Edito de Bonnes nouvelles

« Bonnes nouvelles » est un mensuel de la Vallée du Geer.

OCTOBRE 2017 :  TOUT N’EST PAS PERDU !

Ainsi s’exprime le pape François dans sa lettre encyclique «Laudato si». Tout n’est pas perdu même si, dit-il «La situation actuelle du monde engendre un sentiment de précarité et d’insécurité qui à son tour, nourrit des formes d’égoïsme collectif». Certaines réactions, même chez nous, à propos des migrants, en sont parfois un horrible exemple. S’y ajoutent parfois presque inconsciemment les peurs liées au terrorisme, aux crises économiques et sociales. Vivre ensemble semble devenu bien compliqué… On n’est bien qu’avec soi-même. (D’ailleurs les selfies sur Facebook ne montrent-ils pas que des gens heureux?) Alors, désespérant tout cela? Non ! affirme avec force, le pape François: «Tout n’est pas perdu, parce que les êtres humains, capables de se dégrader à l’extrême, peuvent aussi se surpasser, opter de nouveau pour le bien». Et cela passe par des choix, un style de vie différent où il y a un peu plus d’humilité et de sobriété.
«Il faudra aussi reprendre conscience que nous avons besoin les uns des autres, que nous avons tous une responsabilité vis-à-vis des autres et du monde, que cela vaut la peine d’être bons et honnêtes». Irréaliste, diront certains, urgent diront d’autres. Cela ne vaut-il pourtant pas la peine que chacun, quel que soit son âge ou sa condition, dans la Vallée du Geer et ailleurs, se pose la question: Que puis-je faire pour que ce monde soit un peu meilleur? Nous pouvons tous opter pour le bien! Je le crois.

Des projets ?
Il m’est souvent arrivé, depuis mon arrivée en Basse-Meuse, d’être questionné sur mes projets et/ou ceux de l’Unité Pastorale pour les mois à venir.
S’attendait-on à ce que je sorte de mon chapeau quelque idée révolutionnaire, quelque trouvaille de génie qui métamorphoserait d’un clic la vie de nos communautés ? Il met plus simple et plus prometteur de répondre: je souhaite, avec le plus grand nombre, essayer de mettre en œuvre un projet pastoral. Non pas un projet qui englobe tous les aspects de la vie de notre UP mais un fruit raisonné et prié des aspirations de nos communautés, qui nous montrerait le chemin pour les années à venir.
Plusieurs groupes se sont mis à rêver, à prier, à discerner et se sont mis en route… Mais les réflexions (et la prière) de chacun sont bienvenues! De toute façon, très bientôt, on en reparle !

José GIERKENS, Curé-Doyen

 


SEPTEMBRE 2017: LE CHOCOLAT CHAUD

Le vieil instituteur avait pris sa retraite depuis quelques années déjà. Un groupe d’anciens élèves, ayant tous une brillante carrière, a décidé de lui rendre visite. Pendant la visite, la conversation des jeunes s’allongeait en lamentations sur le stress immense qui avait envahi leur vie et leur travail.

Le retraité ne fit aucun commentaire sur ce sujet et leur demanda s’ils désiraient prendre une tasse de chocolat chaud.

Tous se montrèrent intéressés et notre instituteur se dirigea vers la cuisine d’où il revient plusieurs minutes plus tard avec une grande bouilloire et une grande quantité de tasses, toutes différentes – en porcelaine fine et en terre cuite rustique, en simple verre ou en cristal, les unes d’aspect ordinaire et les autres très chères. Il proposa seulement aux jeunes de se servir à volonté. Quand tous avaient une tasse de chocolat chaud dans la main, il leur dit :«Regardez comme vous avez tous cherché à choisir les tasses les plus jolies et chères en laissant les plus ordinaires et bon marché… Bien qu’il soit normal que chacun désire le meilleur pour lui-même, ceci est l’origine de vos problèmes et de votre stress. La tasse dans laquelle vous buvez n’apporte rien de plus à la qualité du chocolat chaud. Dans la plupart des cas, c’est seulement une tasse plus raffinée et certaines ne permettent même pas de voir ce que vous buvez. Ce que vous vouliez réellement c’était du chocolat chaud, pas la tasse; mais vous vous êtes dirigés inconsciemment vers les meilleures tasses… »

Tandis que tous, plus ou moins embarrassés, confirmaient l’observation de leur ancien maître, celui-ci continua : «Considérez maintenant la chose suivante: la vie est le chocolat chaud; l’argent et la position sociale sont les tasses. Celles-ci sont seulement des moyens de contenir et de servir la vie. La tasse que chacun possède ne définit et n’altère pas la qualité de votre vie. Parfois, en se concentrant seulement sur la tasse, on finit par ne pas apprécier le chocolat chaud. Les personnes les plus heureuses ne possèdent pas toujours le meilleur de tout, elles savent seulement profiter  au maximum de tout ce qu’elles ont.

Vivez en toute simplicité. Aimez généreusement. Aidez-vous les uns les autres avec ardeur. Parlez avec gentillesse… et appréciez votre chocolat chaud. »


ÉTÉ 2017: REPOSE-TOI BON DIEU!

Contempler les heures de lumière, regarder le soleil qui se lève ou qui se couche, s’arrêter de courir, prendre le temps de regarder, d’écouter, de respirer. S’émerveiller d’entendre les enfants tout proches rire et jouer. Marcher seul sous un ciel étoilé, partir entre amis à l’assaut d’une montagne, retourner voir la famille et les amis au pays, empoigner un outil au jardin, couper l’herbe sauvage ou humer le parfum des fleurs, plonger au cœur des vagues du bord de mer, admirer les visages aimés, visiter la chapelle d’un village de campagne, goûter à son silence et à sa fraîcheur, prier pour ceux qu’on aime, pour ceux qui sont seuls…

Repose-toi! Pas seulement pour refaire tes forces, mais aussi pour réapprendre à goûter la vie dans ce qu’elle a de simple et de beau. Repose-toi, «recueille-toi» pour mieux accueillir la Vie qu’il t’est donné de vivre. Chacun d’entre nous a sans doute aussi dans un coin de sa tête, le souvenir et le nom d’un lieu, d’un coin enchanteur et de moments délicieux qui, lorsqu’on y pense, nous font un bien fou: des paysages devant lesquels on s’est émerveillé, des moments en famille, un camp Patro, un voyage…

Ce sont comme des petites vacances dont nous pouvons profiter à tout moment, rien qu’en nous en souvenant; un peu comme Marie dans l’Évangile dont on dit «qu’elle gardait tous ces événements dans son cœur». «Marie», «Notre Dame», «Sainte Marèye», nous y invite en ces mois d’été. Et si on consacrait un tout petit bout de nos vacances à la rejoindre?

Bel été à tous!

José GIERKENS, Curé-Doyen

 


JUIN 2017: À Y PERDRE SON LATIN

C’est à y perdre son latin. Une phrase d’une des prières majeures de la religion catholique est en passe d’être modifiée. Ainsi à partir de la fête de la Pentecôte, dans les églises, les prêtres et les fidèles ne diront plus « Et ne nous soumets pas à la tentation », mais « Et ne nous laisse pas entrer en tentation ». Le feu vert pour cette traduction avait déjà été donné pour la publication d’une nouvelle traduction française de la Bible (dont la dernière version date de 1993). «Il a fallu longtemps pour régulariser ce passage», confie le spécialiste du Vatican, Christophe DICKÈS. «Tout le monde savait qu’il était faux d’insinuer que le Christ pouvait nous soumettre à la tentation. Le Notre Père montre précisément la liberté de choisir entre le bien et le mal. Et demande au Christ, dans cette tentation, la grâce pour ne pas y succomber. » Voilà une querelle byzantine qui bizarrement n’est tranchée que tardivement… En réalité, la confusion date des années 1960, époque durant laquelle l’Église catholique entreprend de nombreuses modifications liturgiques. C’est à ce moment-là, par exemple, qu’on introduit le tutoiement à la place du vouvoiement, que l’expression « que ton règne arrive » devient « que ton règne vienne » et que « ne nous laissez pas succomber à la tentation » se transforme étrangement en « ne nous soumets pas à la tentation ». Parmi tous les changements, on ne fait guère attention à l’erreur de traduction du passage incriminé aujourd’hui. Car c’est là le véritable problème auquel est confrontée l’Église catholique: comment vérifier que la traduction reste bien fidèle au concept, dans toutes les langues? Le compte Twitter du pape, dont les tweets sont publiés en huit langues, dont l’arabe, nécessiterait à lui seul, des heures de vérifications… La sixième demande du Notre Père ne sera donc plus : «Et ne nous soumets pas à la tentation» mais : «Et ne nous laisse pas entrer en tentation». Comme les communautés catholiques néerlandophones de Belgique et celles des Pays-Bas, utilisent déjà depuis 2016 une nouvelle version du Notre Père, la décision a été prise pour la Belgique francophone d’adopter cette nouvelle formulation. La voici donc. À utiliser dès maintenant… sans modération !

Notre Père qui es aux cieux,
Que ton Nom soit sanctifié,
Que ton règne vienne,
Que ta volonté soit faite,
sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui
notre pain de ce jour
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi,
À ceux qui nous ont offensés,
Et ne nous laisse pas entrer en tentation,
Mais délivre-nous du mal
Amen

José GIERKENS, Curé-Doyen

 


MAI 2017: VOIR, JUGER, AGIR

Qui s’en souvient? Né en 1882 dans une famille modeste, Joseph CARDIJN découvre enfant le quotidien des ouvriers qui défilent devant la maison familiale pour se rendre à l’usine. Il est marqué par leur entrée précoce au travail et par la dureté de leurs conditions de vie et de travail. Sa vocation se précise : il veut être «un prêtre des travailleurs, surtout des jeunes … le jeune travailleur, la jeune travailleuse, vaut plus que tout l’or du monde». En ce début du 20ème siècle, leur situation dramatique et en particulier celle des jeunes l’interpelle. Il comprend que les systèmes d’assistance au monde du travail ne sont que des palliatifs, que l’Église n’est pas présente au côté des ouvriers et que l’encyclique sociale ‘Rerum Novarum’ de 1891 n’est pas mise en pratique. Il constate que la tâche d’éducation est un enjeu majeur pour la responsabilisation des ouvriers «entre eux, par eux, pour eux» pour riposter face aux excès du capitalisme: pas d’action sans éducation des masses et de leurs élites, former des acteurs est fondamental. Mais le point de départ essentiel de la vraie formation, c’est la vie… à transformer: le fameux «Voir-Juger-Agir». Cette méthode est révolutionnaire: elle part des constatations du terrain (le «Voir»), elle analyse ces situations à la lumière de l’évangile, de la vie de Jésus et d’instruments de travail social (le «Juger»), puis elle débouche sur l’action (l’ «Agir»). Elle est une méthode communautaire qui crée progressivement la conscience claire, la conviction, l’amitié et la solidarité dans l’action. CARDIJN s’est mobilisé et a mobilisé des milliers de jeunes pour un projet de justice sociale et de défense des travailleurs. Le pape François aujourd’hui est lui aussi un grand mobilisateur d’énergies et un éveilleur de consciences qui ouvre un nouvel horizon pour le futur. Cardijn avait compris l’importance de la jeunesse comme acteur de changement. Cette conviction est fondamentale aujourd’hui plus que jamais. Dans un monde qui change beaucoup à cause des technologies nouvelles, les jeunes sont aux premières places pour être les acteurs des changements. La méthode Voir-Juger-Agir reste pour tous un fabuleux outil de ré- flexion pour nos choix personnels, pour les décisions que nous avons à prendre mais aussi comme « détonateur» d’engagements pour plus de justice. La commémoration le 1er mai du cinquantième anniversaire de la mort du Cardinal Joseph CARDIJN est peut-être l’occasion pour chacun, d’une prise de conscience renouvelée et pourquoi pas, d’une indignation qui nous met en mouvement… Voyez, jugez, et surtout agissons…

D’après diverses sources
pour cette commémoration,
José GIERKENS, Curé-Doyen

 


AVRIL 2017: PÂQUES, ÇÀ DÉCHIRE GRAVE !

Les grands froids sont derrière nous. Les fleurs du printemps ont chassé la morosité de l’hiver et annoncent que le meilleur est à venir. Dans les jardins de la vallée, de GLONS à EMAEL, c’est une nouvelle naissance! C’est un miracle permanent, toujours aussi inattendu que surprenant et qui d’année en année ne cesse de se reproduire devant nos yeux ! Pourtant, il y a quelques semaines, tout semblait mort, triste et sombre. Heureux printemps qui nous permet donc de réactiver notre acte de foi en la vie! Un grand feu. Voilà comment les chrétiens ouvrent les célébrations de Pâques ! D’année en année, la veille de la fête, ils s’obstinent à se rassembler au début de la nuit et à allumer un grand feu. Drôle d’idée, direz-vous ? Peut-être pas. Nous le savons, le feu évoque pour beaucoup et dans bien des actualités, drames et malheurs: feu des bombes en Irak ou en Syrie, coups de feu assassins à LONDRES, attentats, feu et sang mêlés… Et j’en passe. Et parfois, ce qui fait encore plus mal, c’est la brûlure de la maladie, d’un échec ou de la mort d’un proche. Pourtant, sous peine de passer pour de grands naïfs ou de doux rêveurs, gentils et inoffensifs, les chrétiens, envers et contre tout continuent à “allumer le feu” et croire à ce qui, pour le monde semble impossible… Et lorsque, à Pâques, dans toutes les églises du monde, ils entreront en procession, porteurs de flambeaux et de cierges allumés, ce sont d’abord leurs visages qui s’en trouveront éclairés ; parce qu’il savent qu’il suffit d’un peu de lumière et de chaleur pour tout changer. Ils voudront tout simplement « déchirer » la nuit et redire à tous que leur foi en la Résurrection les pousse à “déchirer” toutes les ténèbres, toutes les violences, tous les désespoirs, toutes les morts. Ces cierges allumés, ces petits bouts de feu, sont un signe tout simple de la folle espérance que tout n’est pas perdu, qu’il y a un avenir plus lumineux que le sombre présent. Ces étincelles de lumière brillent sur le visage de bien de ceux que nous rencontrons, dans nos familles, dans nos quartiers, dans nos communautés, et leur seule arme, c’est l’amour. Puissions-nous en ce temps de Pâques, nous “amuser” à les repérer, et pourquoi pas à nous en inspirer. Car, oui, vraiment Pâques, çà déchire grave ! À tous ceux pour qui c’est difficile de croire en la vie, pour ceux dont les perspectives de vie sont bouchées, je souhaite simplement de «s’exercer à vivre Pâques» en apprenant à contempler les victoires de la vie, en repoussant tous les messages négatifs qui traversent nos existences. À ceux qui avaient toutes les raisons de désespérer, le Christ ressuscité n’a rien dit d’autre: « C’est ta foi qui t’a sauvé !»

À toutes et à tous, bonne fête de Pâques!

José GIERKENS, Curé

 


MARS 2017: « Way-Djî », 40 jours pour changer

Rassurez-vous. Ne cherchez pas dans ce titre une quelconque expression en wallon qui serait mal écrite à tel point que personne ne pourrait la comprendre. Way-Djî : vous allez me dire «pour moi, c’est du chinois» et… vous auriez raison. En effet derrière cette étrange expression, on retrouve la traduction d’un mot auquel nos oreilles sont malheureusement habituées: le mot «crise». Et s’il faut deux mots pour en parler à PÉKIN, c’est simplement parce que ce mot a une double définition: «crise» signifie en effet en même temps «danger» mais aussi «opportunité». Cela fait déjà quarante ans qu’on nous parle de crise, preuve que ce n’en est pas une. Il serait peut être temps de cesser de rêver à un «après-crise» qui ressemblerait à ce qui existait «avant la crise». Nous sommes entrés, qu’on le veuille ou non dans une profonde mutation de nos sociétés: une véritable révolution, technologique et culturelle. Le moindre petit smartphone, permet de communiquer avec le monde entier, d’accéder à toutes les bibliothèques du monde, de recevoir ou d’envoyer en direct les images et les sons en direct de millions d’événements. Cela peut faire peur et certains crient avec raison «danger !». Le monde semble tourner un peu fou: «des innovations constantes changent nos modes de vie. L’ordinateur et le téléphone portable ont révolutionné la vie quotidienne sur tous les continents. Mais cela entraîne une concurrence constante entre technologies nouvelles, une robotisation incontrôlée de notre monde et une exclusion de beaucoup de personnes par rapport aux progrès technologiques». Danger. Et si ce qu’on appelle «crises» était une opportunité ? Le film «Demain» a mis en lumière des merveilles et des trésors d’imagination développés pour que le monde soit plus beau et surtout plus juste. Cela exige un nouveau regard, une nouvelle compréhension des choses. De même que le regard de Jésus a été le point de départ de bien des guérisons ainsi un nouveau regard doit-il être porté sur le monde hérité de la technique pour sortir de la spirale de l’exclusion. Nous pensons que ce regard est celui de la justice sociale et donc de la solidarité. Beaucoup ont saisi à bras le corps cette opportunité d’un discours neuf, d’attitudes neuves, de nouvelles solidarités, d’initiatives inédites. Pensons aux groupements d’achats entre voisins, aux potagers collectifs, aux épiceries sociales, aux trocs, aux voitures partagées, aux habitats groupés, etc… Comme cela est rappelé chaque année à l’occasion du Carême, nous avons 40 jours pour changer. Et pourquoi pas en vivant l’expérience d’un jeûne libérateur, car il débarrasse de tout ce qui est superflu. Ce serait une forme de contestation et de protestation contre une culture qui nous provoque à croire que le sens de la vie est de posséder. Devenir plus humain, plus solidaire et plus soucieux de notre terre. C’est vivre selon une éthique de la sobriété qui crée un espace pour le bien vivre. 40 jours pour changer, retourner à la simplicité et devenir plus solidaire : Cela vaut la peine d’essayer, non ?

José GIERKENS, Curé

(En italique : Extraits de Populorum Communio,
Mars 2017, Les évêques de Belgique)

 


FÉVRIER 2017: Puisque Louis de Funès l’a dit!

Nous l’avons tous vu dans «Le gendarme de Saint-Tropez», en «Rabbi Jacob» ou encore dans «Le corniaud» ou «La grande vadrouille». Son visage et ses mimiques font partie du patrimoine cinématographique et comique français. Un jour qu’il était en tournage en Espagne («La folie des grandeurs»), son épouse qui l’accompagnait lui fit remarquer combien depuis qu’ils avaient quitté la France, il avait l’air particulièrement paisible et joyeux. Réfléchissant à cet heureux état de fait, il parvint à la conclusion qu’il ne pouvait y avoir qu’une seule raison à cela : Ne comprenant pas un traître mot d’espagnol, il n’écoutait plus les nouvelles à la radio ou à la télévision et ne lisait plus la presse locale. Sa vie et son humeur avaient radicalement changé depuis le jour où il avait cessé de tourner le bouton du «poste» à l’affût des nouvelles du matin… Et en fait de nouvelles, il avait vite compris qu’on pouvait très bien vivre sans connaître l’évolution du dernier procès d’assises à sensation, sans rien savoir du décompte indécent du nombre de victimes de la dernière catastrophe, et sans être au courant des «petites phrases assassines» proclamées la veille par un politicien connu. Oh, cela ne signifiait nullement qu’il se désintéressait de la marche du monde, et de son cortège de joies et de malheurs, non. C’était pour lui une simple désintoxication de l’esprit… N’est-il pas vrai que l’habitude de se nourrir abondamment dès le matin de ce que l’humanité, ou notre pays ou notre région, recèlent de drames, de conflits, de procès et autres misères, constitue une sorte de drogue particulièrement nocive pour notre espérance. Il est bien difficile d’échapper à la tentation de «ne pas écouter» tant les médias nous pressent. Bien sûr, tout n’est pas rose, tout le monde n’est pas beau et gentil. Mais nous sommes libres, nous avons le choix de fermer nos oreilles à ce qui détruit, blesse, abîme, pour apprendre vraiment à ouvrir les yeux et à attendrir notre cœur. Une petite dose d’Évangile, un psaume ou un «Notre Père» pour ouvrir nos lèvres au réveil; une piqûre de rappel d’Espérance avec un «je vous salue Marie» en cours de journée, les moyens sont nombreux. La prière des moines, comme celle si bien traduite dans le film «Des hommes et des dieux» rythme les heures et les jours : C’est là, la source de communion, de force et de paix. Ne pouvons-nous pas y voir une interpellation pour nous? Le mois de février nous sort peu à peu de l’obscurité de l’hiver. N’est-il pas temps déjà de ranimer aussi en nous la chaleur et la lumière en posant des gestes décisifs? Et pas seulement parce que Louis de Funès l’a dit!

José GIERKENS, curé


JANVIER 2017: Insupportable violence

Ce matin, au moment de relever le courrier dans ma boîte aux lettres, mon voisin m’a interpellé. Le journal sous le bras, les yeux et le cœur remplis de tristesse et de colère mêlées, ses premiers mots me disent l’insupportable. Oui, les images des journaux lui sont devenues insupportables: ALEP, la Syrie, enfants, hommes et femmes tués, familles persécutées, chrétiens chassés, assassinés… Chaque jour, un flot continu de destructions, de massacres, inonde les journaux télévisés… La violence semble s’être déchaînée partout… On terrorise à tour de bras. Est-ce donc si difficile de vivre ensemble? Est-ce donc si compliqué d’accepter que les autres soient différents de nous? Est-ce donc impossible de respecter ceux qui ne pensent pas comme moi? Est-ce donc si difficile de faire un pas vers l’autre? Est-ce donc impensable de chercher ensemble le bonheur et la paix? Et ne croyons pas que ces questions ne s’adressent qu’aux pays où règne la guerre. Cette insupportable violence est déjà en germe dans bien des paroles, en bien des attitudes…chez nous. Dans nos quartiers, dans nos familles, sur la route, les mots et les comportements ont parfois quelque chose de profondément destructeur. On a l’impression parfois que «l’autre», le « différent », presque par principe, me gêne. On en arriverait à dire qu’il n’aurait même pas simplement le droit d’exister, sinon hors de ma vue, sous prétexte qu’il m’empêche d’être heureux. Est-ce ce bonheur-là dont nous rêvons? Le pape François, loin d’être naïf, propose sa recette de «grand-père» pour vivre plus heureux et partager cette envie de bonheur. Parmi les ingrédients qu’il nous invite «à cuisiner» j’en relève trois: «Oublier rapidement le négatif» car le besoin de dire du mal de l’autre est la marque d’une faible estime de soi, et au lieu de se relever, on abaisse l’autre. «Respecter ceux qui pensent différemment» en osant le dialogue et en progressant dans ce dialogue. Et enfin, «Rechercher activement la paix» car la guerre détruit, et l’appel à la paix a besoin d’être crié! La paix n’est jamais la quiétude: c’est toujours une paix active! Voilà, en ce début d’année 2017, une belle recette pour devenir un «Top-Chef» de la paix ou un «Meilleur Pâtissier» du vivre ensemble… La violence n’aura pas le dernier mot et cela dépend aussi un petit peu…de nous.

José GIERKENS, curé


DÉCEMBRE 2016: RJUKAN, long hiver, petit moral

On a l’habitude de se plaindre du manque de luminosité de la Belgique, mais voilà qui n’est rien face à l’ensoleillement limité de certaines régions des pays scandinaves. RJUKAN est une petite ville norvégienne située à 150 km d’OSLO. Enfouie dans la vallée, son agglomération n’avait jamais connu le soleil en hiver. De septembre à mars en effet, les rayons du soleil étant trop bas pour surplomber la chaîne de montagnes à laquelle est adossée la ville, RJUKAN ne recevait pas une seule minute d’ensoleillement durant sept mois. Un hiver beaucoup trop long pour le moral de ses habitants! Pour sortir le village des ténèbres et ses habitants de la déprime, des ingénieurs ont réfléchi et ont décidé de placer d’immenses miroirs sur la montagne d’en face pour renvoyer les rayons du soleil au fond de la vallée. Et le miracle s’est produit! La vie des villageois a radicalement changé: le centre ville est devenu un lieu de rencontre ensoleillé où maintenant les enfants jouent tous ensemble. Et si Noël c’était d’abord cela, une longue attente récompensée et un plein de «lumière» qui change la vie… comme la naissance d’un enfant. Parfois, avouons-le, notre moral est bien petit, et l’hiver est si long, le ciel du monde souvent si gris… Alors, le plus beau cadeau qui nous est fait à Noël dans la crèche au pied du sapin n’est-il pas qu’un nouveau-né se donne à contempler ? Cet enfant est un miroir : regardez-le! Cet enfant, « l’Emmanuel » rayonne l’amour fou de Dieu pour nous. La lumière qu’il renvoie : essayez-la! Et… vous verrez! Heureuses fêtes à tous !

José GIERKENS, curé


 

NOVEMBRE 2016: Bonne nouvelle

Mais qu’est-ce que c’est ?

edito-2016-11

Un «mots croisés»? Bizarre…

Une œuvre d’art? étrange…

Un labyrinthe? Surprenant…

Un nouveau jeu? étonnant..

Un motif de décoration? Spécial…

Une énigme à décoder? Peut-être…

Alors pour en savoir plus, demandez autour de vous, à vos enfants, petits-enfants…

Mystère…

En tout cas, on peut dire qu’il en est un peu de même avec la Parole de Dieu…

Elle est accessible à tous, elle est destinée à tous, mais pour en percevoir toute la richesse et la profondeur,  il est nécessaire d’être… un peu équipé… et d’être… accompagné.

Notre équipement ?
Un cœur disponible et ouvert, une raison en éveil, une soif d’en savoir plus…

Notre accompagnement ?
Des frères et sœurs, une communauté chrétienne, un réseau de «chercheurs de Dieu».

Avons-nous une Bible à la maison? L’ouvrons-nous? Serions-nous intéressés de la lire avec d’autres?

Nous nous posons  parfois la question de savoir s’il reste du pain pour le repas du soir… pour nourrir nos corps. Et qu’en est-il pour la nourriture du cœur ? Avons-nous faim d’un «plus», d’un «mieux», d’un «autrement»?

Pourquoi à nouveau redire cela? Pas simplement parce que nous arrivons à la fin de l’année de la Miséricorde, (où tant de grâces ont été vécues à la Porte Sainte du Petit Lourdes !), mais tout simplement  parce qu’en ce temps nous sentons bien qu’il est nécessaire d’ «encore plus» dilater  et fortifier l’espérance, et cela, quelles que soient nos conditions de vie, nos difficultés de santé, quels que soient nos âges, nos questions et nos doutes. Tout simplement, parce que  «Dieu sauve», et qu’en ce monde si souvent troublé, qu’en nos vies parfois ô combien bousculées, nous avons bien besoin d’une Parole qui relève, encourage, apaise et réjouit, guérit et met en route ! Alors cette Parole (ou cette Bible), faites-nous cette joie de la demander !

                                                                        José Gierkens, curé


 

OCTOBRE 2016: Nous avons un trésor à transmettre

Je voudrais d’abord en ces pages exprimer ma reconnaissance à mon prédécesseur, l’abbé Joseph DESONAY.

Avec tout son cœur, son intelligence et sa foi profonde, il a œuvré, essayant, comme il le disait, de vivre au mieux ce qu’il avait à vivre, convaincu d’être un simple instrument entre les mains de Dieu, comme un «semeur itinérant» d’une Parole qui nous dépasse.

En arrivant ainsi dans ces Unités Pastorales de la Vallée du Geer et de Visé-Basse-Meuse, je reprendrai volontiers à mon compte aussi ce qu’il nous partageait; «La tâche qui nous est confiée est tellement importante qu’elle est quasi impossible; mais on ne me demande pas de sauver le monde; on me demande de faire ce que je peux et, dans la foi, je me dis que c’est Dieu qui sauve le monde ».

À vous tous, lecteurs de « BONNE NOUVELLE», je dis ma joie d’arriver au milieu de vous, chez vous, pour vous, humblement serviteur de ce trésor, comme le dit l’apôtre Paul, que nous portons dans un vase d’argile.

Au fil du temps, nous apprendrons à nous connaître, mais vous savez bien que l’arrivée d’un nouveau curé, d’un nouveau Doyen dans une paroisse ou un doyenné suscite souvent craintes et espérances: certains s’inquiètent (« Pourvu que rien ne change!« ), d’autres aspirent à de nouvelles initiatives, un nouveau souffle (« Enfin un peu de sang neuf!« ), d’autres enfin restent spectateurs (« Attendons et voyons! »).

Comme nous y invite le pape François, il y a à imaginer sans doute des choix missionnaires capables de transformer toute chose, afin que les habitudes, les styles, les horaires, le langage et toute structure devienne un canal adéquat pour le trésor que nous avons à transmettre.

Le message de l’évangile n’est-il pas avant tout une Bonne Nouvelle qui nous incite à aller toujours de l’avant, à ne pas nous installer, à être cette église «en sortie» vers les périphéries? Alors, avec vous, j’ose dire : « Allez ! en avant ! ».

José GIERKENS, curé-doyen