LES CHRONIQUES 2017 DE L’ABBÉ REUL

CÉLÈBRE ET TRÈS HUMBLE

Marie est la femme biblique la plus célèbre. Elle a connu une maternité étonnante. La naissance de son Fils a été annoncée par un messager céleste. Le Fils a joué un grand rôle et continue à occuper une grande place dans l’histoire religieuse du monde. Marie est la dernière et constitue le sommet de cette série de femmes bibliques dont les enfants étaient donnés par Dieu: Isaac, Samson, Samuel et Jean-Baptiste. En l’appelant la « Vierge Marie » nous faisons allusion à la circonstance particulière dans laquelle elle a conçu son enfant. Elle n’était ni stérile ni âgée. Promise en mariage, elle n’habitait pas encore avec Joseph et elle se demandait comment elle serait mère sans relation conjugale avec un homme. L’ange lui dit: « L’Esprit-Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre ». Dans notre profession de foi et dans notre prière nous confirmons: « Elle a conçu du Saint-Esprit ».      

La Tradition chrétienne catholique n’a cessé de dire que Marie est « toujours vierge». Le concile de Latran (649) a consacré l’expression qui signifie surtout que Marie n’a pas eu d’autres enfants.

Pendant des siècles, une ferme tradition a souligné, sans défaillance et non sans audace parfois, cette conviction. On a précisé que Marie est vierge avant l’enfantement, pendant l’enfantement et après l’enfantement. On est allé jusqu’à inclure l’aspect biologique en disant que la naissance fut « miraculeuse ». Les affirmations fortes de cet aspect physique dans l’enfantement du Christ sont aujourd’hui difficiles à tenir. Elles sont accessoires. Elles n’appartiennent pas à la définition morale de la virginité. Les évangiles et les chrétiens ont toujours été discrets sur ces questions gynécologiques qui ne se posaient pas. Ils ne fournissent pas les éléments d’une étude médicale qui serait vaine.

L’Ecriture ne parle pas de la virginité dans et après l’enfantement. Elle ne dit rien sur la vie intime du couple Marie-Joseph. Les évangiles de l’enfance de Jésus affirment sa divinité. Leurs auteurs ont relu les annonces bibliques du Messie promis. Leurs textes livrent une doctrine présentée sous forme d’histoires tissées d’allusions et de citations de la bible : c’est une  » théologie narrative ». En parlant de l’origine de Jésus on vise sa nature divine en même temps qu’humaine.

Le théologien Joseph Ratzinger (futur pape Benoît XVI) écrit dans son livre « Foi chrétienne hier et aujourd’hui » publié en 1969 (page 192): « La filiation divine de Jésus ne repose pas, d’après la foi de l’Eglise, sur le fait que Jésus n’a pas de père humain; la doctrine de la divinité de Jésus ne serait pas remise en cause si Jésus était issu d’un mariage normal ». Il ne suppose pas que cette union physique a eu lieu.

Marie est la « Reine de tous les saints ». Le concile d’Ephèse en 431 lui a décerné le titre de « Mère de Dieu ». La tradition l’appelle « Vierge ». C’est une allusion à la sainteté de Marie, tout entière consacrée au service de Dieu.  Deux privilèges de Marie,  traditionnels dans la foi catholique, ont été déclarés « vérités de foi »: « L’Immaculée conception » en 1854 et  » l’Assomption » en 1950.

La « Virginité de Marie », n’a jamais été présentée comme « vérité de foi ».

En mettant en valeur les privilèges de Marie, on risque de l’éloigner de nous.  Or, elle se fait proche de nous par ses multiples apparitions. Nous aimons la considérer comme la croyante qui marche avec nous sur le chemin de la foi.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 26 décembre 2017

 


« MINUIT, CHRÉTIEN« 

Parmi les cantiques célèbres pour la fête de Noël, figure une composition française destinée à marquer solennellement le milieu de la sainte nuit. Ce cantique connut une grande vogue durant plus d’un siècle dans d’innombrables paroisses au moment où, sur le coup de minuit, la procession portant l’enfant-Jésus à la crèche faisait son entrée dans l’église. La première audition en fut donnée à Roquemaure dans le Gard en France, le 25 décembre 1847.

Les fidèles qui connaissent les Ecritures ont remarqué qu’un passage du texte du cantique ne s’accorde pas avec les enseignements de l’Evangile. Il parle de « l’homme-Dieu descendu jusqu’à nous pour effacer la tache originelle et de son Père arrêter le courroux ».

Il est vrai que l’Ancien Testament parle souvent de la colère de Dieu. Dieu ne supporte pas le mal. La Bible n’hésite pas à dire et à répéter que l’infidélité de son peuple provoque sa colère. La connaissance que nous avons de Dieu a évolué et nous savons depuis Jésus-Christ que Dieu n’est pas un Dieu de colère mais un Dieu d’amour. Il déteste le péché, mais il aime les pécheurs. Il ne cherche pas la mort du pécheur, mais sa conversion. Il est un Père aimant qui accueille le pécheur repentant et lui pardonne. Jésus est le témoin de l’amour du Père. Il pardonne et réconcilie avec le Père.

C’est ce que disent les réflexions de l’évangéliste St. Jean au chapitre 3 de son livre: « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas mais ait la vie éternelle ».

Le texte du cantique est de son temps. Un théologien en a fait une critique sévère. Il parle d’une « médiocre théologie dé la Rédemption où le Fils se voit soumis au courroux presque sadique d’un Dieu vengeur ».

Le langage du cantique n’est pas adéquat. « La tache originelle » dont il parle est une expression non-biblique qui ne fait plus recette aujourd’hui. Le théologien ajoute: « L’image d’un Dieu vengeur qui prépare l’enfer détourne nos contemporains de la foi ».

Il est utile de signaler que l’auteur du texte n’était pas théologien: Placide Capeau était marchand de vin à Roquemaure. Il fit mettre son texte en musique par son ami Adolphe Adam, qui était compositeur d’opérettes.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 19 décembre 2017

 


NÉ PAUVRE ?

Les contes de Noël et les chants de la fête parlent volontiers de la pauvreté dans laquelle le Sauveur est né. Cette insistance remonte à St. François d’Assise qui était très attaché à la pauvreté évangélique. A la Noël de 1233, il fut le premier en Europe à monter une crèche vivante à Greccio. Il voulut montrer dans quelle pauvreté était né le Maître du monde. Cette crèche semble bien être à l’origine de nos crèches de Noël. Bien plus tôt, au 2e. s., St. Justin a parlé d’une grotte dans laquelle la Nativité aurait eu lieu.

L’évangéliste St. Luc, le seul qui nous parle de l’événement, se contente de dire que Marie « emmaillota son fils et le coucha dans une mangeoire ». C’est une auge dans laquelle on dépose la nourriture pour le bétail. Elle servit donc de berceau. Rien n’est dit au sujet de l’endroit où se trouvait cette auge. Cela ne semble pas intéresser l’auteur qui dit tout simplement que l’enfant est couché en un endroit fait pour déposer de la nourriture. L’enfant serait-il une nourriture? Le texte mentionne ensuite une chose qui a provoqué l’imagination des conteurs: on n’avait « pas trouvé de place pour eux ». Dans les contes, les aubergistes et les hôteliers font figure de gens de mauvaise volonté      peu intéressés par un couple pauvre.

Que dit le texte? « Il n’y avait pas de place pour eux ». Mais Où? Nous disons généralement : « à l’hôtellerie. La Traduction Œcuménique de la Bible (TOB) dit: « à la salle d’hôtes ». La traduction liturgique dit: « à la salle commune ». C’est plus fidèle au texte grec qui utilise le même mot une deuxième fois dans le livre de Luc: Jésus envoie des disciples en ville, à Jérusalem, dans la salle où ils prépareront la Pâque pour Jésus et ses disciples. (22, 11). C’est dans cette salle, au cours de la Cène, qu’il va instituer l’eucharistie. Cette salle sera le lieu de la première eucharistie. Avant cela, le pain eucharistique n’était pas distribué dans les salles communes des chrétiens. Lors de la Nativité, le pain eucharistique donné aux fidèles en nourriture, n’avait pas encore sa place dans « la salle commune ».  Nos églises sont les salles communes des communautés chrétiennes locales qui y célèbrent l’eucharistie. Il en est ainsi depuis la première génération chrétienne. Aujourd’hui, dans toutes les églises du monde, les fidèles trouvent dans la mangeoire qu’est l’autel, le sacrement du Corps du Christ, pain venu du ciel qui nourrit pour la vie éternelle.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 12 décembre 2017

 


VOCATION FORCÉE ?

Samuel est un personnage biblique important. Il a vécu au 11e s. avant le Christ.  Deux livres bibliques portent son nom. Il a assuré la transition entre 2 époques en Israël: celle des juges et celle des rois. Il a d’abord servi le peuple à la manière d’un juge, puis il a introduit les 2 premiers rois: Saül et David.

Samuel est né dans des circonstances particulières et sa naissance a été annoncée.  Il était de Raina, dans la tribu d’Ephraim, à 20 Km de l’actuelle Jérusalem. Son père s’appelait Elcana et sa mère Anne. Dans ce foyer, la vie n’était pas simple. Elcana avait 2 femmes: Anne, son épouse préférée et Penina, mère de 3 enfants. Celle-ci prenait sa revanche sur la préférée en l’accablant de moqueries sur sa stérilité.  Chaque année, lors du pèlerinage familial au sanctuaire de Silo, les mêmes scènes se reproduisaient. Elcana offrait des parts de l’animal sacrifié à Pénina et à ses enfants et une double part à Anne. Pénina ne cessait de lui faire des affronts. Anne en était humiliée, elle pleurait et refusait même de manger. Un jour, elle alla prier à l’entrée du sanctuaire. Elle promit que si Dieu lui accordait d’être mère d’un garçon, elle le lui consacrerait. Elle désirait un enfant pour être délivrée du mépris et non pour sa propre satisfaction. Le manque ne serait plus un malheur subi, mais un renoncement volontaire. Nous sommes cependant surpris d’entendre Anne décider de l’avenir de son fils. Il nous semble qu’elle respecte peu la liberté du garçon dans le choix de son avenir.

Elle prolongea sa prière. Le prêtre Eli qui assurait le service à Silo, observa le mouvement de ses lèvres mais n’entendait rien. Il la prit pour une femme ivre et la renvoya. Elle lui expliqua le motif de sa peine et l’objet de sa prière. Le prêtre lui dit alors: « Va en paix et que Dieu t’accorde ce que tu lui as demandé ».  Anne fut rassurée, s’en alla et mangea.

A Rama, Anne conçut et mit au monde son fils Samuel. Elle y voyait la réponse à sa prière. Cette fécondité tardive, après une longue période de stérilité, faisait ressortir le fait que la naissance de l’enfant était un-don de Dieu.  Les circonstances de cette naissance laissaient présager la vocation particulière de I ‘enfant. Quand Samuel eut 3 ans, Anne l’emmena à Silo et le présenta à Eli en disant: « Je suis cette femme qui priait ici le Seigneur pour avoir cet enfant. Je le cède au Seigneur pour toute sa vie ». L’enfant resta à Silo. (Par la suite, Anne eut 3 fils et 2 filles).

Tant que Samuel resta à Silo, il revit sa famille à chacun de ses pèlerinages annuels. Plus tard,  le sanctuaire fut vidé et détruit. L’Arche d’Alliance qui s’y trouvait fut conservée à Qiryath-Yéarim où David ira la chercher pour l’amener à Jérusalem.

Au sujet de la « vocation forcée » de Samuel, disons 2 choses. D’abord,  en vivant au sanctuaire, il était au service de Dieu et était placé sous la responsabilité d’Eli, son éducateur.  Ensuite,  le chapitre 3 du 1er livre de Samuel parle de la vocation du jeune homme qui, sous la guidance d’Eli, apprend à se mettre à l’écoute de Dieu. Il en deviendra le « voyant » et le « prophète » qu’on viendra consulter à Rama ou ailleurs. Après lui, ses fils assumeront cette tâche religieuse.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 5 décembre 2017

 


LA FAIBLESSE D’UN HÉROS

Samson, le Hercule biblique connu pour ses prouesses guerrières contre les Philistins, est un héros populaire dont la force physique n’avait d’égale que sa faiblesse devant les femmes.

Il est né d’un couple de la tribu de Dan, à Soréa. Le mari s’appelait Manoah. 
A sa femme qui était stérile, un messager céleste vint annoncer la naissance d’un fils.  Le garçon serait consacré à Dieu. On ne lui couperait pas les cheveux: sa longue chevelure sera le signe de sa consécration. Par ces récits d’annonces, les auteurs bibliques disent que Dieu intervient dans l’événement. La naissance de Samson sera un don de Dieu: il agira pour libérer le peuple.

Le jeune Samson était doué d’une force extraordinaire, attachée à sa consécration. 
La Bible parle de lui dans le livre des Juges aux chapitres 13 à 16. Les Juges sont des héros improvisés qui font des coups d’éclat contre les Cananéens et d’autres peuples comme les Philistins. Les Juges sont des chefs charismatiques d’une ou de plusieurs tribus israélites, suscités par Dieu pour sauvegarder le patrimoine national et religieux du peuple. Ils ont vécu à l’époque située entre l’entrée d’Israël en Canaan sous Josué et l’avènement des premiers rois: soit aux 12e et 11e s, avant le Christ. A ce moment, les difficultés de la conquête et les dangers du contact avec les populations païennes se firent sentir.

Samson rencontra un jour un lion furieux: il le mit en pièces.  Il se maria avec une Philistine de Timna. Au banquet, il posa une devinette aux jeunes invités. La trahison de la jeune épouse leur donna la réponse. Ayant perdu son pari, Samson devait fournir à chacun un vêtement de fête. Il alla à Ascalon pour s’en prendre aux citoyens riches et leur enlever leur vêtement qu’il donna aux jeunes qui avaient menacé sa femme. Elle fut donnée à un autre. Samson mit le feu à leurs champs.  Des Israélites de la tribu de Juda,  menacés,  livrèrent Samson ligoté. Il rompit les cordes et, avec une mâchoire d’âne, frappa violemment les soldats philistins qui l’entouraient. A Gaza, Samson passa la nuit chez une prostituée.  Les gardes,  ayant fermé les portes de la ville, croyaient pouvoir le surprendre.  Mais,  s’étant levé bien avant le jour, il souleva un battant d’une porte et le porta sur une colline proche.  Son amour pour Dalida lui fut fatal. Soudoyée par les soldats, elle apprit par ruse, le secret de sa force,  l’endormit sur ses genoux, lui coupa ses longues tresses et le leur livra. Ils le capturèrent,  lui crevèrent les yeux et le mirent aux travaux forcés.  Aveugle et humilié, il se repentit de son infidélité. Avec des forces retrouvées, il provoqua l’écroulement du Théâtre et la mort des Philistins rassemblés pour fêter leur dieu. Il y périt avec eux.

Il s’agit d’une histoire populaire fondée sur un fait réel mais amplifié où le concret (la longue chevelure) l’emporte sur le côté spirituel (la consécration intérieure). Samson est le dernier sur la liste des Juges. En fait, il n’est ni Juge, ni libérateur. Il est un héros qui agit seul et opère des prouesses destinées à ridiculiser l’ennemi plus qu’à libérer le pays du joug de l’occupant.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 28 novembre

 


HÉRITIER ATTENDU PUIS MENACE

Il s’agit d’Isaac, l’enfant promis par Dieu et longtemps attendu par Abraham et Sara. Sa naissance était humainement invraisemblable et son arrivée fut pour les parents un cadeau de Dieu.

Abraham était déjà très âgé et Sara, sa demi-sœur (fille de son père sans être fille de sa mère), devenue sa femme, était stérile et âgée. Ils étaient nomades,  vivaient sous la tente et circulaient de région en région, à la recherche de pâtures pour les bêtes. Le troupeau était leur richesse et des bergers travaillaient pour eux. Ils étaient désolés de ne pas avoir d’enfant. Avec le clan familial du père Térah, ils avaient quitté la ville d’Ur en Chaldée, sur le fleuve Euphrate. C’était la brillante capitale des Sumériens. Après un arrêt à Harân,  ils s’en allèrent vers le pays du Jourdain. Cette migration eut lieu près de 20 siècles avant Jésus-Christ.

Abraham avait volontiers quitté la civilisation païenne et ses divinités: il était à la recherche du Dieu vivant et vrai. Dieu se fit connaître à lui qui en sera le père de tous les croyants, comme le considèrent aujourd’hui les juifs, les chrétiens et les musulmans. Dieu fit à Abraham des promesses qui devaient le réjouir: il lui promit une terre qui serait bien à lui et une grande famille qui deviendrait un peuple. Abraham fit confiance.

Mais le temps passait. Soucieuse d’assurer à son mari un héritier et une descendance, elle lui mit dans les bras sa servante Agar, une égyptienne, qui s’en trouva enceinte. Agar méprisa sa maîtresse restée stérile et Sara maltraita Agar. Au fils,  Abraham donna-le nom d’Ismaël.

Trois visiteurs mystérieux, en qui la tradition reconnaît Dieu lui-même, annoncèrent que Sara aurait un fils l’année suivante. Cela provoqua le rire de Sara qui cependant mit au monde son fils Isaac. Les deux garçons grandirent ensemble jusqu’au jour où Sara contraignit Abraham à renvoyer Agar et son fils: elle ne voulait pas que le fils de la servante hérite en même temps que le fils de la promesse. Agar et son fils s’en allèrent errer dans le désert où Dieu les sauva et annonça à Agar que le garçon serait le père d’une grande nation. Il sera l’ancêtre des Ismaélites dont les arabes se disent les descendants.

Influencé par les pratiques idolâtriques des peuples environnants, Abraham crut devoir sacrifier son fils en l’honneur de Dieu. L’enfant était menacé. Son père allait accomplir l’irréparable, quand il vit un bélier se débattant dans un buisson. Il l’immola à la place de son fils. Il comprit qu’il avait été mis à l’épreuve, mais que Dieu rejette les sacrifices humains. Sa religion avait fait un progrès important. Dorénavant, les victimes animales remplaceront les victimes humaines.

Isaac compte parmi les ancêtres d’Israël. A Moïse, Dieu se présente comme le « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ». Par rapport aux autres patriarches, il fait cependant pâle figure. Il est toutefois l’enfant de la promesse, le dépositaire des promesses et de l’Alliance. II assurera la descendance promise. Il aura deux fils: Esaü et Jacob. Il se laissera surprendre par Jacob, qui, par ruse, vint solliciter de son père, devenu vieux et aveugle, la bénédiction réservée à l’aîné.  Tout cela nous est raconté dans le livre biblique de la Genèse dans les chapitres 12 à 25.

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 21 novembre 2017

 


APPRÉCIER CE QUI EST BEAU

Un groupe de jeunes en était venu à parler de l’aspect général du corps humain, de la morphologie. Gilbert donna son avis : « C’est ce que tout le monde a mais qui est plus beau chez les femmes ». Il ajouta : « Ma sœur a un beau corps ».

La Bible n’hésite pas à parler de la beauté féminine. Le livre d’Esther raconte comment, pour permettre au roi Assuerus de choisir une nouvelle reine parmi les reines de beauté du pays, la Perse, on organisa à Suse le rassemblement de toutes les jeunes filles « belles à regarder ». Esther fut retenue par le roi : « Elle avait un corps splendide ».

Judith, veuve depuis 3 ans, « était de fort belle apparence et de très gracieux aspect ». Sa ville de Béthulie était encerclée par l’armée assyrienne d’Holopherne.  La situation était désespérée quand Judith proposa aux autorités de la ville d’entreprendre une tentative de séduction pour écarter le danger. Pour se présenter au camp ennemi, elle oignit son corps d’une épaisse huile parfumée, arrangea ses cheveux, mit un bandeau, revêtit ses habits de fête, mit ses colliers, ses bracelets, ses bagues, ses boucles d’oreilles et toutes ses parures et se fit très élégante. A la porte de la ville, les chefs et les anciens eurent la plus grande admiration pour sa beauté ».

La Bible parle aussi de l’aspect physique du jeune David. Le premier livre de Samuel raconte que le prophète découvrit le futur roi dans la famille de Jessé de Bethléem. : « Jessé le fit venir. Le garçon était roux, il avait de beaux yeux, il était beau ».

La beauté physique n’est pas la seule chose à admirer dans notre corps: il y a toutes les facultés dont il est doté et qui nous sont très utiles. Pour en parler nous faisons un petit détour.

Au temps de la Saint Nicolas,  les enfants placent leurs souliers dans I ‘espoir d’y trouver une friandise. Quand leur attente est comblée, ils sont tout à la joie.  Au temps de St. Augustin, une pratique semblable existait dans son pays. Il y fait allusion: « Les enfants se réjouissent de trouver dans leurs souliers une friandise. Ils peuvent se réjouir bien plus de pouvoir y mettre tous les jours une paire de bons pieds ». Il invitait ses auditeurs à remercier le Créateur pour les merveilles de notre corps.

Il revient sur le sujet dans son livre célèbre: LA CITE DE DIEU. Une page entière appelle à contempler les merveilles du corps humain et de l’univers. Il parle de l’harmonie et de la beauté du corps, de la vigueur de la fécondité humaine, des capacités inépuisables de son intelligence, des découvertes de son génie, des progrès des industries, des sciences et des arts. Il s’émerveille devant la formation du corps humain, devant les facultés de ce corps: les organes des sens, la disposition des membres, la prodigieuse mobilité de la langue et des mains, aussi bien pour parler, écrire, produire des œuvres d’art et s’exercer aux métiers les plus divers. Il trouve non moins remarquable la proportion harmonieuse entre les différentes parties du corps. Il reconnaît que « la contemplation de la beauté physique du corps est troublée par des passions désordonnées ». St. Augustin est mort en 430. Que dirait-il des abus et des violences de notre temps en matière sexuelle? On sait que les pulsions sexuelles comptent parmi les plus puissantes; que la maîtrise de cet instinct est difficile et que, par faiblesse,  beaucoup se laissent aller à des comportements pervers aux effets dramatiques.

Abbé Auguste Reul

Paru dans Visé Magazine, le 13 novembre 2017

 


VICTIMES DE LA GUERRE

En août 201 4, Visé a marqué le centenaire du martyre de la cité : La ville fut incendiée par l’envahisseur. Il y eut 42 morts et 627 déportés dont 10 sont morts en Allemagne. Le livre d’Urbain Dodémont « LA QUINZAINE TRAGIQUE » fut réédité pour la circonstance. Il donne les précisions sur les destructions et les violences.

D’autres lieux connurent leur tragédie en d’autres circonstances.

Au printemps 1944 les alliés préparaient le débarquement en Normandie. Pour affaiblir l’ennemi, leur aviation bombardait les voies de communication ferroviaire. Les nœuds ferroviaires étaient menacés. Ce fut le cas du quartier de Montzen-gare où se trouvait la gare de marchandises située sur la ligne qui relie Aix-la-Chapelle à Anvers en passant par Visé.  Cet ensemble de 4 faisceaux de voies permettait le triage des voitures et la formation des trains. Les Allemands en firent une gare stratégique de première importance.

Le 28 avril 1944, dès 1 heure du matin, la gare subit un bombardement massif: 120 avions larguèrent 1. 200 bombes. Les voies furent mises hors d’usage, le trafic à des fins militaires fut atteint. Mais le quartier eut à subir des bombes qui tombèrent  hors des limites de la gare: 66 morts, 10 disparus et 150 blessés;57 maisons détruites et 71 gravement endommagées;410 sans-abris.

Aujourd’hui, quand des bombardiers partent pilonner une position stratégique, on leur demande de cibler avec précision leur objectif pour éviter les dommages collatéraux. Un tel souci ne semblait pas retenir l’attention quand on lançait des « tapis de bombes » sur une zone. Les bavures étaient nombreuses.

Pendant 19 ans, mon ministère m’a donné de vivre à Cointe dont j’ai appris à connaître l’histoire. Ce quartier a connu sa tragédie en mai 1944.

La colline de Comte se trouve derrière la gare des Guillemins, près de la gare de triage de Kinkempois et du pont ferroviaire du Val-Benoît. Elle était exposée aux bombardements aériens.

Le 1er mai, 3 vagues de bombardiers lancèrent leurs bombes sur le quartier. Les 9 et 11 mai, des chapelets de bombes furent lâchés sur les environs. Du 25 au 29 mai, des bombardiers passèrent en vagues successives pendant 45 minutes en lâchant leurs bombes.

Le bombardement du 18 août toucha le pont du Val-Benoit. Une bombe explosa près de l’église qui fut endommagée, la femme du sacristain périt dans sa maison, une bombe percuta et troua la tour du Mémorial.

Malgré leurs raids diurnes massifs à haute altitude, les forteresses volantes US ne parvinrent jamais à couper le trafic sur le pont du Val-Benoît. Beaucoup de maisons furent détruites. Il y eut beaucoup de morts. Les historiens locaux ont dressé la liste des paroissiens tués: 46. En outre, 6 personnes de passage à Cointe y ont trouvé la mort.

René Henoumont, journaliste au Soir Illustré, écrit ce commentaire: « Ce printemps-là les bombes américaines tombaient sur Liège. 0n mourait sans haine, car elles annonçaient le retour à la liberté ».

Ces souvenirs montrent que les populations peuvent être victimes de violences venant des ennemis mais aussi des alliés. Travaillons à la paix.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 6 novembre 2017

UN PAÏEN SAUVA ISRAËL

Le roi David avait réuni les 12 tribus d’Israël en un seul royaume dont Jérusalem devint la capitale. Le pays connut alors sa plus grande extension. C’était vers l’an 1. 000 avant le Christ. Mais ce royaume ne subsista que 40 ans après la mort de David. Salomon, son fils, se soucia de faire subsister une cour très nombreuse et perdit le cœur de son peuple. Des régions entières échappèrent à son pouvoir. Après Salomon, le royaume se disloqua. En 935 avant le Christ, deux Etats se formèrent: au Nord, le royaume d’Israël (capitale: Samarie);au Sud, le royaume de Juda (capitale: Jérusalem). Le royaume du Nord fut bientôt menacé par la puissante Assyrie (capitale: Ninive, en face de l’actuelle Mossoul). Samarie tomba en 721 avant le Christ. Les habitants déportés furent remplacés par des étrangers venus avec leurs dieux et leurs coutumes tout en acceptant de vénérer le dieu du pays. C’est l’origine du syncrétisme religieux des Samaritains, hérétiques aux yeux de Jérusalem.

Le royaume de Juda survécut à la menace assyrienne. Puis Babylone (au sud de l’Irak actuel) se révolta et fit tomber Ninive affaiblie. La Palestine se trouva sous domination babylonienne. Juda se laissa entraîner par l’Egypte dans la lutte contre Babylone. Il le paya cher: Jérusalem tomba sous les coups de Nabuchodonosor. Le roi fut fait prisonnier et une première déportation eut lieu.  Une nouvelle révolte entraîna une seconde prise de Jérusalem en 586: la ville fut rasée, le temple saccagé, la population déportée en exil.

Après 48 ans d’exil, la situation changea: Babylone s’écroula à l’arrivée de Cyrus,  roi de Perse. Son empire s’étendait sur les territoires de l’Iran et de l’Afghanistan actuels. La nouvelle capitale de cet empire a laissé des ruines impressionnantes: Persépolis. Cyrus était un conquérant particulier: il établissait son pouvoir, non seulement par des conquêtes, mais aussi par le respect et la compréhension. Les religions et les droits des Etats conquis étaient respectés, leurs lois, coutumes et langues préservées. Il n’avait rien d’un despote. C’était un homme loyal et libéral.  Il ne détruisait pas les villes prises,  il n’exécutait pas les rois vaincus, mais les traitait dignement. « On peut vaincre les peuples avec l’épée, mais on ne peut se les attacher que par des bienfaits » disait-il. Il était aimé de ses sujets.

Les habitants de Babylone l’accueillirent comme un libérateur, surtout les exilés de toutes races. Un an après son arrivée, il permit à ceux qui le voulaient de rentrer dans leur pays et de rétablir ces centres de culte et ces foyers de culture nationale qu’étaient les temples. Il encourageait ceux qui préféraient rester, à aider financièrement ceux qui partaient. Il favorisa la reconstruction du temple de Jérusalem et le retour des vases sacrés au sanctuaire. Il était vraiment un homme providentiel. La Bible fait son éloge et l’appelle « berger », « messie »,  « serviteur », « élu de Dieu ». Le retour dans la patrie est présenté comme un nouvel exode, une réplique de la libération d’Egypte. Sans le savoir, Cyrus accomplit le projet de Dieu qui s’est servi d’un païen pour sauver son peuple choisi.

L’édit de Cyrus déclencha chez les déportés un grand enthousiasme. Beaucoup cependant choisirent de rester. On organisa la première caravane. Elle se mit en route sous la conduite de Zorobabel, descendant de David et de Josué, grand prêtre.  Ils rétablirent la vie nationale à Jérusalem sous l’autorité de Cyrus.

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 31 octobre 2017

ÂMES EN PEINE

Il y a eu à Liège un couvent de sœurs AUXILIATRICES. Lors de la fondation de cette congrégation à Paris en 1856, les religieuses de cet ordre portaient le nom d’AUXILIATRICES DU PURGATOIRE. A cette époque, la prière pour les défunts, pour les « âmes du purgatoire »,  occupait une grande place dans la dévotion des fidèles. Ces religieuses voulaient « gagner des âmes au Christ », aider ces âmes à connaître la plénitude du bonheur en Dieu.  Dans le répertoire des religieuses du diocèse de Liège publié en 1985, les Auxiliatrices, ont abandonné la référence à l’au-delà et disent vouloir « aider » tous les vivants sur terre et tous ceux qui sont en « état de purification » après leur mort, à se libérer du mal et à connaître l’amour du Père, jusqu’au moment où ils contempleront la face de Dieu.

En adaptant leur projet à la mentalité du temps, elles ont introduit une définition juste du purgatoire.  Elles ont décrit la réalité vécue par les défunts comme l’ont décrite les évêques de Belgique en 1987 dans leur LIVRE DE LA FOI.  Ils rappellent que ce qui donne à nos actes leur valeur aux yeux de Dieu, c’est l’amour qui les anime et que le chrétien sait combien son amour pour Dieu et pour le prochain est imparfait. Parlant donc de chrétiens morts dans l’amitié de Dieu, ils affirment: « Le purgatoire n’est ni un temps ni un lieu. C’est un état où l’amour de Dieu consume totalement ce qui nous empêche d’être pleinement heureux de sa présence ». Le « feu » du purgatoire n’est rien d’autre que l’amour de Dieu nous brûlant pour nous enflammer. Ensuite, ils disent: « Le purgatoire implique une souffrance qui naît de l’amour. Les défunts souffrent de ne pas être en mesure d’accueillir tout le don de Dieu ». Cette souffrance est « purificatrice ». Le mot « purgatoire » doit être pris comme adjectif qui sert à qualifier cette purification.

Au sujet des défunts en souffrance, les évêques ajoutent: « Ils comptent sur notre solidarité et sur notre prière pour être guéris des conséquences de leurs péchés et pour s’épanouir dans la communion avec Dieu ». Nous leur exprimons notre solidarité spirituelle en leur dédicaçant nos prières et nos gestes de pénitence. Nous espérons ainsi les soulager et les soutenir.

Notre solidarité avec eux est une part de celle que nous vivons avec tous ceux qui, vivants ou morts, sont unis au Christ ressuscité. Nous célébrons cette triple solidarité à la Toussaint. Nous, les baptisés vivant en ce monde, formons l’Eglise militante. Le 1er novembre, nous fêtons tous les saints qui forment l’Eglise triomphante. Le 2 novembre, nous prions pour les défunts « en purification »: ils sont l’Eglise souffrante. Nous espérons réduire leur souffrance. Ces réductions sont appelées « indulgences ». Pour les évaluer, on a comparé la « souffrance purgatoire » des défunts au temps de pénitence imposé autrefois aux grands pécheurs repentants inscrits sur la liste des pénitents. Leur temps de pénitence pouvait être réduit par les interventions bienveillantes des autres: on leur accordait alors  » l’indulgence » d’une durée déterminée. Aux défunts on a accordé des indulgences spirituelles. L’attribution abusive d’indulgences moyennant argent a provoqué la colère de Martin Luther, le réformateur qui est à l’origine du protestantisme. Pour les protestants, le croyant est sauvé par sa foi au Christ, seul Sauveur. Chacun est responsable de son propre salut.

La pratique constante depuis le début, de la prière pour les morts a conduit l’Eglise à admettre la réalité de cette « souffrance purgatoire » sans nous l’imposer comme vérité de foi. Le Nouveau Testament n’en parle pas. Cette doctrine veut justifier et expliquer une pratique. 

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 24 octobre 2017

DEPUIS LE CIMETIÈRE

Notre mot « cimetière » vient du grec et signifie « lieu pour dormir ». Il est d’origine chrétienne et désigne le terrain bénit où les fidèles défunts dorment leur dernier sommeil dans l’attente de la résurrection. Le mot reprend donc la conviction que l’Eglise exprime aujourd’hui comme autrefois quand elle prie pour les défunts: elle parle de ceux « qui se sont endormis dans l’espérance de la résurrection.  »

Elle parle comme le Christ le faisait lui-même. Par exemple, à Capharnaüm, devant la maison de Jaïre dont la fille venait de mourir, il dit à ceux qui pleuraient et se lamentaient :  « Elle n’est pas morte, elle dort ».  L’évangéliste note: « Ils se moquaient de lui ». C’est un signe de l’authenticité du récit et de l’incrédulité des gens. Nous aurions réagi comme eux. S’étant rendu près d’elle, « il lui ordonna de se réveiller. Aussitôt, la fillette se releva et se mit à marcher ».  Autre exemple: Quand Jésus sut que son ami Lazare était mort, il dit: « Notre ami Lazare s’est endormi, mais je vais le réveiller ». Au cimetière, il fit enlever la pierre qui fermait le tombeau et commanda: « Lazare, sors ».  Lazare se releva.

Revenons à nos cimetières. Dans nos villages, les anciens cimetières entourent l’église et sont séparés des habitations par un muret. On voulait garder les défunts près de la communauté réunie, faire une prière sur leurs tombes après la messe dominicale et les maintenir en union de prière avec l’Eglise. Quand les habitants du village sont devenus plus nombreux, l’enclos du cimetière est devenu trop petit pour accueillir les nouveau-venus. Il a fallu aménager de nouveaux cimetières en périphérie des localités.

En Bretagne (France) les enclos paroissiaux se sont développés sur place d’une manière originale. Les corps des anciens étaient exhumés et les ossements étaient rassemblés dans un ossuaire à l’intérieur de l’enclos. Cet ossuaire devint une chapelle funéraire dont les combles servaient de charnier. Au 17e s. les paroisses rivalisèrent d’ardeur dans la décoration de cet enclos. Le calvaire est l’élément central des enclos bretons. Ces calvaires sont les monuments les plus caractéristiques de l’architecture religieuse bretonne. En plus de la croix du Christ et de celles des deux larrons,  les socles des calvaires représentèrent des scènes de la passion et même de toute la vie de la Vierge et du Christ depuis l’annonciation jusqu’à la résurrection.

L’enclos fut toujours considéré comme un symbole de la communauté paroissiale. On y entre par une porte monumentale aux allures d’arc de triomphe. Cette porte symbolise l’entrée dans la vie éternelle.  Cette entrée se fait d’abord par le baptême qui fait naître à la vie nouvelle et donne l’Esprit-Saint, gage et acompte de la vie du ciel. Toute sa vie, le chrétien chemine en compagnie du Christ au sein de l’Eglise jusqu’au passage vers la gloire du Ressuscité. Les scènes des calvaires rappellent que le croyant vit ses épreuves en union avec le Christ souffrant sa passion dans l’espérance d’entrer avec lui dans la gloire. Nous chantons ces paroles tirées de la seconde lettre de St. Paul à Timothée au chapitre 2. Ce texte cite un cantique ancien: « Si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons; si nous souffrons avec lui, avec lui nous règnerons ».

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 17 octobre 2017

 


ON DEMANDE DES ANTICONFORMISTES

Un ménage d’origine russe avait demandé le baptême pour un petit enfant. Le prêtre catholique, soucieux de respecter leur appartenance à l’Eglise Orthodoxe,  leur remit l’adresse du prêtre orthodoxe s’occupant de la communauté russe.

Les jeunes parents se sont plaints aux supérieurs ecclésiastiques catholiques disant qu’on refusait de baptiser leur enfant. Ils désiraient que l’enfant soit baptisé dans l’Eglise chrétienne de leur pays d’accueil. Ils voulaient s’intégrer dans le pays où le catholicisme est la religion majoritaire. Ils s’adaptaient aux coutumes locales et se conformaient aux traditions catholiques de leur patrie d’adoption.

Depuis longtemps, il y a beaucoup d’étrangers en Belgique. Ils se sont conformés à notre vie en société: ils ont appris nos langues nationales, ils travaillent dans notre économie, leurs enfants fréquentent nos écoles. Certains se rassemblent entre gens du même pays d’origine pour des activités culturelles ou religieuses. Des problèmes surgissent quand les pratiques religieuses d’immigrés non-chrétiens ont des incidences sur la vie en société.

Ce qui vaut pour tout migrant s’installant dans un autre pays est valable pour toute personne qui désire faire partie d’un groupe. Elle cherchera à connaître les coutumes du groupe pour les adopter. Elle se conformera aux coutumes du groupe sans pour autant perdre sa liberté de pensée et ses convictions personnelles. Certains cependant se conforment si bien aux habitudes majoritaires que, par opportunisme, ils en adoptent aussi les opinions. Pour éviter les ennuis,  ils ne contrarient personne et ne contestent rien de ce qui fait l’opinion majoritaire. Ils font « comme tout le monde ». Leur immersion devient une noyade. Comme un bois mort qui flotte sur la rivière, ils sont entraînés par le courant.

A Liège vivait un Hongrois catholique non-pratiquant. Quand il retournait en Hongrie voir sa vieille maman, il allait à la messe: il ne voulait pas déplaire à sa maman qui tenait à ce qu’il soit fidèle à ce qu’elle lui avait appris.

A Liège encore,  un ménage des Cantons de l’Est de la Belgique se disait catholique mais n’allait pas à l’église à Liège. Quand ils retournaient dans leur village, ils allaient à la messe. Ils y étaient connus et se conformaient aux coutumes locales. Ils s’adaptaient à leur environnement et changeaient de comportement.

Autrefois, en Belgique, la pression sociale était favorable à la religion. Les conformistes suivaient le mouvement par coutume plus que par conviction. C’était une religion sociologique.  Aujourd’hui, après une large déchristianisation,  la société laïcisée exerce une influence défavorable à la religion.

On a comparé les conformistes à des caméléons qui prennent la couleur de leur environnement pour passer inaperçus. Ce conformisme du comportement et de la pensée étouffe les convictions personnelles et la liberté de pensée. Il devient tyrannique. Pour persévérer, les croyants rament à contre-courant. Ils ont besoin d’une bonne dose d’anticonformisme. On demande aux croyants d’être anticonformistes.

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 9 octobre 2017

 


LAÏCITÉ CONTRADICTOIRE

Entendons-nous d’abord sur le sens des mots. Dans l’Eglise, sont appelés « laïcs » les baptisés, membres du peuple (en grec: laos) de Dieu, qui ne font pas partie du clergé. L’ensemble de ces laïcs forme le « laïcat ». En dehors de l’Eglise, sont appelés « laïques » les partisans de la laïcité ou des choses qui s’y rapportent.  L’adjectif « laïque » qualifie ce qui est étranger à la religion et donc indépendant des organisations religieuses. « Laïciser » c’est soustraire quelque chose à l’autorité religieuse et l’organiser selon les principes de la laïcité. La « laïcité » est le système qui exclut les Eglises de l’exercice du pouvoir politique ou administratif. Les cours de « morale laïque » transmettent les valeurs de la laïcité.

Il convient aussi de distinguer les institutions publiques et les personnes individuelles. Par exemple l’Etat et ses structures se doivent d’être laïques, indépendantes de toute religion ou philosophie, mais les respectant toutes. Elles seront neutres. Mais une personne individuelle ne deviendra laïque qu’en adhérant librement à la laïcité. En Belgique les croyants vivent heureux dans un Etat laïque qui respecte toutes les religions. Le croyant n’envisage pas d’adhérer personnellement aux principes de la laïcité comme le font les partisans de cette laïcité.

On reste perplexe quand la laïcité estime ne pas être une opinion et pense que des croyants pourraient en être membres. Cette proposition a les apparences d’une grande ouverture mais « foi » et « laïcité » sont incompatibles puisqu’il est entendu que « être laïc,  c’est bien sûr, adhérer aux valeurs de la laïcité ».

Ces valeurs sont les affirmations de base, les dogmes, de la laïcité. Un croyant accepte certaines de ces valeurs: la laïcité de l’Etat, la liberté religieuse. Il ne demande pas de privilège pour sa communauté. Il accepte les lois du pays tant qu’elles ne le contraignent pas à des comportements contraires à ses convictions.  Il accepte           volontiers les services de ses compatriotes mais on ne peut l’empêcher de faire confiance à Dieu: ce serait lui interdire de vivre selon sa foi qui est faite de confiance en Dieu.

C’est avant tout le critère de la vérité qui fait difficulté. Nous avons appris beaucoup de choses de diverses manières. Nous ne vérifions pas la vérité de tout ce qui nous a été dit ou qui a été écrit. Nos connaissances ne se limitent pas aux acquis des sciences exactes.  « N’accepter comme vrai que ce qui peut être vérifié » est restrictif et élimine tout ce qui est de l’ordre du témoignage. Le principe semble viser les religions monothéistes qui, toutes trois, trouvent leur origine dans une révélation. Ces révélations nous ont été transmises par des témoins. Le tout est de savoir si ces témoins sont fiables.

La laïcité est donc une opinion, une conviction assimilable à une religion. Elle a ses dogmes. Elle est incompatible avec la foi religieuse. Son apparente ouverture est en contradiction avec ses dogmes.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 03 octobre 2017

 


EXCLURE LA RELIGION ?

En Belgique, une séparation relative entre l’Eglise et l’Etat est ancienne.

Cependant, peu à peu, la séparation entre ce qui est officiel et ce qui est religieux, apparait. Les signes et les insignes religieux ont disparu des tribunaux, des hôtels de ville et des écoles officielles. Les cérémonies religieuses patriotiques ne sont plus organisées par les pouvoirs publics mais par les responsables religieux qui invitent les autorités civiles, judiciaires et militaires.

Des modifications de langage sont introduites: on hésite à désigner encore les vacances scolaires du nom des fêtes religieuses qui en sont les occasions. Reconnaissons que certains congés dans l’année, motivés par des fêtes religieuses,  ont perdu leur sens pour ceux qui ignorent tout du calendrier de l’Eglise.

Des croyants s’émeuvent de cette évolution qu’ils ressentent comme un rejet de la religion, une volonté de l’exclure. Un texte laïcard publié dans une revue maçonnique renforce l’impression d’hostilité. Il parlait d’un « Etat-voyou qu’il fallait bombarder ». Il visait la Cité du Vatican.

En ce domaine comme dans d’autres, le public n’aime pas les changements. Des aînés, notamment, vivent dans l’idée que l’Etat doit maintenir sa bienveillance envers l’Eglise. On cite les cas où l’école communale du village à majorité catholique fonctionnait comme une école catholique.

Des militants de la Laïcité semblent dérangés par les traces du catholicisme dans le pays. Ils voudraient supprimer toute manifestation religieuse du domaine public sous prétexte que la foi est une affaire privée. Or, les croyants ont le droit d’avoir des convictions et des opinions, de les dire, seuls ou en groupe, et de les manifester.

Les choses changent. Une vague de déchristianisation a marqué notre pays. Des baptisés vivent loin de l’Eglise. Tous les Belges ne sont pas croyants. Des groupes d’Action Laïque se sont organisés. Ils ont le droit de s’exprimer et de revendiquer des choses tant qu’ils ne manquent pas de respect des droits des autres. Il y a des Belges croyants qui ne partagent pas notre foi catholique: des chrétiens orthodoxes, protestants, anglicans. Il y a des juifs. L’arrivée des immigrés explique la présence de musulmans, de bouddhistes, etc. Le pays connaît un pluralisme culturel et religieux. Le réalisme demande d’accepter ce pluralisme. L’Etat doit le respecter. Les pouvoirs publics resteront neutres et veilleront à garantir la liberté religieuse de tous.

L’Eglise et l’Etat sont autonomes dans leurs sphères respectives. Les croyants ne doivent pas s’attendre à ce que l’Etat n’édicte que des lois conformes à leur morale religieuse. Les lois ne peuvent pas contraindre les croyants à des actes contraires à leurs convictions.

Dans les locaux des services publics, personne ne doit se trouver gêné par un signe ou un insigne convictionnel étranger à ses convictions.

Veillons à ne pas subir les changements en gardant la nostalgie d’un passé qui n’existe plus. Cherchons à comprendre ce qui se passe avec l’espoir de voir les nouveau-venus s’intégrer harmonieusement.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 26 septembre 2017

 


UNE RÉPUBLIQUE LAÏQUE FRAGILE

La Turquie moderne est née au lendemain de la première guerre mondiale. En 1914 l’Empire Turc Ottoman, sous l’autorité du sultan Mehmed VI, se rangea du côté de l’Allemagne et connut la défaite. Les alliés voulaient procéder au démembrement du pays. Le sultan abandonnait la partie. Mustafa Kémal devint le champion de la résistance des Turcs à ce projet. L’Assemblée nationale réunie à Ankara donna le pouvoir exécutif à Mustafa Kémal. Pendant ce temps les délégués du sultan signaient le traité de Sèvres qui portait atteinte à l’intégrité territoriale turque. Le nationalisme turc en était renforcé. L’offensive grecque pour faire respecter le traité de Sèvres ouvrit la guerre d’indépendance qui aboutit à la victoire des Turcs. Le pouvoir du sultan fut supprimé.

Le traité de Lausanne rendit à la Turquie les territoires disputés aux Grecs.  L’Assemblée nationale proclama la République, choisit Ankara comme capitale et élit Mustafa Kémal président. La Constitution confia le pouvoir à une Assemblée nationale élue au suffrage universel et qui élit le président.  Un nouveau régime politique était introduit: il se voulait moderne, laïc et occidentalisé.

Jusque-là, les Turcs se considéraient, non comme une nation, mais comme une communauté musulmane dont le chef politique, le sultan, était en même temps le chef religieux, le calife. La religion en avait acquis une emprise importante sur la vie quotidienne et sur l’Etat. Les citoyens avaient été tenus à l’écart de la politique, de l’industrie et du commerce. La République abolit le califat: l’Islam n’était plus religion d’Etat.

La République laïcisa l’enseignement et les tribunaux, supprima la dîme et les congrégations religieuses et abolit la polygamie. Le fez et le turban furent interdits; le chapeau et la casquette furent obligatoires (coiffures contraires à l’Islam qui ne permet pas qu’on dissimule le visage sous une visière). Les titres traditionnels (pacha, bey, etc) furent supprimés. On adopta le calendrier grégorien et l’alphabet latin. L’usage des patronymes (noms de famille)  fut introduit. Mustafa Kémal reçut lui-même le nom de Ataturk (père des Turcs).  L’opposition des minorités nationales (Grecs, Arméniens, Kurdes) fut réprimée.  Pendant 14 ans Ataturk présida aux destinées de son pays. A sa mort en 1938, son premier ministre Ismet Inönü devint président.

Pendant le second conflit mondial, le pays resta neutre. Après la guerre, il connut une profonde crise économique au cours de laquelle se développèrent des partis d’opposition. En 1946 Celâl Bayar fonda le parti démocrate qui remporta les élections de 1950. Bayar devint président     et Menderes premier ministre.  Pendant 10 ans, ils menèrent une politique islamique marquée par le retour à l’enseignement religieux musulman obligatoire et par la construction de mosquées. Le coup d’Etat militaire du général Gürsel en mai 1960 écarta les démocrates. Une nouvelle Constitution fut approuvée par référendum. Les dirigeants démocrates furent condamnés et Menderes exécuté. Gürsel fut élu président malgré une forte opposition.

Ces épisodes de l’histoire de la Turquie montrent comment peuvent évoluer les relations entre un Etat et la religion et combien il est difficile de trouver l’équilibre qui satisfait tout le monde.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 19 septembre 2017

 


CATÉCHISME POUR ADULTES ?

On fait comme si la formation religieuse n’était utile qu’aux enfants. Dès lors,  bien des jeunes chrétiens grandissent avec une foi restée au niveau de l’enfance. Cette foi fragile est en danger lorsqu’ils entrent dans le monde des adultes: leurs faibles connaissances religieuses ne font pas le poids face aux sciences profanes qu’ils acquièrent. Une formation permanente s’impose au croyant qui veut maintenir et intensifier sa foi.

Jadis, les évangélisateurs de nos régions ont parlé aux adultes. Lorsqu’il y eut des familles chrétiennes,  celles-ci se chargeaient de la formation religieuse des enfants comme elles pouvaient; Elles comptaient sur la prédication du clergé et sur la décoration des églises: peintures, vitraux et statues. C’était un langage pour illettrés. La fondation d’écoles permit de donner un enseignement religieux aux enfants qui les fréquentaient.

Tout changea au 16e s. par suite de la Réforme protestante et de l’invention de l’imprimerie.

Luther fut le premier à faire imprimer un catéchisme en 2 volumes complémentaires: un grand en latin pour les éducateurs et un abrégé en allemand pour le peuple. Calvin, le réformateur de Genève, publia un manuel fondamental de la foi pour adultes.

Le Concile de Trente, en Italie (1545-1563) réagit à la Réforme protestante et veilla à réformer l’Eglise catholique en tenant compte des critiques. On prit conscience de la grave ignorance religieuse des baptisés et de la persistance des superstitions. Mais dans l’Eglise on n’avait pas attendu le concile pour prendre des initiatives: des résumés de la doctrine chrétienne avaient paru en divers pays. L’ouvrage de St. Pierre Canisius eut un succès extraordinaire en Allemagne et dans toute l’Europe.

Constatant qu’il y avait partout des catéchismes pour les fidèles, le concile décida de publier un manuel destiné aux curés, eux-mêmes peu instruits, pour les aider dans leur prédication. La commission chargée de ce travail, présidée par St. Charles Borromée, publia ce catéchisme en latin en 1566 avec l’approbation du pape St. Pie V. Il fut traduit en de multiples langues. Après le concile, les catéchismes se sont multipliés, œuvres de théologiens ou de pasteurs, dont certains sont connus: St. François de Sales et St. Vincent de Paul.

L’instruction religieuse des enfants était un grand souci des évêques. Les séances de catéchisme pour enfants furent instituées au 17e s. Les manuels diocésains se sont multipliés: ils étaient des résumés de théologie scolaire peu centrés sur Jésus et sans référence à la Bible.

Depuis des décennies, les changements culturels ont conduit à revoir les catéchismes classiques. On distingue aujourd’hui un « catéchisme » qui est plutôt un condensé de doctrine, d’une « catéchèse » qui est une formation plus attentive à la « réception » de l’enseignement.

Un catéchisme pour adultes a été publié en 1992: « Le catéchisme de l’Eglise catholique ».  Il est destiné aux évêques, aux responsables de la catéchèse et à tous les fidèles désireux de formation doctrinale. C’est un volume de 670 pages,  format 24 X 17 cm.  Il en existe une version abrégée de 290 pages.  Il présente un condensé systématique de la doctrine chrétienne.

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 12 septembre 2017

UN PAPE DE CHEZ NOUS

Il fut le dernier pape non-italien avant le pape polonais Jean-Paul II.
Il est né en 1459 à Utrecht dans les XVII Provinces liées à l’Autriche et à l’Espagne. Ces XVII Provinces comprenaient le Benelux actuel sans la Principauté de Liège.
Il garda son prénom de baptême pour le porter sur le trône pontifical. Adrien VI fut pape pendant moins de 13 mois.

Issu d’un milieu modeste, il devint prêtre. A l’université de Louvain il étudia la philosophie, le droit canon (les lois de l’Eglise) et la théologie. Il obtint les titres de licencié et de docteur. Il fut professeur de théologie. A deux reprises il exerça la charge de recteur. Homme austère, travailleur, pieux et de bon conseil,  il était apprécié par les notables. L’empereur Maximilien d’Autriche lui confia l’éducation de son petit-fils, l’archiduc Charles, le futur Charles-Quint. On lui confia un rôle politique en Espagne où il devint évêque de Tortose et fut fait cardinal.

A Rome, la mort du pape Léon X ouvrit une succession difficile. C’était en 1521.  Dénonçant les abus et les scandales dont l’Eglise se rendait coupable, la réforme protestante se propageait en Allemagne et en Europe.

Le conclave chargé d’élire un nouveau pape, divisé en partis irréductibles, finit par trouver un compromis en choisissant Adrien. Il n’arriva à Rome que huit mois plus tard. Il entreprit aussitôt la réforme qui s’imposait. Il menait dans son palais une existence édifiante écartant tout faste. Il dénonçait les scandales, critiquait la corruption et l’inconduite de trop de clercs.

A l’Assemblée (diète) de Nuremberg en Allemagne, il fit lire par son ambassadeur une extraordinaire confession des péchés: « Nous reconnaissons que Dieu a laissé se produire cette persécution de son Eglise à cause des péchés des hommes, en particulier des prêtres et des prélats. Même sur ce Saint-Siège se sont produites beaucoup de choses abominables. Tout cela a tourné au scandale. Nous mettrons tout notre zèle pour améliorer les choses à commencer par la cour romaine dont vient tout le mal.  C’est de là qu’est partie la maladie,  c’est là aussi que commencera la guérison. »

Ce partage des responsabilités dans la scission de l’Eglise inaugura la Contre Réforme. Mais ces projets réformateurs provoquèrent l’opposition dans la curie romaine. Adrien fut bientôt dans l’incapacité de mettre au pas le petit monde qui l’entourait. Ces excellentes intentions n’avaient pas été servies par la prudence et l’habileté qui convenaient. S’en prendre à tous les scandales à la fois c’était faire l’unanimité contre soi. Son intransigeance et le choix trop hollandais ou espagnol de ses collaborateurs avaient compromis sa réforme.

Par sa sainteté et l’authenticité de son zèle réformateur il se retrouva dans le milieu romain comme un étranger dans la frivolité et la cupidité ambiantes. Il était trop étranger en même temps par la race, la langue et la mentalité.  Une impopularité énorme avait fini par entourer cet homme de bien qui, au moment de mourir, murmura cet aveu de découragement: « Il est triste qu’il y ait des époques où le plus honnête soit obligé de succomber ».

Prématurément vieilli, Adrien mourut à 64 ans. Sa mort mit fin à ses tentatives de réforme. D’autres prendront le relais.

En lisant cette chronique, peut-être avez-vous pensé à notre pape François comme moi j’ai pensé à lui en la rédigeant. Comme Adrien VI, il a le projet de réformer la curie romaine. Il s’y prend à sa manière. Prions pour lui et pour que son projet soit couronné de succès.

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 5 septembre 2017

 


MORTE OU PAS ?

Le 15 août est le jour de la fête de l’Assomption de Marie. Cette fête célèbre l’entrée de Marie, corps et âme, dans la gloire du ciel. Comme son fils Jésus, elle est passée de ce monde vers le Père par une résurrection.  Cette vérité de foi n’a été définie qu’en 1950 par le pape Pie XII.

Cette conviction conduit certains croyants à penser que Marie a été épargnée par la mort. Ils lui attribuent un privilège de plus en prétendant qu’elle ne serait pas morte. Ils dépassent ainsi la pensée de l’Eglise. Il convient de relire la Constitution Apostolique rédigée par le pape pour définir le dogme de l’Assomption. Il écrit: « Marie a été préservée de la corruption du tombeau ». Le pape introduit la définition du dogme en citant un texte très ancien: « Marie a été vivifiée par son fils, elle partage pour l’éternité l’incorruptibilité de son corps. Il l’a fait sortir du tombeau et l’a élevée auprès de lui d’une manière connue de lui seul ».

Pendant les cinq premiers siècles, on a parlé de la mort de Marie comme d’une chose allant de soi. Pie XII cite aussi St. Jean Damascène (7e s.) qui déclare: « Il fallait qu’elle garde son corps, même après la mort, exempt de toute corruption ».  L’Assomption affirme que le corps inanimé de Marie n’a subi aucune corruption,  qu’elle a triomphé de la mort et qu’elle a été glorifiée dans le ciel comme son fils. Les termes de la définition sont modérés et ne disent rien sur la manière dont cela s’est passé.

Pour désigner ce « mystère », l’Eglise latine parle d’ « Assomption ». Les Eglises orientales parlent de « Dormition ». Ce sont deux manières de désigner la mort et la résurrection de Marie. Le mot latin insiste sur le passage immédiat de Marie dans la gloire. Les Orientaux ont conservé la manière primitive de nommer la fête et leur mot parle plus clairement du passage par la mort. Notre liturgie des défunts parle aussi de ceux qui se sont « endormis » dans la mort, « endormis dans l’espérance de la résurrection ».

L’icône de la Dormition représente la mort de la Vierge. Couchée, comme endormie,  sur un lit de parade, elle est entourée par les Apôtres, des saintes femmes et des évêques. Derrière elle se tient Jésus en gloire, tenant en ses mains un tout petit enfant: c’est Marie qu’il vient emmener au ciel. Sa mort est en même temps sa naissance dans la gloire. Cette icône est l’image conventionnelle de la Dormition chez les Orientaux. Dans l’Eglise latine on a surtout représenté Marie montant au ciel. La représentation de sa mort existe aussi. La peinture du Caravage sur « La mort de Marie »(1604) est exposée au Louvre à Paris.

Quant à la dévotion mariale, elle remonte au temps des Apôtres. Les évangiles et l’apocalypse en ont gardé des traces. Ces textes sont en effet issus des communautés chrétiennes primitives et témoignent de la foi de l’Eglise à cette époque, à savoir milieu et fin du premier siècle. Deux évangiles, celui de Matthieu et celui de Luc, parlent de Marie dans les récits de la naissance et de l’enfance de Jésus. Celui de Jean, plus tardif, nous parle de Marie à Cana et au Calvaire. Tous ces textes nous livrent des éléments d’une doctrine mariale.

La diffusion des écrits du Nouveau Testament a été suivie d’une période de réflexion et de discussions qui ont abouti en 431 au Concile d’Ephèse à l’attribution à Marie du titre de « Mère de Dieu ». Nous la félicitons en lui redisant ce titre chaque fois que nous récitons l’Ave Maria.

 

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 29 août 2017

 


IL A COPIE

Bien des textes d’évangile ne livrent leur secret que lorsqu’on les rapproche des récits de l’Ancien Testament dont les évangélistes se sont inspirés. C’est flagrant pour l’épisode de la visitation de Marie à sa cousine Elisabeth. (Luc, 1) Tant que l’explication biblique n’était pas connue, les commentateurs peinaient à en dégager un enseignement. En 1973 un commentaire parlait d’ « un voyage pénible que Marie s’était imposé pour se mettre au service de sa cousine enceinte ».  Il ajoute: « Marie donna un exemple d’entraide en allant visiter sa cousine ». Il n’en tire qu’une conclusion moralisatrice. Il n’insiste pas sur la connaissance qu’avaient les deux femmes de ce que Dieu accomplissait en elles et du soutien que leur rencontre apportait à leur foi à toutes deux.

La litanie de la Vierge Marie lui attribue un titre qui nous met sur une bonne piste. Elle l’appelle « Arche d’Alliance », nom donné dans l’Ancien Testament à ce meuble sacré considéré comme le trône du Dieu invisible et signe de sa présence.  Quand Luc a rédigé son récit de la visitation, il avait sous les yeux le chapitre 6 du second Livre de Samuel qui parle du transfert de l’Arche dans la ville de Jérusalem. Cette Arche était le coffre sacré en bois d’Acacia construit au désert,  après la sortie d’Egypte. Il contenait les deux tables du décalogue, un vase de manne et le bâton miraculeusement fleuri d’Aaron. Le couvercle de l’Arche en or massif surmonté de deux chérubins aux ailes déployées, était considéré comme le trône de Dieu. Quand Luc rédige son texte, il est attentif aux détails du récit du transfert de l’Arche à Jérusalem et s’en inspire.

DAVID voulait faire de sa nouvelle capitale un centre religieux, une ville sainte.  La ville se trouve à 790 m. d’altitude parmi les montagnes de Judée. LUC fait monter Marie vers une « ville de la montagne de Judée ».

Un accident avec mort d’homme fait hésiter DAVID qui se dit: « Comment l’Arche du Seigneur pourrait-elle venir chez moi »? Selon LUC, Elisabeth s’étonne de la visite de Marie : « Comment ai-je le bonheur que la mère de mon Seigneur vienne à moi?- » Des nouvelles encourageantes au sujet de l’Arche rassurent DAVID qui remet en route la procession qui va introduire l’Arche dans la ville. David exprime sa joie en dansant de toutes ses forces dans le cortège. LUC, dans le récit de la visitation,  écrit: « Elisabeth crie de toutes ses forces » et « son enfant tressaillit en elle ».

Après l’accident qui avait interrompu le transfert de l’Arche, DAVID a attendu les bonnes nouvelles pendant 3 mois. LUC signale que Marie est restée chez sa cousine pendant 3 mois.

Par ces similitudes, Luc nous présente Marie comme le véritable trône de la présence de Dieu parmi les hommes. Elle est la véritable Arche d’Alliance dont l’ancienne était l’annonce et la préfiguration. Le récit est une affirmation forte de la foi en Jésus, Dieu incarné, dont Marie est la mère.

Elisabeth lance une béatitude à l’adresse de sa jeune cousine: « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ». Elle félicite Marie pour sa grande foi. On nous a beaucoup parlé des privilèges de Marie, depuis son immaculée Conception jusqu’à son Assomption. Luc nous dit qu’elle fut d’abord une femme de foi.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 14 août 2017

 


MAGRITTE : IL Y A 50 ANS

Le peintre surréaliste belge René Magritte est mort il y a 50 ans à Schaerbeek d’un cancer généralisé.  C’était le 15 août 1967. Il avait 69 ans.  Né à Lessines en 1898, il fréquenta l’Académie des Beaux Arts de Bruxelles. Il fut marqué par le cubisme et le futurisme. Pour gagner sa vie, il a travaillé dans une entreprise de papiers peints et a réalisé des illustrations publicitaires.

En 1912, sa mère s’est suicidée par noyade. Son corps fut retrouvé quelques jours plus tard, le visage recouvert de sa robe de nuit. Cette mort tragique a marqué le peintre toute sa vie. L’image du visage recouvert d’un drap est présente dans beaucoup de tableaux.

En 1916 il exposa pour la première fois à Châtelet où il vécut de 1904 à 1917 dans un immeuble devenu actuellement foyer culturel. Sa famille s’établit ensuite à Bruxelles. En 1927, il rejoignit le groupe surréaliste d’André Breton à Paris. Il y rencontra le poète Paul Eluard et les peintres Dali et Miro. En 1930 il rentra à Bruxelles et ne quitta plus son pays. En 1965 il exposa au Museum 0f Modern Arts de New-York. Ce fut une consécration internationale. Il réalisa la grande part de plus des mille toiles à Bruxelles où il avait son atelier.

Ses tableaux sont réalisés avec une grande précision : ce sont d’étranges collages visuels, des énigmes poétiques qui étudient les liens entre les images, les idées et les mots. Les surréalistes sortent des habitudes, provoquent des chaos visuels, associent des images étrangères les unes aux autres et produisent un bouleversement. Au départ d’objets de la vie quotidienne (une pipe, un chapeau) Magritte met en cause les lois apparentes de la nature, des conventions et modèles culturels définis par la société. La peinture n’est pas simple représentation d’un objet. On voit une pomme ou une pipe, mais impossible de croquer cette pomme ou de bourrer cette pipe. Ce ne sont que des représentations. Il s’adresse à notre pensée. Son œuvre est plus révolutionnaire qu’il n’y paraît. L’image n’est pas la réalité, c’est une illusion, un simulacre inutile. « Ceci n’est pas une pipe ». Son message est donné sur un ton ironique. Sa démarche  fut plus philosophique que picturale. Ses tableaux sont des signes de la liberté de pensée : ils bouleversent les conventions picturales et bousculent la logique. Ce qui semble pure fantaisie est l’expression d’une pensée anticonformiste.

Depuis juin 2009 Magritte est mis à l’honneur à Bruxelles. 2. 500 m² lui sont réservés dans un palais de la place Royale. On peut y admirer 200 œuvres. C’est la plus grande collection de ses toiles au monde.

Une de ses œuvres est bien connue des Belges.  « L’oiseau de ciel ». La toile représente un oiseau fait de nuages. La Sabena (compagnie aérienne belge) la lui avait commandée en 1965 pour en faire son image de marque. Après la faillite de la Sabena l’œuvre a été vendue en 2003 pour 3. 400. 000 Euros.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 11 juillet 2017

UNE VALLÉE DE LARMES ?

Une tradition « judéo-chrétienne » considérerait notre monde comme une « vallée de larmes ». L’expression insiste sur les malheurs et les tristesses de la vie. Elle se trouve en fait, dans un cantique « chrétien » adressé à la Vierge Marie. Ce cantique remonte au 11es.  Il a été propagé par les moines cisterciens,  ensuite par les dominicains et par les franciscains. Aujourd’hui il est chanté à la fin des complies, la prière avant le repos de la nuit. Il porte le nom des premiers mots latins;  « Salve Regina ». Voici la traduction du début;  « Salut, ô Reine, Mère de miséricorde, notre vie, notre joie, notre espoir, salut. Vers toi nous crions dans notre exil, enfants d’Eve. Vers toi nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes ».  Ce cantique ressemble aux prières récitées solennellement en public aux époques de catastrophes ou de calamités. Des prières de ce genre se retrouvent dans la litanie des saints que l’on chantait encore après la guerre lors des processions des rogations qui avaient lieu les 3 jours avant la fête de l’Ascension. Cette pratique fut instaurée au 4e s.  pour obtenir la fin des calamités et la bénédiction de Dieu sur les cultures. On y demandait d’être préservé « de la foudre et de la tempête, des tremblements de terre, de la peste,  de la famine et de la guerre ». Aujourd’hui encore, des populations sont frappées par ces malheurs. Heureusement pas toujours, ni partout. Depuis 1945, l’Europe vit en paix (à part la guerre en ex-Yougoslavie) grâce à l’établissement de l’Union Européenne. Nous sommes protégés contre les épidémies grâce aux performances de la médecine. Mais bien des régions du monde sont loin d’être des paradis terrestres. Ne soyons ni naïfs, ni égoïstes.

Le « Salve Regina » considère ceux qui le prient comme des « enfants d’Eve, exilés ».  C’est une aspiration au monde heureux qu’est le paradis, patrie définitive aux yeux des croyants.

La vie comporte des joies et des peines, des événements heureux et des événements pénibles. La visite d’un hôpital permet de voir les effets des accidents de toutes natures Dans les centres de pèlerinages, les défilés des malades et des infirmes montrent la souffrance de ceux qui n’ont pas la chance d’être bien-portants. Les attentats qui ont frappé notre pays nous en ont fait connaître l’horreur. Dans certains pays, les attentats sont fréquents.

Il y a toujours des gens qui rient et d’autres qui pleurent. Dans notre monde,  les rires et les larmes sont mêlés.

La prière de l’Eglise s’inspire de la Bible et en reprend les psaumes. Ceux-ci admirent la création et adorent le Créateur;  « Les cieux proclament la gloire de Dieu ». Ils remercient Dieu de son attention pour les humains;   « Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui? Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu ». Ils se réjouissent de la grandeur de l’homme;  « Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis ». Ils lancent des cris de détresse et pleurent avec ceux qui souffrent;  « Je m’épuise à force de gémir. Je pleure dans mon lit; ma couche est trempée de larmes ». Ils disent la confiance et la gratitude;  « De tout mon cœur je rendrai grâce, je dirai tes innombrables merveilles ».

Parmi les 150 psaumes, il s’en trouve pour toutes les circonstances de la vie.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 4 juillet 2017

 

 


NOS DÉPENDANCES

Quand nous allons bien,  nous nous sentons autonomes et libres. Notre corps ne ressent aucune douleur et toutes les fonctions s’accomplissent sans nous causer de souci: nos poumons respirent,  que nous soyons éveillés ou endormis; notre cœur fait circuler le sang nourricier la nuit comme le jour; notre système digestif travaille sans arrêt. Il faut en dire autant de tous nos sens. Tous ces automatismes nous garantissent la bonne santé qui nous rend capables de penser et d’agir: de vivre. Cette santé dépend du bon fonctionnement de nos organismes. Nous dépendons de notre état de santé.  C’est une première dépendance.

Nous vivons sur une planète où les conditions sont favorables à la vie. Dans nos pays,  nous bénéficions d’un climat tempéré. D’autres pays connaissent des chaleurs torrides ou des froids extrêmes. Mais les populations s’adaptent. Les jours et les nuits alternent de manière harmonieuse. L’eau est un élément étonnant et précieux: elle gèle sous l’effet du froid,  elle s’évapore sous l’effet de la chaleur,  elle reste liquide aux températures modérées. Elle fertilise la terre et désaltère les vivants: elle est vitale. On meurt plus vite de soif que de faim. Enfin,  il y a l’atmosphère,  cette épaisse couche d’air qui enveloppe le globe terrestre et qui contient l’oxygène indispensable à notre vie. Nous baignons dans un océan d’air qui constitue notre milieu vital. Les terriens qui,  comme les astronautes,  quittent cette atmosphère,  doivent s’équiper d’une réserve d’oxygène. Comme les poissons qui ne vivent que dans l’eau et qui meurent si on les en retire,  ainsi les humains ne peuvent vivre qu’à l’intérieur de leur milieu vital. Notre vie n’est possible que dans ces conditions extérieures essentielles: c’est notre deuxième dépendance.

Les croyants parlent d’une troisième dépendance qui est d’une autre nature et qui englobe les deux premières. Ils considèrent en effet,  qu’eux-mêmes et l’univers dans lequel ils vivent sont les œuvres de Dieu dont l’acte créateur se prolonge et maintient en permanence toute chose dans l’existence. Ils voient dans la création les signes de l’intelligence et de l’amour de son auteur. Comme on peut connaître un artiste en admirant ses œuvres,   ils reconnaissent la présence active de Dieu dans les merveilles de la création. Cette présence divine est fort discrète et passe inaperçue: Dieu semble se cacher; il ne s’impose pas et ne veut susciter ni la peur ni la contrainte. Il n’est reconnu que dans la foi.

Risquons une comparaison dans l’espoir d’être compris. La foi permet de découvrir l’action du Créateur envers nous comme des jeunes parents découvrent le dévouement de leurs propres parents envers eux quand ils étaient petits. Les petits jouissent de l’affection bienveillante et profitent du dévouement généreux de leurs parents sans s’en rendre compte: tout leur semble aller de soi. Les enfants apprécient l’amour de leurs parents quand ils étaient petits quand ils ont grandi et sont devenus eux-mêmes père et mère de famille. Cette nouvelle expérience les rapproche de leurs parents: ils comprennent combien les soins qu’ils leur ont donnés étaient autant de signes de leur amour.

Les croyants reconnaissent dans la création des signes de l’amour du Père à leur égard.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 27 juin 2017

 


ORIGINE DU PROTESTANTISME

En 1516 un théologien allemand, professeur à l’université de Wittenberg en Saxe (Allemagne) publia un commentaire sur la lettre de St. Paul aux Romains. Cette étude est célèbre. Son auteur était moine et prêtre. Il s’appelait Martin Luther.  Son ouvrage est le point de départ du protestantisme, mieux nommé par le mot de Réforme. En effet, il critiquait sévèrement les abus de l’Eglise dans l’attribution d’indulgences.

L’Eglise enseigne que nos péchés, même pardonnés, laissent en nous des effets négatifs,  dont nous devons être purifiés. Cette purification se fait en ce monde ou après la mort. Elle a été appelée « purgatoire ». L’Eglise qui a le pouvoir de pardonner les péchés, a aussi le pouvoir de réduire cette purification, d’accorder des « indulgences » obtenues par des actes de piété ou de charité.  Les fidèles peuvent « gagner » ces indulgences pour eux-mêmes ou pour les défunts.  Les prières et les offrandes indulgenciées ont été multipliées notamment quand le pape a eu besoin d’argent pour construire la basilique St. Pierre du Vatican.  Le commerce des indulgences donnait à penser que l’on pouvait acheter le paradis moyennant argent. Cette pratique abusive et regrettable révolta Luther qui trouvait qu’on méconnaissait gravement l’enseignement de St. Paul.

En 2016 on a célébré les 500 ans de la Réforme. Pendant des siècles, protestants et catholiques se sont disputés autour de cette lettre de Paul. Au 20e s. les passions se sont apaisées et le rapprochement œcuménique a progressé. Dans les années 1970, des théologiens des diverses Eglises ont lancé le projet de traduire en commun la Bible, notamment en français. Ils savaient que le travail serait particulièrement délicat pour la lettre aux Romains. Ils ont commencé par là, pensant que ce serait un test: « Si nous parvenons à nous entendre pour traduire et commenter ce texte, nous pourrons envisager avec confiance le reste du travail ».  Ce qui faisait dire au pasteur Boegner: « Le texte de nos divisions devait devenir le texte de notre rencontre ». La première édition de la Traduction œcuménique de la Bible (TOB) sortit en 1975.

Pour la messe du troisième dimanche de carême de l’année A, la liturgie prévoit la lecture d’un passage, court mais important, de la lettre aux Romains (chapitre 5, 1 à 8). Nous y trouvons un condensé de l’essentiel de la foi chrétienne. La paix avec Dieu nous est donnée en Jésus-Christ de qui nous la recevons moyennant la foi. La condition nouvelle du chrétien est une grâce. Il devient juste, il est justifié gratuitement, sans l’avoir mérité. Cette grâce est en nous comme un germe, une promesse, un gage de la gloire future que nous attendons avec confiance: c’est l’espérance. En plus, l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous est donné.

Dans cette présentation de la vie du chrétien, les personnes de le Sainte Trinité interviennent: le Père accorde sa paix par le seul médiateur qu’est le Christ. L’Esprit-Saint nous est donné.

Les trois vertus théologales sont citées. Ce sont les dispositions fondamentales de notre relation avec Dieu. La grâce de la paix avec Dieu offerte par le Christ demande à être reçue avec foi. Cette grâce qui nous habite est l’acompte de notre bonheur éternel qui nous fait vivre dans l’espérance du monde à venir.  L’Esprit-Saint répand l’amour en nos cœurs.

Plus les chrétiens séparés se font proches du Christ et étudient l’Ecriture,  plus ils sont proches les uns des autres.

 

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 20 juin 2017

 


PEINTRE MENTEUR

Au musée du Prado à Madrid, une peinture de Pedro Berruguete montre St. Dominique, fondateur des dominicains, revêtu d’un manteau étoilé et entouré de six assistants, siéger sur une haute tribune d’où il préside un tribunal de l’inquisition.  Le saint se serait gravement compromis dans cette institution tristement célèbre dans l’histoire de l’Eglise.

« L’inquisition » désigne les divers organismes qui furent chargés de réprimer l’hérésie par la procédure judiciaire qui permettait au juge de rechercher les preuves d’un crime et de poursuivre quelqu’un sans attendre qu’il soit accusé ou dénoncé. L’Eglise et l’Etat s’associaient dans cette répression: en adhérant à une doctrine réprouvée (hérésie) le croyant nuisait à l’unité de l’Eglise et aussi à celle de l’Etat. Toute personne condamnée comme hérétique était exclue de l’empire. L’Etat, bras civil de la société, exécutait les jugements de l’Eglise contre les hérésies.

En 1231, le pape Grégoire IX institua « l’inquisition pontificale ». Les accusés ne disposaient d’aucune assistance judiciaire. Les condamnés ne pouvaient en appeler à aucune instance supérieure. Les exécutés n’avaient pas droit à une sépulture ecclésiastique et leur descendance était bannie. Il y eut des procès cruels d’hérétiques et de sorcières qui firent beaucoup de victimes. La papauté justifiait la mort sur le bûcher en expliquant que les âmes des hérétiques pouvaient au moins être sauvées par l’intercession de l’Eglise.

Les dominicains ont été chargés de diriger l’inquisition à partir de 1232. Or Dominique est mort à Bologne en Italie le 6 août 1221, soit 11 ans plus tôt. Le saint fondateur n’a pu présider un tribunal de l’inquisition. La peinture du Prado ne correspond pas à la réalité. Elle n’a été exécutée qu’en 1500 à la demande de Thomas de Torquemada, le grand inquisiteur d’Espagne, le chef suprême de l’inquisition. L’inquisition espagnole fut instituée par les rois d’Espagne et fonctionna du 15e au 19e s. La dernière victime en fut un maître d’école de 48 ans, exécuté en 1826. Dominique ne fut cependant pas étranger à la lutte contre les hérétiques. Du temps où il était chanoine d’Osma en Espagne, il se consacra avec son évêque Diego à la lutte contre les albigeois (hérétiques de la région d’Albi, en France) aussi appelés cathares et contre les vaudois (hérétiques disciples de Valdo). Il avait même obtenu du pape le privilège de juger les hérétiques. C’est ainsi qu’il exigeait des cathares convertis qu’ils portent une croix de pénitence et qu’ils se flagellent en public.

Au moment où il organisait son ordre, il bénéficia de l’appui du cardinal Hugolin. Celui-ci s’était intéressé à la règle des franciscains dont il avait été nommé protecteur et conseiller. Le cardinal était bien placé pour être utile à Dominique dont il présida les funérailles à Bologne en 1221.  Ce même cardinal Hugolin devint pape le 19 mars 1227 sous le nom de Grégoire IX.  Pendant son pontificat de 14 ans il organisa la répression de l’hérésie en instituant l’inquisition pontificale qui sévit dans divers pays de la chrétienté. Il a aussi accordé son soutien bienveillant aux commencements de l’ordre des franciscains et de l’ordre des dominicains. Il voyait dans ces ordres mendiants vivant dans la pauvreté et prêchant l’évangile, de précieux auxiliaires de la papauté. Les deux fondateurs étaient contemporains: Dominique est mort en 1221 et François en 1226. Le même cardinal Hugolin les encouragea tous les deux.  Le même, devenu pape, les a canonisés tous deux: François en 1228 et Dominique en 1234. Constatons le fait que le même homme a promu une inquisition regrettable et a élevé sur les autels deux saints à admirer et à imiter.

 

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 13 juin 2017

 


DÉVOTIONS D’UN MOMENT

La consécration du mois de mai à Marie date du 18e s. Le nom du cinquième mois de notre année vient du nom d’une divinité romaine: Maia, déesse de la fertilité. En remplaçant Maia par Marie, l’Eglise cherchait à christianiser un reste du paganisme antique. Cette coutume mariale assez récente a fortement marqué la dévotion des catholiques. Les dévotions mariales publiques ont rencontré un succès populaire tel que le culte marial éclipsait dans l’esprit de bien des fidèles, le culte au Christ.

Le pape Paul VI, dans son homélie du 15 août 1964, dénonçait ces excès: « Certains esprits simples considèrent Marie comme plus miséricordieuse que le Seigneur.  Par un raisonnement infantile, ils en arrivent à considérer le Seigneur comme plus sévère qu’elle ».  « Notre piété doit être ordonnée et dirigée par la vérité; non par un quelconque sentimentalisme, mais par ce que Dieu a établi ».

  »Certes,  une éminente fonction d’intercession a été confiée à Marie, mais la source de toute bonté, c’est le Seigneur. Le Christ est l’unique médiateur, source de grâce.  Marie elle-même doit au Christ tout ce qu’elle possède ».

Le concile a situé Marie dans le mystère du Christ et de l’Eglise. Il demande aux fidèles de vénérer la Vierge Marie, Mère du Christ, Mère de Dieu,  spirituellement Mère de tous ceux qui appartiennent au Christ. Le culte marial diffère essentiellement du culte d’adoration rendu au Christ, au Père et à l’Esprit-Saint.

Les formes les plus visibles du culte marial dans les paroisses ont disparu. Les temps ont changé. Les pratiques religieuses aussi.  La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus a aussi été populaire un temps et est tombée dans l’oubli. Cette dévotion déjà ancienne fut amplifiée après les apparitions du Sacré-Cœur à Ste Marguerite-Marie,  religieuse à Paray-le-Monial (France) au 17e s. La fête du Sacré-Cœur fut inscrite au calendrier de l’Eglise en 1856.  La dévotion se développa au 19e et au début du 20e s. Les pieux exercices étaient célébrés chaque premier vendredi du mois. La grâce de la persévérance finale était promise à ceux qui communiaient neuf premiers vendredis de suite.  L’Heure Sainte mensuelle d’adoration du St. Sacrement était répandue. Le Sacré-Cœur est fêté le vendredi qui suit le deuxième dimanche après la Pentecôte.  Deux Guerres mondiales ont ébranlé les populations et modifié bien des choses.  La dévotion au Sacré-Cœur a décliné dans nos pays. Le langage qui l’accompagnait datait du 17e s. et ne passait plus.  Aujourd’hui, même les papes parlent autrement de l’amour du Christ pour nous. Jean-Paul II y a consacré deux encycliques: « Le Rédempteur de l’homme » et « La divine miséricorde ». Il a fait du deuxième dimanche de Pâques la fête de « la divine Miséricorde ». Le pape François parle souvent de la miséricorde divine dont déborde le cœur de Jésus. Il y a consacré une année sainte qu’il a introduite par un texte important.

Ces deux dévotions avaient leurs raisons d’être. Au 17e s. les fidèles ne savaient que faire pendant la messe à laquelle ils ne comprenaient rien. St. François de Sales, évêque à Annecy (Savoie) leur recommandait de prier le chapelet.  Pour intéresser les fidèles au culte on a développé la dévotion mariale.

La dévotion au Sacré-Cœur, en invitant les fidèles à l’adoration et à la communion, plaçait le Christ au centre de la liturgie.  Rappelons que le pape Pie X n’autorisa la communion quotidienne qu’en 1905.

La liturgie actuelle nourrit la foi et la prière des fidèles par l’Ecriture et par l’eucharistie.

Abbé Auguste Reul

Paru dans Visé Magazine le 06 juin 2017

 


GESTES ÉLOQUENTS : DES SIGNES

Dès le début, l’évangile selon St. Jean nous conduit au désert à la rencontre du précurseur qui détrompe ses auditeurs : il n’est pas le messie, mais il conduit vers Jésus qui entre en scène près du Jourdain. Très vite, Jésus s’entoure de disciples et dès le septième jour, il se trouve avec eux et sa mère aux noces de Cana. Il y opère son premier « signe ». Jean ne parle pas de « miracle » mais de « signes » qui sont plus qu’un bienfait matériel : ils éveillent l’attention sur une réalité d’un autre ordre. Voici les « signes » présentés : les noces de Cana, la guérison du fils du fonctionnaire royal, la guérison du paralytique de Bethzatha, la multiplication des pains, la marche sur le lac, la guérison de l’aveugle-né et le rappel de Lazare à la vie. Seulement deux des sept se retrouvent dans les autres évangiles. Le nombre sept est symbole d’harmonie et de plénitude. Les récits de ces signes figurent dans la première partie du livre (1, 19-12, 50), le livre des signes. Les enseignements liés aux faits sont parfois très longs avec des répétitions et des interruptions. Y figurent aussi des dialogues qui sont des dialogues de sourds : Par les mêmes mots, Jésus et ses interlocuteurs n’entendent pas les mêmes choses. Les interlocuteurs restent au niveau matériel concret, Jésus pense aux réalités spirituelles.  Avec Nicodème il parle de nouvelle naissance; avec la Samaritaine il parle d’eau vivifiante; avec les Juifs, il parle de son origine; avec l’aveugle-né guéri il est question de voir la lumière; avec les sœurs de Lazare, il parle de résurrection. Pendant la passion, avec Pilate, il parle de royauté.

Les récits de la passion et des apparitions du Ressuscité forment la seconde partie du livre (13, 1-21, 25) Le récit de la dernière cène attribue à Jésus trois discours successifs sur les mêmes thèmes. Ces discours sont repérables aux formules de clôture similaires (« Ayant ainsi parlé, « ).  L’auteur a composé trois projets et n’en a rejeté aucun.

Le livre est introduit par un prologue solennel parlant du « Verbe fait chair ».  Ce texte a longtemps servi de bénédiction pour écarter les malheurs et obtenir des faveurs. Cette prière fort demandée fut finalement ajoutée à la messe comme « dernier évangile »: toutes les demandes étaient ainsi satisfaites et les prêtres soulagés.

Jean situe la purification du temple (marchands chassés) au début de la vie publique. La mort et la résurrection de Jésus y sont annoncés: « Détruisez ce temple,  et en trois jours, je le relèverai ». « Il parlait du temple de son corps ». Par ce geste, Jésus signifie que le culte avec sacrifices d’animaux sera remplacé par un culte nouveau. Les autres évangiles placent ce geste à la fin de la vie publique.

Selon Jean, Jésus se déplace souvent d’une région à l’autre et reste longuement en Judée et à Jérusalem. Il a participé à plusieurs fêtes pascales. Ce qui suggère un ministère public de plus de deux ans.

Les évangiles,  sont des ouvrages anonymes. St. Jean se désigne comme « le disciple que Jésus aimait ». Il ne dit pas « préférait ». Il aimait les autres tout autant.  Jean a sans doute été plus sensible à cet amour.  Veut-il dire que son lecteur est aussi « un disciple que Jésus aime »?

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 30 mai 2017

ÉVANGILE AMPUTE

Les croyants vivent leur religion de manières très différentes. Les uns, de tempérament contemplatif, ont le souci de prier Dieu, de l’aimer et de le servir. Ils sont fidèles à la pratique religieuse et s’engagent volontiers dans le culte, les animations, la catéchèse et les mouvements éducatifs.  Ils sont les acteurs de l’aspect vertical de la religion. Ils répondent au commandement qui nous demande d’aimer Dieu.  D’autres sont de tempérament actif. Ils ont le souci d’aider les autres et s’engagent volontiers dans l’action apostolique, caritative, sociale ou politique. Ils sont les artisans de l’aspect horizontal de la religion. Ils répondent au commandement qui nous demande d’aimer notre prochain. Il faut se réjouir de ce que beaucoup vivent harmonieusement les deux aspects complémentaires.

En effet,  les deux commandements n’en font qu’un: ils sont liés. Contemplatifs et actifs éviteront de penser que leur option est meilleure et suffisante.  C’est cependant ce qui arrive quand ils n’ont que peu d’estime pour l’autre manière de vivre l’Evangile. Oublier l’un ou l’autre des deux commandements, c’est amputer l’Evangile.

Dans nos pays industrialisés on se désintéresse de Dieu. Un commentaire sur l’évangile du commandement du double amour, dit: « Certains penseurs chrétiens tentent de faire écho à cet athéisme en concevant un christianisme sans Dieu, un christianisme où le Christ est seulement l’homme parfait, l’idéal des hommes ».  Ceux qui ne parlent pas de l’amour de Dieu oublient ce qui est primordial pour un croyant: sa foi en Dieu, son Créateur, et son amour pour Lui qui s’est révélé « Père » aimant. Faire de l’Evangile une morale sans Dieu c’est séparer ce que le Christ a uni.

Le scribe qui interrogeait Jésus voulait connaître l’importance à accorder aux nombreux préceptes de la Loi : Il y en avait 613 (365 interdits et 248 commandements), Il désirait dégager l’essentiel de l’accessoire et demandait : « Quel est le premier de tous les commandements ? » Dans sa réponse, Jésus cite deux versets bibliques, l’un du Deutéronome 6 et l’autre du Lévitique 19.

Quand l’Ancien Testament parle du « prochain », il vise un public limité aux membres du peuple d’Israël. Jésus a supprimé ces limites. Pour définir qui est notre prochain, il parle d’un Samaritain (un étranger pour les juifs) qui « se fait proche » et qui aide un malheureux dont il ne connaît ni la nationalité, ni la religion, ni la langue. Il nous demande d’agir comme ce bon Samaritain qui renverse toutes les barrières et se montre solidaire de celui qui est en détresse. Jésus nous appelle à un amour universel:  » Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous? Si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire? Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent ».

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 23 mai 2017

L’ANONYME DEVENUE IMPORTANTE

La place que la mère de Jésus a eue dans la vie des chrétiens n’a pas toujours été ce qu’elle est aujourd’hui. Elle a grandi au fil du temps. A la Pentecôte,  Marie était là. Pierre a parlé, mais pas d’elle. Les Apôtres ont témoigné de la résurrection du Christ, puis de sa vie publique pendant laquelle il était séparé de sa mère. Marie a vécu dans l’Eglise primitive sans qu’on parle d’elle.  Etait-elle consciente elle-même de la portée de son influence? Son entourage l’a ignorée.

Le Nouveau Testament garde la trace de cette situation. Les 13 lettres de St.  Paul en sont les textes les plus anciens. Un seul passage parle de Marie. Dans sa lettre aux Galates, il écrit: « Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme » (chap. 4).  Il ne cite même pas son nom.

L’Evangile selon St. Marc est le plus ancien des quatre. Il cite le nom de Marie,  mais ne la distingue pas de la famille qui est réticente à la prédication de Jésus. Selon lui, elle fait partie du groupe qui veut ramener Jésus à la maison.  Au chapitre 3, verset 21, alors que Jésus prêche à Capharnaüm, « les gens de sa parenté vinrent pour s’emparer de lui. Ils disaient: ‘Il a perdu la tête’ « . On peut les comprendre: Les enseignements de Jésus déplaisaient aux autorités religieuses qui auraient pu prendre des sanctions contre lui et sa famille. Par exemple les exclure de la synagogue. La famille veut éviter cette excommunication.  Au verset 31 du même chapitre, on précise ce qui se passe à la maison où Jésus parle.  « Arrivent sa mère et ses frères. Restant dehors, ils le font appeler. On lui dit: ‘Voici que ta mère et tes frères sont dehors; ils te cherchent’ « . Au chapitre 6 Marc parle de la déception de Jésus devant le mauvais accueil que lui font ses concitoyens. Il dit: « Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie, parmi ses parents et dans sa maison ».  Matthieu cite cette phrase, mais ne parle plus « des parents »; Luc ne parle plus de « la maison ». Ils ont évité ce qui pouvait inclure Marie.

L’Evangile selon St. Jean a été écrit bien plus tard. La dévotion envers Marie avait évolué. Jean parle de Marie aux noces de Cana, au début, et de Marie au Calvaire, à la fin. Dans le récit de Cana, sous les apparences d’une histoire, un enseignement spirituel est donné. Il est bien question de banquet qui célèbre une alliance. Mais l’auteur ne s’intéresse pas aux jeunes mariés de Cana. Le seul homme dont le nom est cité, c’est Jésus; la seule femme dont on parle, c’est la mère de Jésus. En fournissant le vin, Jésus assume la fonction de l’époux. Marie intervient comme le fait l’Eglise: elle est l’image de l’Eglise. Cana a inauguré l’alliance du Christ, le divin époux, avec son Eglise. Marie a parlé à son Fils de l’embarras des hôtes, comme l’Eglise, par sa prière,  intervient en faveur des hommes. Marie a dit aux serviteurs: « Faites tout ce qu’il vous dira », comme l’Eglise recommande aux hommes de suivre les enseignements de Jésus.

Le récit conclut: « Tel fut le commencement des signes de Jésus. Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui ».  Marie a stimulé son Fils à intervenir.  Elle a contribué au signe qui a suscité la foi des disciples. De nos jours, Marie n’arrête pas de nous faire signe dans ses multiples apparitions pour susciter et faire grandir notre foi.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 16 mai 2017

 


L’AVORTEMENT :  ENCORE

Dans certains pays européens, après une certaine libéralisation, on évolue vers une attitude plus restrictive en matière d’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG). Notre pays a connu un débat sur l’identité à accorder aux enfants mort-nés. Tout cela fait que les groupes favorables à la dépénalisation de l’IVG s’inquiètent et intensifient leur action en faveur du retrait de l’IVG du code pénal.

Actuellement, pour la loi belge, l’IVG reste un délit qui relève toujours du code pénal mais qui est permis dans les conditions prévues par la loi. L’IVG peut alors être pratiquée. Ces dispositions de 1990 voulaient éviter les IVG clandestines qui se pratiquaient dans de mauvaises conditions. Il n’y a donc pas lieu de parler d’un « droit » à l’IVG, ni d’une banalisation. Il s’agit d’une absence de poursuites.

Nous vivons dans un pays libre. Militer pour la sortie de l’IVG du code pénal est possible, mais s’engager pour le respect littéral de la loi actuelle l’est tout autant. Chacun a le droit d’avoir ses convictions et de les exprimer. Chacun mérite le respect et ne peut être contraint d’accepter la conviction d’un autre.

Les manuels de biologie nous apprennent que la grossesse est le processus naturel par lequel un enfant se forme dans le sein de sa mère à partir d’un ovule fécondé jusqu’à sa naissance. L’embryon est un vivant. Il est le début possible d’une personne. Il sera un petit d’homme. Mener une grossesse à terme demeure l’idéal et c’est au service de la vie que doit se mettre toute société. Interrompre ce processus est un acte dont la valeur morale dépend des circonstances et est diversement appréciée. L’IVG est toujours un drame.

Les partisans de la dépénalisation totale de l’IVG estiment que le fait que l’IVG figure dans le code pénal est culpabilisant. Ou encore, ils se scandalisent et dénoncent une manœuvre de culpabilisation quand on leur parle de la gestation qui se fait dans le sein de la mère.  Il s’agit pourtant que du phénomène naturel dont parlent les manuels de biologie.

La morale chrétienne est toujours favorable au respect de la vie, en ce domaine comme dans d’autres. Elle tient compte des circonstances: elle ne condamne pas celui qui s’est trouvé en situation de légitime défense; elle ne condamne pas le soldat qui défend sa patrie. Nous remercions les anciens combattants et nous rendons hommage à ceux qui sont « morts pour la patrie ». En ce qui concerne l’IVG, l’Eglise comprend que certaines femmes en arrivent à décider d’une IVG quand elles sont dans des situations pénibles, difficiles, voire désespérées.  Une déclaration récente de Mgr Jean-Pierre DELVILLE, évêque de Liège, servira de conclusion. Il disait que l’avortement reste un homicide aux yeux de l’Eglise,  mais qu’il ne peut jamais être considéré sans envisager la situation de la mère.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 9 mai 2017

DU CHAPEAU AU CHAPELET

A première vue, il n’y a guère de rapport entre les deux. Encore que la ressemblance des mots est une indication. Le mot « chapelet »,  diminutif de « chapeau »,  désigne d’abord un « petit chapeau ». Le fait que le même mot désigne l’objet de piété s’explique par l’origine de ce collier de grains enfilés que l’on fait glisser entre les doigts en récitant des prières.

Dans les processions d’autrefois, les porteurs de la statue de la Vierge, pour fleurir la Mère de Dieu, utilisaient un système ingénieux. On ne pouvait placer des vases avec des fleurs: ils seraient tombés à cause des mouvements des marcheurs. On a confectionné des guirlandes de fleurs dont les porteurs entouraient leur tête de manière à former un bonnet de fleurs, un petit chapeau de fleurs, un chapelet de fleurs. Les mots en usage dans d’autres langues pour désigner un chapelet confirment cette origine : les néerlandophones parlent de « rozenhoedge » (petit chapeau de roses) et les germanophones parlent de « Rosenkrans » (couronne ou guirlande de roses). Ces guirlandes de fleurs ont donné l’idée de confectionner des colliers dont les grains représentent les fleurs spirituelles que sont les prières. Sur chaque grain on récite la prière à Marie, l’Ave Maria.  Un chapelet compte 50 petits grains. Ils sont groupés par dizaines séparées par un grain plus gros sur lequel on récite le Notre Père. On y ajoute le Credo, un Pater et 3 Ave placés au début et un Gloire au Père, entre les dizaines. Trois chapelets forment un « rosaire » appelé aussi psautier de Marie: les 150 grains sont comparés aux 150 psaumes du psautier. En récitant une dizaine, on médite un mystère du rosaire. Il y en avait 15.  Le pape Jean-Paul II en a jouté 5. Les voici tous les 20. Les mystères JOYEUX : l’annonciation, la visitation, la nativité, la présentation au temple, Jésus au temple à 12 ans. Les mystères DOULOUREUX : l’agonie, la flagellation, le couronnement d’épines, le portement de la croix, le crucifiement. Les mystères GLORIEUX : la résurrection, l’ascension, la pentecôte, l’assomption, le couronnement de Marie. Les mystères LUMINEUX : le baptême de Jésus, la prédication de l’évangile, les noces de Cana, la transfiguration et l’institution de l’eucharistie.

On récite le chapelet en commun ou individuellement. Le chapelet de la Vierge est le plus populaire. Il n’est pas le seul à soutenir la prière chrétienne. Les moines ont utilisé des grains percés d’un trou et enfilés sur un cordon. Les ermites chrétiens de l’Orient se servaient de petits globules de pierre ou de bois pour compter le nombre de leurs prières vocales.

Depuis longtemps, des chapelets sont connus en diverses religions et régions du monde. En Inde, un chapelet est le plus souvent porté en collier. Sa forme varie selon la communauté qui l’emploie. Les musulmans se servent d’un chapelet de 99 grains : sur chaque grain, ils citent un des attributs d’Allah.

Du temps où les défunts ensevelis étaient exposés dans un cercueil ouvert,  j’en ai vu beaucoup à qui on avait mis un chapelet dans les mains jointes. J’ai souvent fait allusion à cette habitude lors des funérailles. Je trouvais cette tradition d’autant plus valable qu’elle correspondait à la pratique du défunt.  A l’assistance je lançais cet appel: « N’attendez pas d’être morts pour porter à la main un chapelet ».

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 2 mai 2017

 


MESSAGE DU CIERGE PASCAL

C’est le grand cierge béni et allumé au feu nouveau lors de la veillée pascale.  Symbole du Ressuscité, il a été porté en procession et a été placé dans le chœur où il brûlera lors des messes dominicales jusqu’à la Pentecôte, lors des baptêmes et des funérailles pendant toute l’année. Il est décoré des lettres « X » et « P » superposées. Ce sont des lettres grecques majuscules: « khi » et « rho », les deux premières lettres du mot « Christos », Christ. C’est le monogramme du Christ. D’autres lettres grecques y figurent: alpha comme notre « A », et ômega, comme un cercle sur deux pieds. C’est la première et la dernière lettre de l’alphabet grec, pour signifier que le Christ est le début et la fin de toutes choses. Ces inscriptions en grec rappellent que le grec était la langue de l’Eglise primitive et est la langue des textes du Nouveau Testament.

Le cierge de Pâques est chargé de symboles riches de significations.

Il consiste en une colonne de cire porteuse de lumière. Cette colonne rappelle la colonne de nuée dont parle l’Ancien Testament. Elle était le signe de la présence protectrice de Dieu auprès de son peuple en marche dans le désert. La nuée lui-faisait de l’ombre le jour et devenait lumineuse la nuit. La colonne qu’est le cierge est le signe de la présence du Christ vivant qui accompagne son Eglise.  En brûlant, le cierge se consume. Il est l’image du Christ qui a dépensé ses énergies au service de Dieu et des hommes. Il a finalement donné sa vie par amour. Il s’est consumé en brûlant d’amour.

Le cierge est porteur de lumière. On peut voir dans cette lumière le symbole de la vérité qui dissipe les ténèbres de l’erreur. Cette lumière est aussi le symbole de la vie victorieuse des ténèbres de la mort. Enfin, et c’est surtout vrai la nuit: la lumière attire,  rassemble et rassure.  Elle est signe de fête et de joie.  La flamme elle-même est très significative: elle est vivante et mystérieuse, elle donne sa lumière et sa chaleur, mais elle est insaisissable: on pourrait tout au plus s’y brûler les doigts. Elle est l’image du Christ ressuscité: il est bien vivant, il donne la lumière de sa parole et la chaleur de son amour, mais lui-même demeure insaisissable. Nous ne pouvons ni le voir ni le toucher. C’est pour nous que le Christ a prononcé cette béatitude après que l’apôtre Thomas, l’incrédule,  fut devenu croyant pour avoir vu le ressuscité: « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ».

Le cierge pascal porte le millésime de l’année pendant laquelle il a été béni et a servi. Ceci signifie que le ressuscité est présent à son Eglise et l’accompagne tout au long de l’année. Cette présence se perpétue d’année en année depuis la résurrection et se prolongera dans l’avenir jusqu’à la fin des temps. Il est émouvant de penser que nous-mêmes, pendant le temps de notre vie, nous bénéficions de cette présence, nous qui ne sommes que de passage. D’autres ont marché dans la lumière du Christ avant nous, d’autres le feront après nous. Nous nous retrouverons tous un jour dans la lumière du Sauveur glorieux. Le cierge pascal stimule notre espérance du monde à venir.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 25 avril 2017

 


TITRE INCORRECT

Dans le Nouveau Testament, le livre qui suit les évangiles est intitulé : « Les Actes des Apôtres ». Il raconte d’abord l’histoire de l’Eglise primitive du temps des apôtres. Il s’intéresse particulièrement à Pierre, chef du groupe: il circule beaucoup. Inspiré par l’Esprit, il accepte de se rendre à Césarée dans la maison d’un centurion romain et y annonce l’Évangile. Pendant qu’il parle, l’Esprit est donné à ceux qui l’écoutent et Pierre les baptise. Il devra se justifier: à Jérusalem, on lui reproche d’avoir baptisé des païens. Il est le premier à avoir accueilli des chrétiens d’origine païenne. Lors du concile de Jérusalem, il soutient les chrétiens d’Antioche contre les chrétiens d’origine juive qui veulent leur imposer les pratiques juives. Puis on ne parle plus de Pierre.

Entretemps, Saul, le pharisien fanatique, persécuteur acharné de l’Eglise, est converti à Damas et prêche le Christ. Barnabé l’engage pour animer l’Eglise d’Antioche d’où ils partent pour un premier voyage missionnaire. Dès ce moment, le livre ne parle plus que de Paul et de ses compagnons et raconte les péripéties de leurs missions. Le titre du livre n’est donc valable que pour son début. Il serait plus correct de l’intituler « Actes d’Apôtres ». Le lecteur suit Paul dans ses voyages jusqu’à Rome où il arrive comme captif. Il y avait déjà des chrétiens dans la ville. Paul peut recevoir les notables juifs de la ville: il leur explique son cas et leur annonce l’Evangile. C’est la fin du livre.

Cette finale nous étonne. Mais le livre n’est pas une biographie de l’apôtre. Pour l’auteur, l’Evangile a atteint son but : arrivé dans la capitale de l’empire il est censé pouvoir se répandre dans tout l’empire, qui est le monde connu alors. La mission est entrée dans sa phase d’achèvement.  L’Evangile s’est propagé depuis Jérusalem jusque Rome.  Cet itinéraire rappelle celui de Jésus dans sa vie publique selon St. Luc: une montée depuis la Galilée jusqu’à Jérusalem, la capitale,  d’où le ressuscité pourra rayonner à travers son Eglise. Luc est aussi l’auteur des « Actes ». Il le dit clairement au début du livre. Il a même participé à une partie des voyages de Paul: lors du deuxième voyage de celui-ci, au moment d’embarquer pour Philippes, il parle de « nous » (16, 10). Les deux livres sont les deux tomes d’un même ouvrage. Les mêmes idées s’y retrouvent: après son baptême, Jésus,  ayant reçu l’Esprit, est animé par lui; après la Pentecôte, les disciples, remplis de l’Esprit, agissent sous son action. Son évangile insiste sur le radicalisme des exigences de Jésus; en parlant de la jeune Eglise, il met en valeur les qualités de la communauté dont il nous brosse trois tableaux idéalisés (chap. 2, 4 et 5)

Le premier de ces tableaux souligne ce qui devrait se retrouver dans toute communauté chrétienne:  » Les frères étaient assidus à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières ». La « fraction du pain » est le nom le plus ancien de la messe. La « communion fraternelle » vise la vie en communauté et le partage. Les « prières » sont les prières communes comme les offices des heures dans les monastères et dans certaines communautés.  L’Eglise du temps des apôtres bénéficiait d’avantages qui font d’elle un modèle à suivre: les apôtres sont des témoins privilégiés de la parole du Christ; certains frères avaient connu Jésus; ils étaient ouverts et dociles à l’Esprit et pratiquaient l’Evangile avec rigueur.   –

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 18 avril 2017

 


LE TREIZIÈME APÔTRE

Après la mort de Judas, les apôtres ont reconstitué le groupe des douze. IIs ont cherché parmi ceux qui avaient accompagné Jésus pendant toute sa vie publique.  Matthias rejoignit les onze pour être avec eux témoin de la résurrection du Christ.

Paul n’a pas connu Jésus. Il n’a été appelé à sa mission apostolique que plus tard. Il est né à Tarse, en Cilicie, région du Sud de la Turquie actuelle. On y tissait des étoffes grossières en poils de chèvre pour confectionner des vêtements bon marché, des tentes et des voiles de navires. On y a aussi fabriqué de larges ceintures de crin que les ascètes portaient sur la peau par mortification: des cilices.

Tarse était un important centre commercial et culturel du niveau d’Athènes en Grèce et d’Alexandrie en Egypte. Paul est issu d’une famille juive de la tribu de Benjamin. On lui a donné le nom du premier roi d’Israël issu de la tribu: Saül.  Nous disons Saul, qui traduit le latin Saulus. La famille était aisée. Le père tissait des tentes. Il apprit le métier à son fils qui l’a exercé même pendant sa vie apostolique, alliant vie intellectuelle et travail manuel. Cela lui permettait de garder son indépendance et d’aider les pauvres.

Très tôt, son père lui a aussi appris à lire l’hébreu afin de pouvoir lire la Bible en public à la synagogue. Le petit Saul parlait l’araméen en famille et avec les gens de la colonie juive. Avec les autres citoyens de la ville il parlait le grec, langue longtemps en usage dans l’empire romain. De son père, il hérita le titre de Citoyen Romain.

Le père, voulant faire de lui un rabbin, l’envoya à Jérusalem faire des études supérieures auprès d’un maître réputé: Gamaliel. Comme sa famille, Saul était un pharisien de la stricte observance. Il ne supporta pas la dissidence des disciples de Jésus et les persécuta avec fanatisme. Il approuva le meurtre du diacre Etienne, premier martyr chrétien, et assista à son exécution.

Il se rendait en Syrie pour y poursuivre les chrétiens quand le Christ lui apparut devant Damas. Cette rencontre éblouissante changea le cours de sa vie: dès ce moment, pour lui, tout l’Ancien Testament trouvait son accomplissement dans le Christ. Il se convertit et se mit à prêcher la foi chrétienne. A Antioche de Syrie il fut chargé de l’enseignement dans la communauté, puis fut envoyé en mission.

Homme de grand savoir et plein de sagesse, il était passionné par la diffusion de l’Evangile. Les récits de ses aventures missionnaires dans le livre des Actes des Apôtres en témoignent. Prédicateur ardent, il se mit aussi à écrire. Dans le Nouveau Testament nous conservons de lui 13 lettres rangées suivant leur longueur décroissante. Des lettres d’autres apôtres nous sont aussi parvenues: 3 de Jean (plus son Apocalypse); 2 de Pierre; 1 de Jude; 1 de Jacques et un texte anonyme: la lettre aux Hébreux. Paul occupe donc le plus de place.

Paul, le treizième apôtre, est celui sur lequel nous sommes le mieux renseignés et dont nous gardons le plus d’enseignements. Il avait bénéficié d’une formation biblique très poussée: ses écrits en portent la trace. Dans la pensée de Paul nous trouvons des spéculations rabbiniques et les interprétations qu’il donne aux textes bibliques nous déroutent souvent. N’empêche que quand nous parlons de  » l’Apôtre », c’est de lui qu’il s’agit.

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 11 avril 2017

 


MÉPRISE SUR « LE FILS DE L’HOMME »

Jésus était conscient d’être Dieu, mais s’est montré fort discret et prudent sur le sujet.  On ne l’aurait pas compris, pas cru et on se serait détourné. Ses actes en disaient plus long que ses paroles. Il a renoncé à s’appeler « Messie » ou « Fils de David », titres trop chargés de sous-entendus politiques ou glorieux. Il a préféré se désigner comme « Fils de l’homme », personnage plus énigmatique qui avait l’avantage d’être une figure céleste dégagée d’espoirs nationalistes.

Dans les évangiles, Jésus se désigne comme « Fils de l’homme » 70 fois dans les trois premiers et 12 fois dans le quatrième. Cette appellation vient toujours de Jésus lui-même. Une interprétation spontanée de ce titre pourrait nous faire penser qu’en se désignant ainsi, il veut insister sur le fait qu’il est vraiment homme parmi les hommes.

N’oublions cependant pas que, quand il parle, Jésus utilise le langage et la culture bibliques que nous méconnaissons en grande partie. Le titre par lequel il se désigne trouve son origine dans le livre de Daniel au chapitre 7, versets 13 et 14.  « Sur les nuées du ciel venait comme un fils d’homme. Il arriva jusqu’au vieillard et on le fit approcher en sa présence. Et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté. Les gens de tous les peuples, nations et langues le servaient. Sa souveraineté est une souveraineté éternelle qui ne passera pas et sa royauté, une royauté qui ne sera jamais détruite ».

Ainsi, le personnage qui porte ce nom reçoit de « l’Ancien des jours » (Dieu) une investiture royale sur toutes les nations de la terre. Il est placé à la tête du Royaume de Dieu annoncé par les prophètes. Sa venue sur les nuées le met en rapport avec la sphère du divin: la nuée manifeste la présence divine. La tradition juive a identifié ce personnage symbolique au Messie davidique.

Jésus a évoqué plusieurs fois la venue du Fils de l’homme sur les nuées du ciel.  « On verra le Fils de l’homme venir, entouré de nuées, dans la plénitude de la puissance et dans la gloire »(Marc, 13, 26); »Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, accompagné de tous les anges, alors il siégera sur son trône de gloire » (Matthieu, 25, 21); »Comme l’éclair, en jaillissant,  brille d’un bout à l’autre de l’horizon, ainsi sera le Fils de l’homme lors de son jour » (Luc, 17, 24).  L’interrogatoire de Jésus au Sanhédrin, lors de sa passion, nous est connu par Marc,  14, 61-62 et les textes parallèles. A la question: « Es-tu le Messie, le Fils du Dieu béni? » Jésus répond: « Je le suis et vous verrez le Fils de l’homme à la droite du tout-puissant et venant sur les nuées du ciel ». Le Grand-Prêtre déchira ses vêtements (en signe d’indignation) et dit: « Qu’avons-nous encore besoin de témoins! Vous avez entendu le blasphème ». Et tous le condamnèrent comme méritant la mort.

En disant s’asseoir à la droite de Dieu et venir du ciel sur les nuées, Jésus revendiquait un rang divin.

En se désignant comme « Fils de l’homme » Jésus évoquait sans doute son caractère humain, mais insistait sur le caractère divin de sa qualité messianique, il signifiait l’aspect divin de son identité. Cette affirmation provoqua sa condamnation.

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 4 avril 2017

 


MAÎTRISE DIFFICILE

On reproche aux médias de ne parler que de ce qui va mal. Les journalistes répliquent : quand ils parlent de ce qui va bien, on ne les écoute plus. C’est donc le public qui aurait un désir morbide d’entendre des choses négatives.

Quand des personnes se rencontrent, elles parlent souvent des autres dont elles disent volontiers des choses négatives. On a dit que si on entend deux personnes dire du bien d’une troisième, on est en présence de deux saints. Nous voyons en effet trop facilement les défauts des autres. Dire des autres du mal qui est vrai, c’est médire. Dire des autres du mal inventé, des mensonges, c’est calomnier. Les deux nuisent à la réputation du prochain et sont contraires au respect et à l’amour qu’on lui doit.

Le saint prêtre Philippe Néri, pour convaincre une pénitente de la gravité et de l’ampleur des effets de ses médisances et de ses calomnies, lui imposa de parcourir la ville en déplumant une poule, puis de revenir sur ses pas en récupérant les plumes. Comme ces plumes emportées par le vent s’étaient dispersées, ainsi le mal qu’elle avait dit, avait étendu ses ravages incontrôlables.

La langue est un petit organe qui peut produire de grands effets. Elle est comme une flamme qui peut mettre le feu à une grande forêt. Il est donc prudent de réfléchir avant de parler. On raconte que quelqu’un vint trouver un grand sage pour lui parler d’un disciple. Le sage demanda: « Es-tu certain que ce que tu veux me dire est vrai? Est-ce une bonne chose? Est-il utile que tu me la dises ? »  Comme l’information n’était ni certaine, ni bonne, ni utile, le sage préféra ne pas l’entendre. Par ses questions il recommandait de maîtriser sa langue, de la dompter.

Dans les cirques, nous admirons les dompteurs de fauves. Ils donnent des ordres à ces animaux qui, dans leur milieu naturel, sont sauvages et ces bêtes leur obéissent. C’est le résultat d’un dressage qui a demandé beaucoup de temps, de patience et de persévérance. C’est ainsi que les dompteurs finissent par maîtriser ces fauves.

Au chapitre 3 de sa lettre, St. Jacques admire les prouesses des dompteurs. Il parle aussi de la conduite des chevaux: « Si nous leur mettons un mors dans la bouche, ils nous obéissent et nous pouvons les mener ». Il constate que notre langue est capable du meilleur et du pire: « Avec elle nous bénissons le Seigneur, avec elle nous maudissons les hommes. De la même bouche sortent bénédiction et malédiction.  Si quelqu’un ne trébuche pas quand il parle, il est un homme parfait. Mais nous trébuchons tous ». « La langue, nul homme ne peut la dompter ».

On pourrait penser que la maîtrise de la langue fait partie de la maîtrise de soi et est le résultat d’un effort de la volonté. St. Paul, au chapitre 5 de sa lettre aux Galates est d’un autre avis. Il range la maîtrise de soi parmi les fruits de l’Esprit-Saint en nous. Il convient dès lors de la considérer comme une grâce à demander dans la prière. Parmi les neuf fruits de l’Esprit il en cite trois autres qui nous aideront à nous faire une opinion correcte sur les autres: « la patience, la bonté, et la bienveillance ».  Ces vertus éteindront en nous les tendances qui portent à critiquer et à juger les autres et nous aideront à reconnaître le bien qui est en eux et le bien qu’ils font.

Dans ce même texte, avant de citer les fruits de l’Esprit, l’Apôtre énumère les fruits du mal en nous. Dans cette liste nous reconnaissons les penchants mauvais qui seraient bien causes de nos jugements sévères sur les autres: « La haine, la jalousie, l’envie et les rivalités ». N’hésitons pas à demander à l’Esprit-Saint de réduire en nous l’influence du mal et de faire mûrir en nous ses bons fruits.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé magazine du 28 mars 2017

 


HÉRITAGE ROMAIN

Les noms des mois de l’année nous viennent des Romains. A l’origine du calendrier romain qui nous influence encore aujourd’hui nous retrouvons un homme bien connu:  Jules César. Il suivit les conseils de l’astronome Sosigène et réforma l’ancien calendrier pour sortir du désordre dans lequel il était tombé.  En 46 avant Jésus-Christ il établit le calendrier Julien.

Notre calendrier actuel, appelé Grégorien, a été établi en 1582 par le pape Grégoire XIII. Ce calendrier a pris de plus en plus d’extension. Les calendriers anciens ne subsistent guère que pour des usages liturgiques de certaines religions: israélite ou musulmane.

L’année romaine commençait en mars, si bien que notre neuvième mois était pour eux le septième: ceci lui valut de nom de septembre.

Notre dixième mois était dans l’année romaine le huitième, d’où le nom d’octobre (octo = huit) que nous continuons à lui donner.

Notre onzième mois était le neuvième de l’année romaine: c’est pour cela que nous l’appelons toujours novembre.

Notre douzième mois était le dixième dans l’année romaine : ceci explique le nom décembre (décem = dix).

Le onzième mois de l’année romaine est passé en première place de notre année.  En latin on l’appelle Januarius, janvier, nom qui dérive du nom du dieu romain Janus, gardien des portes dont il surveille les entrées et les sorties. Il est représenté par une tête à deux visages comme les deux faces d’une porte.  Notre mois de février (februarius en latin) était le douzième mois de l’année romaine. C’était le mois des morts, d’où sa durée réduite.

Le mois de mars, dieu de la guerre;  était le premier mois du calendrier romain.  Avril (latin: aprilis) est notre quatrième mois.

Mai, le cinquième mois de l’année actuelle (maius en latin) était le mois de la déesse Maia.

Juin (Junius en latin) provient peut-être de Junius Brutus, un des fondateurs de la république romaine.

Juillet doit son nom à Jules César, né dans ce mois.

Août, notre huitième mois, doit son nom à l’empereur Auguste auquel ce mois était consacré. En latin populaire on l’appelait Augustus.

Un calendrier est un système élaboré par les hommes pour recenser de façon logique les jours, les semaines, les mois et les années, en restant en accord avec les principaux phénomènes astronomiques directement observables, concernant essentiellement la position du soleil dans l’espace,  et,  éventuellement,  celle de la lune.  Chez les Romains, le mois était divisé en trois parties dont les repaires étaient les calendes, les ides et les nones. Les calendes étaient fixées au premier jour du mois. Ce jour-là, le peuple de Rome était solennellement convoqué (calare = appeler) pour l’annonce des jours fériés du mois. Le mot « calendes » est à l’origine du mot « calendrier ».  Quand,  dans notre langage familier, nous disons renvoyer une chose « aux calendes grecques », nous voulons dire qu’elle n’arrivera jamais, parce que le calendrier grec ne connaissait pas de calendes.

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 21 mars 2017

ÉGAUX DEVANT LA MORT

Le roi David, devenu vieux et sentant sa fin prochaine, fit ses recommandations à son fils Salomon. Il commença par lui dire en toute simplicité: « Je m’en vais par le chemin de tout le monde ». (1er Livre des Rois, 2, 2).  Le départ de ce monde est l’aboutissement de toute vie. La mort est « naturelle » .Dans son livre LE PROPHETE, Khalil Gibran livre cette réflexion: « La vie et la mort sont un, de même que le fleuve et l’océan sont un ».

Mais notre attachement à cette vie nous fait redouter ce départ. C’est sans doute l’influence de notre instinct de conservation qui nous fait fuir tout ce qui menace notre vie. C’est sans doute l’influence de ce même instinct qui nous fait penser que la mort est lointaine.

St. Paul, au chapitre 5 de sa seconde lettre aux Corinthiens, exprime l’inquiétude et la réticence que nous éprouvons devant la mort. « Notre demeure terrestre se détruit ». « Une demeure éternelle nous est préparée dans les cieux ». Et nous gémissons en désirant entrer dans notre habitation céleste sans avoir à quitter notre habitation terrestre.  Nous sommes accablés: nous ne voulons pas quitter ce corps qui est notre vêtement terrestre. Nous voudrions revêtir le vêtement céleste par-dessus l’autre afin que ce qui est mortel soit englouti par la vie ». Il compare d’abord le corps à une habitation, ensuite à un vêtement.

Ce réalisme et cette espérance inspirent la prière de l’Eglise qui reconnaît que « la loi de la mort nous afflige », mais que « la promesse du bonheur éternel nous apporte la consolation ». « Quand prend fin notre séjour sur la terre, la vie n’est pas détruite, elle est transformée ». . Ou encore: « Nous attendons, au-delà de la nuit de la mort, la joie de vivre en présence de Dieu ».

Notre longévité actuelle nous donne de vivre des expériences que n’ont pas connues ceux qui sont morts plus jeunes. De tout ce que vivent des aînés se dégage un itinéraire marqué par des étapes que franchissent de plus en plus de gens.  Pour eux le grand départ est précédé d’une suite de ruptures qui sont autant d’expériences de détachement: l’accès à la pension, le déménagement depuis une maison vers un appartement, le placement en maison de repos. L’étape ultime de ce pèlerinage est l’entrée dans la Maison du Père, notre demeure définitive.

Une carrière professionnelle prend fin un jour. La vie chrétienne n’est pas comparable à une carrière profane. . Toute la vie du chrétien est concernée par sa foi et par son espérance du monde à venir. On sait que les jeunes ont l’avenir devant eux. On sous-entend parfois que les aînés n’ont plus d’avenir. En réalité, quel que soit notre âge, nous avons tous un avenir éternel devant nous.

Pour conclure, citons le témoignage de Ste Thérèse de Lisieux, carmélite décédée à 24 ans. Dans son langage simple et clair, parlant de sa mort, elle disait: « Je ne meurs pas, j’entre dans là : vie ». Pour les croyants, en effet, la mort est une naissance. L’Eglise fête les saints, non pas au jour anniversaire de leur naissance en ce monde mais au jour anniversaire de leur naissance à la vie en plénitude dans l’éternité.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 14 mars 2017

 


BONS A RIEN

Ne dites pas à un jeune qu’il n’est « bon à rien ». Vous le décourageriez. Il n’aurait plus confiance en lui-même et ne développerait pas les capacités qui sont les siennes. Des parents et des éducateurs fort maladroits et très peu pédagogues commettent cette erreur. Ils étouffent ce qu’il y a de bon dans leurs enfants ou dans les jeunes. Un bon éducateur encourage les jeunes en soulignant leurs qualités et en les félicitant pour leurs réussites.

Nous sommes surpris de lire dans l’Évangile une leçon qui risque de nous faire un effet négatif. C’est tellement vrai que pour se tirer d’embarras, les traducteurs successifs ont cherché à réduire ce mauvais effet en changeant les mots.  Le passage en cause se trouve dans l’Évangile selon St. Luc au chapitre 17, verset 10. En voici la traduction liturgique en usage depuis un an: « Quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites: « Nous sommes de simples serviteurs! Nous n’avons fait que notre devoir’. « Les mots « simples serviteurs n’ont plus rien de choquant. Le qualificatif « simple » remplace des qualificatifs dénigrants que nous lisions dans les traductions antérieures qui parlaient de serviteurs « quelconques », « inutiles » et même « bons à rien ». Cette dernière formule est la traduction littérale du mot grec qui se trouve aussi dans l’Évangile selon St. Matthieu au chapitre 25, verset 30. C’est dans la parabole des talents.

Au troisième serviteur le maître avait confié un talent. C’est une valeur de 6. 000 pièces d’or. Parce qu’il n’avait rien fait pour faire fructifier ce capital, le maître le lui retire en le traitant de paresseux et de serviteur « bon à rien ».  Ces hésitations au sujet du qualificatif à attribuer aux mauvais serviteurs, ne doivent pas nous empêcher de retenir comme idéal d’agir comme un serviteur. Le Christ lui-même a dit: « Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir ».

Il est un modèle pour tous ses disciples. Les papes prennent volontiers à leur compte la devise d’un des leurs qui se présentait comme « serviteur des serviteurs de Dieu ». Cette devise s’inspire de l’Evangile pour qui l’exercice d’une autorité, quel qu’en  soit le niveau, est un service. Un serviteur cherche à être disponible et se montre humble. Les papes de notre époque ont réduit le faste de leur tenue et des cérémonies vaticanes pour rendre plus perceptible la simplicité requise.

Quand le pape se dit « serviteur des serviteurs de Dieu », il rappelle que notre vocation chrétienne est d’être « serviteurs de Dieu ». Dans une procédure de canonisation, avant de conclure à la sainteté du « candidat » dont la cause a été introduite, on parle de lui en l’appelant « serviteur de Dieu ». En fait, nous sommes appelés à la sainteté, mais tant que nous vivons en ce monde, nous voulons être des « serviteurs de Dieu ». Nous espérons pouvoir, plus tard, rejoindre la foule des saints du ciel.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 7 mars 2017

 


CHAPITRE TRÈS PARTICULIER

Le chapitre 15 de l’évangile selon St. Luc se compose de trois paraboles sur un même thème. Celle de la brebis perdue et retrouvée qui s’achève en une fête où le berger partage sa joie avec ses amis et voisins. Celle de la pièce d’argent perdue et retrouvée où la femme, heureuse d’avoir récupéré sa pièce, partage sa joie avec ses amies et ses voisines. Celle enfin du père dont le fils cadet est parti à l’aventure à l’étranger. Au retour de ce fils, le père, pour partager sa joie, invite son monde à festoyer: celui qui était perdu est retrouvé. Un même refrain clôture chaque parabole.

Ces paraboles constituent la réponse de Jésus aux pharisiens et aux scribes qui lui reprochent de faire bon accueil aux pécheurs et de manger avec eux.  Remarquons certains détails: il y a une gradation d’une parabole à l’autre. Il s’agit d’abord d’une brebis sur cent. La femme a perdu une pièce d’argent sur dix. Le père voit partir un fils sur deux.

Aux personnes des paraboles, il arrive ce qui nous arrive quand nous avons perdu quelque chose. La chose perdue devient notre souci prioritaire. Le berger quitte ses 99 brebis pour partir à la recherche de celle qui est perdue. La femme retourne toute sa maison pour retrouver la pièce qui manque. L’évangéliste nous laisse deviner les sentiments qui habitent le père qui, cependant, ne part pas à la recherche de son cadet. Pour comprendre,  rappelons-nous que le berger voulait récupérer l’animal qui était sa propriété.  La femme avait le souci de récupérer la part perdue de sa fortune. Mais le fils n’est ni un animal, ni un objet. Il est un être humain dont le père, image de Dieu, respecte la liberté. Il ne va donc pas le chercher mais attend qu’il revienne de sa propre initiative,  librement.  Et pendant ce temps, il n’a pas abandonné son aîné qui est resté avec lui.

Les trois paraboles nous invitent à nous réjouir et à festoyer avec celui qui a retrouvé ce, ou celui, qui était perdu. Nous partagerons la joie qui marque le dénouement heureux, mais avant, nous partageons l’inquiétude qui a précédé. C’est un appel à un souci missionnaire plus grand envers ceux qui sont « perdus ». Ensuite nous nous réjouirons avec le ciel pour tout pécheur qui se convertit, même si c’est à la dernière minute. Ne soyons pas jaloux de ceux qui profitent, sur le tard, de la miséricorde de Dieu. Nous en sommes tous les bénéficiaires. Qui oserait dire qu’il n’a pas tardé à répondre à la grâce?

Dans la parabole du fils perdu, le frère aîné ne comprend pas et n’accepte pas l’attitude du père. Il refuse d’entrer dans la salle de fête. Il est l’image de ceux qui ne comprennent pas l’attitude de Jésus à l’égard des pécheurs.

A ceux qui le critiquaient,  Jésus disait: « Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit plus que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion. Il ironise. Qui peut prétendre être juste et n’avoir pas besoin de se convertir? Il y a des gens qui « se croient justes ».  A vrai dire, nous sommes tous des pécheurs pardonnés et nos assemblées peuvent cultiver une ambiance de joyeuse reconnaissance.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 28 février 2017

 


LES BONNES RELATIONS

Quand on vous montre la photo d’un groupe dont vous faites partie, vous cherchez sans doute d’abord à vous retrouver vous-même pour voir si vous faites belle figure. Quand on vous remet une liste de noms parmi lesquels figure le vôtre, vous cherchez d’ abord votre nom et vous vérifiez s’il est bien orthographié.  Il semble que pour chacun, son nom est le mot le plus agréable et le plus important de tout le vocabulaire. Quand vous l’entendez quelque part, votre attention est attirée et votre curiosité est en éveil. Celui qui vous appelle par votre nom vous donne de l’importance et vous inspire confiance.

La compagnie de gens qui s’intéressent à notre personne et nous parlent de ce qui nous concerne, nous est très agréable. Nous sommes très sensibles à l’attention des autres à notre égard. Nous sommes même portés à attirer leur attention.  Ces tendances nous habitent tous si bien que nos rencontres avec les autres peuvent prendre des airs de jeux de concurrence et même d’affrontement.

Vous revenez de vacances et vous êtes toujours sous le coup de l’émerveillement de ce que vous avez vu et vécu. Vous désirez parler de vos découvertes à des amis et vous commencez à raconter. Les amis reviennent eux aussi de vacances et brûlent d’envie de raconter. A peine avez-vous commencé votre récit que vos interlocuteurs se mettent à parler d’abondance de leurs exploits. Ils ne vous écoutent plus: il ne vous reste qu’à les écouter. Si vous voulez jouer le beau rôle, écoutez-les patiemment et intéressez-vous en posant des questions au sujet de ce qu’ils vous disent. Vous aurez évité un affrontement et gagné leur sympathie. S’ils s’intéressent ensuite à vos vacances et vous demandent d’en parler, réjouissez-vous.  Dès que l’occasion se présente, les gens parlent d’eux-mêmes et de leurs souvenirs. Tous aiment discourir quand on les écoute avec intérêt. Ecouter quelqu’un c’est lui faire le plus flatteur des compliments. Accorder à quelqu’un son attention exclusive quand il parle est le moyen le plus sûr de gagner sa confiance et sa sympathie.  N’hésitez pas à prendre l’initiative: vous rencontrez une personne, parlez- lui de ce qui l’intéresse, de ses affaires, d’elle-même. Vous apprendrez beaucoup de choses et vous aurez élargi le cercle de vos amis. Cela se fera d’autant mieux que vous serez modeste et discret à votre propre sujet.

Evitez à tout prix de ressembler à celui qui est imbu de sa personne, conscient de sa valeur, sûr de son savoir, convaincu de sa supériorité. La compagnie des vantards, des prétentieux, des orgueilleux, déplaît. Ces attitudes vexantes suscitent l’antipathie et même l’agressivité. Le plus sûr moyen de se faire des ennemis est de se donner de l’importance comme le font les vaniteux. Par contre, la compagnie de gens simples, humbles et bienveillants est fort appréciée. Nous avons double intérêt à être comme ceux-là: d’une part nous aurons quelque chance de gagner leur sympathie, et d’autre part, une offense éventuelle ne nous troublerait pas et serait facile à pardonner. En effet, une même offense est considérée comme grave par un personnage dont l’orgueil est blessé et légère par  une personne humble qui ne se prend pas au sérieux.

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 21 février 2017

CHRÉTIENS SÉPARÉS (2)

L’ORTHODOXIE est l’ensemble des Eglises orientales fidèles au concile de Chalcédoine (451) mais séparées de Rome. Ce sont les Eglises ORTHODOXES qui se disent « conformes à la juste doctrine ».

La rupture entre l’Orient et l’Occident est datée de 1054, époque où Michel Cérulaire était patriarche de Constantinople. Les divergences entre chrétientés grecque et latine étaient plus anciennes. La séparation exprimait surtout le refus de la prétention de l’évêque de Rome à l’autorité Suprême. Dans ce contexte, les quelques divergences (sur le credo, la liturgie, la discipline, du pape) avaient pris un tour passionnel.

Chez les orthodoxes, l’autorité n’appartient pas à un individu, mais au concile œcuménique qui interprète la Tradition et assure la discipline. Mais ce concile ne s’est jamais réuni depuis 1054. Chaque Eglise nationale a son patriarche. Celui de Constantinople a une primauté d’honneur parmi les autres, ses égaux. Depuis 1601 il réside au Phanar, quartier d’Istanbul. Il conserve son titre antique, alors que la ville s’appelait Byzance au temps de l’Empire chrétien Byzantin et s’appelle Istanbul depuis qu’elle fut capitale de l’Empire Turc-Ottoman.  L’Orthodoxie est formée d’un ensemble d’Eglises particulières autonomes, vivant dans la communion d’une même foi, sans structure centralisée autour d’un chef. Chaque Eglise élit son évêque. Tous les évêques sont successeurs des apôtres et leurs pouvoirs identiques.

Dans chaque Eglise orthodoxe, une partie s’est rattachée à l’Eglise Catholique tout en gardant ses traditions disciplinaires et liturgiques. On les appelle UNIATES.

Il y a des orthodoxes en Grèce et dans des pays d’Europe orientale: Roumanie, Bulgarie, Serbie. C’est l’effet de l’Empire Byzantin qui s’étendait sur ces régions.  La Russie est une principauté devenue an empire christianisé en l’an 1000. Moscou en est devenue la capitale. Un patriarche s’y est installé au 15e s. Il a refusé l’union avec Rome.

Au 20e s. des orthodoxes de ces pays, fuyant la persécution communiste, se sont réfugiés en Occident. Leur présence chez nous permet de mieux les connaître et de les apprécier.

L’actualité nous a parlé des chrétiens d’Orient. Pour connaître leur identité chrétienne il faut remonter au concile de Chalcédoine (451) qui a réaffirmé la foi au Christ, personne unique ayant les natures divine et humaine. Certains, ne considérant que sa divinité, s’organisèrent en différentes Eglises séparées. C’est l’origine des Coptes d’Egypte, d’Ethiopie et d’Erythrée, des chrétiens syriens et arméniens.

Dans la présentation des Eglises protestantes et orthodoxes, nous avons parlé de leurs structures et de l’exercice de l’autorité chez elles. Ce sont des particularités qui expliquent le peu de cohésion entre elles.

En parlant de l’EGLISE CATHOLIQUE, observons sa structure et la manière dont s’y exerce l’autorité. Des différences apparaissent qui sont autant de difficultés à surmonter pour atteindre l’unité des Eglises chrétiennes. L’Eglise catholique est la plus importante. L’évêque de Rome, le pape, y jouit d’une autorité qui fait de lui le signe et le garant de l’unité de l’Eglise. Il bénéficie d’une primauté à la tête d’une hiérarchie d’évêques, de prêtres et de diacres, avec le collège des cardinaux qui élit un nouveau pape en cas de vacance du siège papal. Au centre de la vie des catholiques, il y a la messe et les six autres sacrements.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 14 février 2017

CHRÉTIENS SÉPARÉS (1)

Essayons de mieux connaître ces Eglises divisées qui recherchent leur unité dans le mouvement œcuménique.

Dans nos régions, les chrétiens séparés que nous rencontrons le plus souvent sont des protestants. Le PROTESTANTISME est le mouvement qui remonte à la « Réforme » lancée en 1517 par Martin Luther, moine-prêtre, théologien et professeur d’université à Wittenberg en Allemagne. Il propagea sa doctrine contre le commerce des indulgences et les abus de l’Eglise. Le mot « Réforme » désigne le renouveau évangélique du 16e s. qui aboutit à la formation d’Eglises « protestantes » gouvernées par des assemblées (synodes). La lecture de la Bible et la prédication occupent la place centrale dans leur liturgie. Sur l’arbre qu’est le protestantisme, les branches maîtresses sont le luthéranisme, le calvinisme et l’anglicanisme.

Le LUTHÉRANISME regroupe les Eglises fidèles à l’enseignement du réformateur. Il est présent en Allemagne et en Scandinavie, d’où il a rayonné dans le monde. Dans quelques pays, ces luthériens ont gardé des évêques.

Le CALVINISME est constitué d’Eglises réformées fidèles aux principes de Jean Calvin tels qu’il les a mis en œuvre à Genève. Elles sont gouvernées par des conseils presbytéraux (d’où leur nom PRESBYTÉRIENS) et par des synodes régionaux. Leur culte très simple comporte, en plus de la lecture biblique et de la prédication, des prières spontanées et des chants. Bien que « Réforme » s’applique à l’ensemble du mouvement protestant, le mot de « Réformé » est pratiquement réservé au calvinisme.

L’ANGLICANISME, au départ, était l’Eglise d’Angleterre qui avait rompu avec l’Eglise catholique romaine. Ce fut le fait du roi Henri VIII qui s’était autoproclamé en 1534, pape de l’Eglise d’Angleterre. Il se vengeait ainsi du pape de Rome qui refusait d’annuler son premier mariage. (En principe, le chef de l’état britannique est toujours le chef de l’Eglise anglicane). La reine Elisabeth Ire donna à son Eglise la forme d’une voie moyenne entre le protestantisme et le catholicisme. L’anglicanisme s’est étendu aux Eglises ÉPISCOPALIENNES (qui ont des évêques) des pays anglophones, notamment aux Etats-Unis. Aujourd’hui, la « communion anglicane est une famille d’Eglises dispersées dans le monde, en communion avec l’archevêque de Canterbury en Angleterre. Parmi les évêques de ces Eglises, l’archevêque est le premier parmi des égaux. Leur culte doit beaucoup à leur passé catholique et le ministère des pasteurs est de style catholique.

Sur l’arbre du protestantisme certains rameaux ont surgi pour former des courants de pensée suscitant de nouvelles Eglises sans supprimer les anciennes. Les Eglises BAPTISTES ne baptisent que des adultes. Les Eglises MÉTHODISTES sont issues du « renouveau évangélique » du 18e s. On y insiste sur l’expérience personnelle vécue selon la « méthode » des Wesley (d’où « méthodiste ») Les Eglises PENTECÔTISTES soulignent le rôle de l’Esprit Saint et se développent rapidement en Amérique du Sud.  Les CONGRÉGATIONALISTES tiennent à l’indépendance de chaque Eglise locale, souci venant des puritains anglais.

Dans notre pays, plusieurs dénominations protestantes se sont accordées pour former L’EGLISE PROTESTANTE UNIE DE BELGIQUE (EPUB).    (A suivre)

Abbé Auguste Reul

Paru dans le visé Magazine du 7 février 2017

BÉNITIER DE FLEURS

Dans une des paroisses dont j’ai été curé, j’ai été surpris: dans l’église, près dé l’entrée, dans le bénitier vidé de son eau, se trouvait une plante décorative.  Mon prédécesseur semblait ignorer la raison d’être d’un bénitier et la signification du geste que posent les fidèles en entrant à l’église. Peut-être trouvait-il cette pratique désuète. Ce fut l’occasion d’expliquer l’origine et le sens du bénitier.

Pour comprendre, il faut faire un détour la nuit de Pâques. La veillée de cette nuit comporte une partie baptismale: on bénit l’eau qui servira aux baptêmes; l’assistance, tenant à la main un cierge allumé au cierge de Pâques, réaffirme la foi de son baptême; puis le célébrant procède à l’aspersion de l’assemblée: il circule dans les allées, emmenant le bénitier portatif dans lequel il trempe son goupillon. C’est un renouvellement de la grâce et de l’engagement du baptême.

Une telle aspersion se faisait régulièrement, et peut se faire actuellement si on en prenait le temps, avant la grand’messe du dimanche qui est une petite Pâques hebdomadaire. A défaut de cette aspersion communautaire, les fidèles font donc bien de s’asperger eux-mêmes à l’entrée en se signant avec l’eau bénite et en invoquant les personnes de la Sainte Trinité au nom desquelles ils ont été baptisés. C’est ce qui explique que, dans toutes les églises, près de l’entrée, il y a un bénitier permettant aux fidèles de tremper leurs doigts dans l’eau baptismale pour se signer. Rappelons qu’un bénitier est une petite cuve ou un petit bassin,  fixé au mur ou sur pied, contenant de l’eau bénite. Le rite se pratique à l’entrée et rappelle que le chrétien est « entré » dans l’Eglise par son baptême. Lors des funérailles, les mêmes symboles reparaissent : le cierge de Pâques dont la flamme est transmise aux cierges placés près du défunt ; la bénédiction avec l’eau qui rappelle son baptême qui l’a fait naître à la vie nouvelle qu’il a portée en germe en cette vie et qui va s’épanouir dans l’éternité sous l’effet de la pleine lumière de Dieu.

Lors de vos visites aux familles endeuillées, vous trouvez dans les salons funéraires, au pied du cercueil, une croix, une bougie allumée, un bénitier avec un goupillon qui vous permet d’asperger le corps du défunt. Ces objets religieux sont une évocation, en petite dimension, du mystère pascal: la croix parle du vendredi saint, la flamme est à l’image du cierge pascal, l’eau est celle du baptême. Les visiteurs peuvent accomplir personnellement ce que les célébrants font en public lors de la liturgie des funérailles.

Les aînés se souviendront des bénitiers de petit format que l’on accrochait dans les maisons près des escaliers. Se levant le matin ou se couchant le soir, les membres de la famille s’invitaient à vivre les jours et les nuits en communion avec la Trinité dont ils étaient les temples.

Abbé Auguste Reul

 

Paru dans le Visé Magazine du 31 janvier 2017

ON VIEILLIT.

Un jeune est fier d’avancer en âge et devenir « grand ». Plus tard vient le moment où le nombre des années fait l’effet d’un vieillissement. Celui-ci est une évidence universelle dont on ne prend conscience que progressivement en découvrant sa fragilité et ses limites. On perçoit mieux de quoi est faite la condition humaine et on comprend ce qu’affirmait le prophète Isaïe qui comparait la vie des humains à celle des plantes : « Tous les êtres de chair sont de l’herbe et toute leur consistance est comme la fleur des champs : l’herbe sèche, la fleur se fane » (40,6).

La longévité est de plus en plus grande dans nos pays. Il y a peu, on parlait des aînés en les appelant « les trois fois vingt ans ». Aujourd’hui, beaucoup dépassent les « quatre fois vingt ans ». La population vieillit. La santé des nouveaux pensionnés leur permet de se consacrer à des activités culturelles, sportives, religieuses ou caritatives. Comme bénévoles ils rendent des services précieux. Ils commencent une nouvelle carrière. Le temps de la retraite devient pour un croyant le moment de répondre à une nouvelle vocation. Des signes de faiblesse apparaissent cependant. On trouve que les journaux sont imprimés en caractères plus petits parce que la vue baisse. On trouve que les gens parlent d’une voix plus faible parce qu‘on devient dur d’oreille. On trouve les marches à l’entrée du bus plus hautes parce que nos articulations sont moins souples. On trouve que, dans la rue, les gens marchent plus vite parce que notre rythme est plus lent. Les forces s’épuisent, les facultés faiblissent. D’autres épreuves plus lourdes et plus douloureuses peuvent survenir. Elles n’arrivent pas qu’aux autres. Tout peut arriver. On ne devrait jamais s’étonner de rien. La mémoire peut être à l’origine d’un danger. Elle garde le souvenir du temps où l’on était en pleine forme. Ce souvenir peut éveiller des regrets et même la nostalgie du passé. Il risque d’ébranler le moral et de provoquer la tristesse et l’aigreur. A force de plaintes on pourrait s’apitoyer sur son sort et s’enfermer dans un monde égocentrique. Cette attitude nous isole.

Ce n’est pas ainsi que réagira celui qui désire acquérir la sagesse qui convient à la vieillesse. Un aîné a une grande expérience de la vie. Il a rencontré des épreuves. Il sait que la vie est dure et qu’il est préférable de le savoir plutôt que de l’ignorer. Il a appris à accepter l’inévitable et à s’adapter avec souplesse aux évènements de la vie. Il n’hésite pas à avoir recours aux aides qui lui sont proposées pour le soutenir dans les difficultés. Il fait confiance à ceux qui l’entourent, à ceux qui le soignent s’il est malade, à Dieu s’il est croyant.

St Paul, dans sa seconde lettre aux Corinthiens, parle de la dégradation physique du corps avec un réalisme que l’on peut trouver choquant : « En nous, l’homme extérieur va vers sa ruine » (4,16). Il ajoute aussitôt une considération inspirée par son espérance du bonheur éternel : « L’homme intérieur se renouvelle de jour en jour ». Le dépérissement physique peut devenir le temps d’une croissance spirituelle.

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 24 janvier 2017

MOBILIER RÉVÉLATEUR

L’origine et la fonction des meubles de nos églises révèlent les préoccupations de ceux qui les ont introduits.

Voyons d’abord la CHAIRE, la tribune à prêcher. Sous l’influence des prédicateurs franciscains et dominicains du 12e s.  on cessa de parler depuis l’ambon situé près du chœur pour prêcher depuis la tribune placée au début ou dans la nef pour être mieux entendu. Au 16e s. lors de la réaction catholique à la Réforme protestante, on plaça au-dessus de la chaire un abat-voix qui devait favoriser une meilleure diffusion de la prédication. Aujourd’hui, la sonorisation permet de parler depuis le chœur, face à l’assemblée.

Les CONFESSIONNAUX sont ces cabines où s’assied le prêtre pour entendre les pénitents venant par les côtés demander le pardon de leurs péchés. Ces meubles qui remontent aussi au 16e s. permettaient au clergé d’aider les fidèles à réformer leur vie. Aujourd’hui la rencontre des pénitents avec le prêtre se fait souvent au cours d’une célébration communautaire ou dans un petit parloir favorable à un entretien.

Nos églises sont garnies de parterres de CHAISES ou de BANCS. Il n’en a pas toujours été ainsi. Des gravures anciennes d’intérieurs de cathédrales n’y montrent ni chaises ni bancs. On pouvait admirer les carrelages artistiques. Les fidèles assistant à un office restaient debout. La prière eucharistique de la messe d’avant le concile parlait des membres de l’assemblée, clergé et fidèles, en les qualifiant de « circumstantes »: debout autour. L’évêque a toujours disposé d’un siège: c’était un trône. Une banquette a servi de siège au célébrant et à ses ministres pour entendre la prédication. Les chanoines des cathédrales et des collégiales, comme les moines et les moniales des abbayes et des monastères, prenaient place dans des stalles où ils se tenaient debout ou assis. L’usage de bancs et de chaises n’est attesté qu’à partir du 16e s. et s’est alors propagé en quelques pays. Les confréries, groupes se plaçant sous le patronage d’un saint, ou des familles, disposaient d’un banc. Dans nos régions, les chaises et les bancs semblent avoir été introduits progressivement.

Des particuliers ont d’abord apporté leur chaise prie-Dieu marquée de leur nom.  Il y eut par conséquent une variété peu harmonieuse de chaises. Les fidèles qui ne pouvaient pas s’en payer se trouvaient discriminés. Les paroisses firent placer des chaises accessibles à tous moyennant une petite redevance pour leur occupation. La perception peu sympathique de ce loyer fut abandonnée et les paroisses estimèrent devoir équiper les églises d’un mobilier uniforme pour tous. Les célébrations communautaires d’abord, la liturgie renouvelée par le concile ensuite, recommandèrent aux fidèles les deux attitudes traditionnelles en liturgie: debout ou assis. Le mobilier se modifia et les chaises-fauteuil se généralisèrent.  La position « debout » est la position antique et traditionnelle de la prière. Elle est l’image de l’homme libre qui se tient devant son Dieu, du baptisé uni au Christ relevé d’entre les morts.  La position « assise » est celle de l’écoute, du recueillement et de la méditation. On se met « à genoux » pour supplier, demander ou adorer. Des chaises prie-Dieu conviennent dans une chapelle du St. Sacrement.  Il ne faudrait cependant pas oublier que le grand nombre des personnes qui fréquentent les églises sont des aînés pour qui il est difficile de se tenir à genoux.

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 17 janvier 2017

LE RÊVE DEVIENT CAUCHEMAR

Pour épargner leurs forces physiques, les humains ont, depuis longtemps, appris à exploiter les énergies que leur offre la nature : la force du vent, la puissance des chutes d’eau des rivières. Ils en ont augmenté la puissance de leurs outils. Ils ont ensuite inventé les machines à vapeur et les moteurs électriques. L’application de ces découvertes dans les ateliers a modifié les modes de production et les conditions de travail. Une première révolution industrielle s’est produite autour du charbon, de la vapeur et de l’acier (fin du 18e s.).

La deuxième fut provoquée par l’exploitation du pétrole et du développement de l’électricité (fin du 19e s.). La troisième a vu émerger le nucléaire civil et les nouveaux outils de traitement et de transmission de l’information.  (Depuis 1950) La quatrième révolution est celle du numérique.

Ces évolutions techniques successives ont eu dans le passé et ont aujourd’hui des effets économiques et sociaux.

Les outils mécanisés furent groupés dans les usines. Les villes industrielles virent affluer les populations des campagnes. Les cités ouvrières se développèrent. Les ouvriers travaillaient et vivaient dans des conditions déplorables.  Soutenus par les mouvements d’action sociale, ils réclamèrent des conditions meilleures. Les Etats édictèrent des lois pour résoudre les problèmes de la question sociale. Le travail des enfants fut interdit, leur scolarité devint obligatoire, la durée du travail fut réduite, des congés furent accordés et une pension fut allouée aux retraités. Le niveau de vie s’améliora au cours du 20e s.

Puis les machines industrielles furent automatisées. Elles devinrent des robots que l’on peut programmer et qui travaillent ensuite sans intervention humaine.  Il y eut en même temps,  une réduction du travail et une croissance de la production. Les optimistes y voyaient une libération par rapport à l’esclavage qu’était le travail. On a parlé de l’avènement d’une « civilisation des loisirs ». Si jusque-là les gens consacraient beaucoup de temps au travail, ils pourraient désormais consacrer beaucoup de temps à la vie familiale, culturelle, religieuse ou sportive. Bref, aux activités de leur choix. On travaillerait moins et moins longtemps.  C’était un rêve.

Concrètement,  cette « libération » se traduisit en pertes d’emploi et en réduction du pouvoir d’achat. Le chômage est le cauchemar d’une économie dont les techniques sont en continuelle évolution. Les machines requièrent un personnel moins nombreux mais adapté aux nouveaux outils. Les entreprises investissent dans ces techniques, licencient du personnel et réduisent leurs agences. Le recyclage des travailleurs est difficile. Sur le marché de l’emploi, on est vite « trop vieux ». Aux effets de l’automatisation et de la numérisation s’ajoutent les effets de la crise économique et les effets catastrophiques des délocalisations que pratiquent sans scrupules les entreprises multinationales.

Les nouveautés techniques ont toujours entraîné des crises.  Aujourd’hui comme autrefois, toutes les questions ne trouvent pas de solution satisfaisante.  Evitons l’optimisme naïf et ne tombons pas dans la psychose de la catastrophe.  Souhaitons le maintien et la création d’entreprises florissantes pourvoyeuses d’emplois et dont les patrons ne se soucient pas du seul profit financier des actionnaires.

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé Magazine du 10 janvier 2017

DIEU DE COLÈRE OU DIEU D’AMOUR ?

« Face aux impies, la fureur me prend, car ils abandonnent ta loi. » C’est le verset 53 du psaume 119. C’est une prière biblique. L’auteur est en rage contre les infidèles. Plusieurs psaumes expriment la colère à l’égard des incroyants. Ils appellent Dieu à intervenir contre eux. Les ennemis de Dieu sont aussi les ennemis du peuple de Dieu. Pour que Dieu adopte leurs dispositions, Les auteurs de ces psaumes lui lancent des appels à la violence, des « imprécations » : « Les pécheurs seront tous déracinés et l’avenir des impies anéanti ». (31,38) ; « Que Dieu se lève et ses ennemis se dispersent. Ses adversaires fuient devant sa face. Comme on dissipe une fumée, tu les dissipes ; comme on voit fondre la cire en face du feu, les impies disparaissent devant la face de Dieu ». « A qui le hait, Dieu fracasse la tête, à qui vit dans le crime, il défonce le crâne, afin que tu enfonces ton pied dans leur sang, que la langue de tes chiens ait la pâture d’ennemis ». (68,2-3 et 22-24) La vengeance inspire ce souhait cruel : » Fille de Babylone, promise au ravage, heureux qui te traitera comme tu nous as traités ! Heureux qui saisira tes nourrissons pour les broyer sur le roc ». (137,8-9)

Les numéros des psaumes donnés ici sont ceux de la Bible. La liturgie ne reprend pas  ces imprécations. Les psaumes retenus pour la messe ne sont cités que partiellement et sont censurés. Nous savons que Dieu ne se laisse pas emporter par la haine et la vengeance. Les auteurs bibliques pensaient pareillement  que Dieu entrait en fureur contre son peuple quand celui-ci lui était infidèle.

Pour la Bible, l’infidélité et l’ingratitude de son peuple déclenchent la colère de Dieu qui ne s’apaise que quand les coupables ont été châtiés. Les auteurs considèrent les malheurs comme la conséquence de l’infidélité d’Israël envers son Dieu. Ils les perçoivent comme des corrections, des avertissements et des appels à la conversion par lesquels Dieu fait l’éducation de son peuple. Ainsi, parlant du jour à venir de l’intervention définitive de Dieu dans l’histoire des hommes, le prophète Sophonie parle d’un « Jour de colère ».

Jean-Baptiste, le Précurseur, annonce la venue du Messie et parle de la « colère prochaine ». Son appel à la conversion s’accompagne de menaces. Il annonce un Messie vengeur. Il a été surpris par l’attitude de Jésus envers les pécheurs et par l’explication qu’il donne : » Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs ; ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin du médecin, mais les malades ».  Le Baptiste craignait même s’être trompé. Jésus parle en effet, de miséricorde divine et de pardon. Il parle de Dieu comme d’un Père dont l’amour est sans limite. Cet amour n’est mis en échec que par ceux qui ne lui font pas confiance.

Le peuple des croyants a dû faire, et doit encore faire du chemin pour comprendre que Dieu n’est pas un homme et que ses pensées sont bien différentes de celles des hommes. Cette évolution dans la connaissance de Dieu montre combien la révélation a été progressive et combien elle n’a été comprise que petit à petit.

Abbé Auguste Reul

Paru dans le Visé du 3 janvier 2017