installée près de ce monastère, en subit l’influence : elle vivait dans la pauvreté, la prière et l’étude.

Elle fut favorisée de révélations célestes qui firent d’elle une sorte de prophétesse, consultée par les rois et les papes. Elle leur rappelait leurs devoirs, les engageait à mettre fin à la guerre, notamment entre la France et l’Angleterre et influença la politique en Europe. Avec d’autres, elle chercha à faire revenir à Rome le pape qui vivait à Avignon. Elle vint à Rome pour l’année sainte de 1350 et y vécu le reste de sa vie. Sa fille Catherine, future sainte, vint l’y rejoindre pour ne plus la quitter.

A 60 ans, elle fonda à Wadstena, près de Linkoepîng (Suède) l’ordre du Saint-Sauveur dont la règle ne sera mise au point qu’après sa mort. A 68 ans, avec sa fille Catherine et deux de ses fils chevaliers, elle se rendit en Terre Sainte. Rentrée à Rome après deux ans, elle mourut peu après.

Ses révélations sont célèbres. Elles sont contenues dans 8 livres et un supplément. Brigitte dictait ses messages en suédois. Ils furent traduits en latin, collectionnés et répartis en livres et en chapitres. On ne distingue plus clairement ce qui vient de Brigitte de ce qui a été arrangé par les traducteurs et les copistes. Les écrits contiennent des choses bizarres et des choses effrayantes sur le jugement dernier, sur l’enfer et sur le purgatoire. On y trouve des enseignements terrifiants qui correspondent à ce qui se disait en ce siècle d’épouvante marqué par la guerre, la famine et la peste. On dit que Brigitte mêlait à ses révélations des choses inspirées par sa brûlante imagination et qu’elle utilisait inconsciemment les souvenirs de ses lectures. Nous suivrons le père Omer Englebert qui se réjouit de ce que nous ne sommes pas obligés de croire ce qui nous vient par des « révélations privées ».

Les révélations donnent des descriptions très réalistes de la passion du Christ. Brigitte contemplait les plaies du Sauveur avec compassion et amour. Elle communiait de tout son être au Christ souffrant. Cette disposition convient au chrétien qui souffre dans son corps. Il pourra dire avec St Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi », et encore : « J’achève dans mon corps ce qui manque à la passion du Christ pour son Eglise ». Paul vivait cela dans l’espérance de la résurrection : « Il s’agit de connaître le Christ, de communier aux souffrances de sa passion en reproduisant en moi sa mort dans l’espoir de parvenir, moi aussi, à ressusciter d’entre les morts et d’éprouver la puissance de sa résurrection ».

 

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 19 janvier 2016

 


 

LA VÉRITÉ SUR LES MAGES

 

Ils sont 3 devant nos crêches. Combien étaient-ils ? Certaines traditions parlent de 7, d’autres de 12. L’Evangile parle de 3 cadeaux. Ceux qui estiment qu’on ne vient pas voir un nouveau-né les mains vides, en déduisent qu’ils n’étaient que 3.

Parlons des cadeaux : que peut faire un bébé avec de tels cadeaux ? Ils sont symboliques : l’or est une allusion à la royauté ; on brûle de l’encens devant Dieu ; la myrrhe sert à 2 choses : mêlée au vin, elle devient un anesthésiant proposé à un condamné ; elle sert à ensevelir les morts. La myrrhe est une annonce de la passion et de la mort de l’enfant.

Les mages sont des étrangers, des non-juifs. Ils sont les représentants de toutes les nations pour lesquelles le Messie est venu. Ils sont les précurseurs des nombreux païens qui entreront dans la jeune Eglise dès le début de son histoire. Pour montrer qu’ils représentent toutes les races, on les a peints en noir, jaune et blanc. Pour montrer qu’ils sont représentatifs, on en a fait des rois. (Les mages sont des astrologues). Au 6e s. on leur a même trouvé des noms : Melchior, Balthazar et Gaspard.

Ils ont été prévenus de la naissance du nouveau roi par une étoile : « Nous avons vu son astre se lever et nous sommes venus lui rendre hommage ». Lisons avec attention. Il n’est pas dit que l’étoile aurait guidé les voyageurs au long de leur chemin. Elle ne devient un repère qu’après leur visite à Jérusalem. Il ne s’agit pas d’un phénomène naturel, d’une étoile dans le ciel. L’étoile est une image qui parle de Jésus lui-même. L’évangéliste s’inspire du texte biblique qui, dans le livre des Nombres (24, 17) parle du mage Balaam. Appelé par un roi hostile à Israël pour maudire le peuple de Dieu, le mage prononce sur ce peuple une bénédiction : « De Jacob monte une étoile, d’Israël surgit un sceptre ». Cette bénédiction est une prophétie.

Dans l’Orient ancien, l’étoile est une image symbolique qui désigne un dieu ou un roi. L’étoile vise sa destinée et même sa personne. Le prophète Balaam pensait-il pour un avenir proche, à David, et pour un avenir lointain, au Messie ? Selon l’Apocalypse, le dernier livre de la Bible, (22, 16) Jésus déclare : « Je suis le rejeton de la prospérité de David, l’étoile brillante du matin ». Il n’y a donc guère de différence entre l’étoile de Matthieu qui avertit les mages et les anges de Luc qui avertissent les bergers.

La cathédrale de Cologne conserve 3 châsses précieuses soudées ensemble, qui contiendraient les restes des mages. L’histoire de ces reliques est difficile à reconstituer. Un document s’accorde mal avec les données venues d’ailleurs. Selon Marco Polo, le grand voyageur vénitien du 13e s., les reliques des mages reposaient en de superbes tombeaux en Perse. Cela ne s’intègre pas dans l’histoire telle que rapportée, selon laquelle Ste Hélène, mère de l’empereur Constantin, les aurait acquises et transférées en l’église Ste Sophie à Constantinople. L’empereur les aurait ensuite offertes à son légat Eustorge qui, devenu évêque de Milan, les aurait emportées dans cette ville. Tout cela remonte au 4e s. De Milan, elles furent transférées à Cologne en 1164 par ordre de l’archevêque de Cologne, chancelier de l’empereur germanique. Il voulait les sauver avant que les troupes impériales ne détruisent la ville. En 1903, l’archevêque de Cologne a rendu à son collègue de Milan quelques ossements des mages.

 

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 12 janvier 2016