Textes de Pierre Vandenberg

Ces textes paraissent dans la revue mensuelle « Bonnes nouvelles » de la Vallée du Geer.

 

MODELER et INSUFFLER pour RESSUSCITER (BN d’Avril 2017)

Malgré les nombreux signes d’espérance que nous apportent les jours qui s’allongent, la nature qui reverdit et fleurit, les oiseaux qui se remettent à chanter, les innombrables gestes de service désintéressés et les signes d’amitié et de solidarité, notre monde est bien malade. Il est secoué en profondeur et placé devant des défis inextricables, des inégalités vertigineuses et des injustices criantes qui abîment tant l’homme dans sa quête de respect et de dignité, que notre sœur ‘la terre’ qui crie en raison des dégâts que nous lui causons.

Dans un monde à bout de souffle, il est temps de « REVENIR au BON AIR des ORIGINES» en recommençant à nous laisser modeler par Dieu lui-même et à respirer un souffle capable de transformer la poussière que nous sommes en nouvelle humanité, ce qui sera pour tous un chemin de Résurrection. »

Dieu souffle son Esprit de VIE sur chaque homme, et veut « continuer à le faire »… Il faut le laisser faire, car lui seul a «le pouvoir de nous sauver des autres types de souffle que sont toutes ces «attitudes asphyxiantes qui éteignent la foi, refroidissent la charité, et détruisent l’espérance » : «l’égoïsme»«les ambitions mesquines»«l’indifférence silencieuse»«les paroles vides de sens»«la critique grossière et rapide»«les analyses simplistes… ».

Entrer en Carême, c’est être prêt à dire «Non, ça suffit» à cette «asphyxie» qui «étouffe l’esprit, réduit l’horizon et anesthésie les battements du cœur». C’est être prêt à «quitter l’air auquel nous sommes habitués», air de tristesse et de résignation, air étouffant de panique et d’hostilité, pour un «autre air» qui nous rappelle «notre condition d’origine» : Nous avons été tirés de la terre, nous sommes faits de poussière. Oui, mais poussière dans les mains amoureuses de Dieu qui souffle son Esprit de vie sur chacun de nous.»(Pape François, 1er mars, mercredi des cendres)

Le souffle en nous s’épuise si souvent, au point que nous, et le monde qui nous entoure, sommes si souvent à bout de souffle. Nous sommes comme une terre assoiffée !

Que le Seigneur ne nous cache pas son visage. Qu’Il nous montre le chemin que nous avons à suivre. En Lui nous avons un abri sûr, car son souffle est bienfaisant ! Dans ce monde à bout de souffle…Oui ! Réponds, Seigneur, à nos appels… fais-nous vivre pleinement. (psaume 142)

Joyeuses fêtes de Pâques

Pierre VANDENBERG.

 


LES ARBRES QUI DEMANDENT UN ROI (BN de mars 2017)

Ces derniers temps, dans plusieurs régions du monde, mais aussi tout près de chez nous, la terre, notre maison commune, est bien secouée… un vrai tsunami. Les revenus, les richesses et les pouvoirs de certains, qui ont mission de se soucier de l’organisation de la vie en société, semblent bien mal répartis et utilisés pour se servir plutôt que servir. Et pourtant en cette époque de la montée des inégalités, la pauvreté qui en résulte ne peut être éradiquée que par le partage équitable de la richesse. C’est certainement un des plus grands défis mondiaux et une condition indispensable au développement humain intégral dans la vérité de l’amour. «Toutes les activités humaines, y compris les activités d’entreprises, économiques, sociales, politiques, culturelles, religieuses, peuvent et doivent être un exercice de la miséricorde qui est participation à l’amour de Dieu pour les hommes.» (Pape François aux entrepreneurs et dirigeants chrétiens). Ces situations me font penser à la parabole de l’Ancien Testament qui parle «des arbres qui demandent un roi » (Juges 9, 8-15) Cette fable nous raconte les heurts et malheurs du peuple élu installé en terre promise et qui oubliait Celui qui les avait libérés du joug des Égyptiens et accompagnés dans leur longue marche à travers le désert. « Les arbres désirant un jour un roi dirent à l’olivier : sur nous viens régner ! Moi ! Mon destin n’est-il pas de produire de l’huile ? À Dieu comme aux humains ne suis-je pas utile ? Irais-je m’agiter et prendre du souci pour le plaisir et l’intérêt de commander? Merci. Ils allèrent offrir le sceptre qu’il dédaigne au figuier son voisin : toi, sur les arbres règne. Le figuier répondit: je donne mon produit, pourrais-je refuser la douceur de mon fruit et quitter le repos que le destin me donne pour l’éphémère éclat d’une vaine couronne ? Ils dirent à la vigne: et toi ? Règne sur nous. La vigne répondit : quoi! Pour régner sur vous devrais-je renoncer à ma liqueur divine, la santé, le régal de l’humaine poitrine ? À l’épineux buisson le sceptre fut offert qui s’empressa de semer la détresse et la guerre.» (A. de MONTVAILLANT) La mise au rancart, dans nos vies, de «Celui qui est chemin, vérité, vie» rend toute activité humaine et ses institutions bien fragiles et pleines de risques. Risques du bon usage de l’argent trompeur. Risques de l’honnêteté face à la pire des plaies sociales qu’est la corruption sous tant de formes subtiles. Risques du mensonge de celui qui cherche le profit personnel ou celui de son groupe sous les apparences d’un service rendu à la société. Risques de la fraternité due à tout homme car il est homme, en vertu de son éminente dignité. Il n’a pas fallu à l’évangéliste Luc une commission d’enquête pour évaluer les revenus et les jetons de présence de Zachée, collecteur d’impôts de JÉRICHO, car tous murmuraient, parlant de Jésus: «Il est allé loger chez un pécheur». Et le riche chef des publicains déclara résolument: «Je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je lui rendrai le quadruple». (Luc 19,8) Zachée eut l’audace de mettre les choses à plat en grimpant sur un sycomore, sans peur d’être vu par la foule qui connaissait ses pratiques, et il osa se laisser voir par Celui qui avait vraiment autorité pour mettre de l’ordre dans les affaires de ce temps-là. La conclusion de l’événement fut: «Aujourd’hui cette maison a reçu le salut, car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ». (Luc 19,9-10) À chacun(e), en ce temps de carême, de choisir son arbre, afin qu’à travers ses activités entrepreneuriales, l’éclairage de l’évangile lui permette de faire les bons choix.

Pierre VANDENBERG.

 


L’HOMME EN CHEMIN (BN de février 2017)

Lumières et feux d’artifice sont éteints! Guirlandes, paillettes, personnages des crèches, sapins, tout est remisé au grenier ! L’homme se remet en chemin, il trinque dans le quotidien des rencontres à travers joie, espoir, tristesse et angoisse. Il y a tant d’hommes sur nos chemins, tous à la recherche du nécessaire qui fait vivre, grandir, aspirer à un développement humain intégral, en famille et en société. Le programme ‘GPS’ est contenu dans l’encyclique du pape François «Loué sois-tu» et dans son exhortation apostolique «la joie de l’amour», textes qui sont le reflet des petits et grands enjeux de notre monde en perpétuel mouvement. Tant d’hommes en chemin tombent aujourd’hui comme hier dans les filets des brigandages de toutes sortes. Ils se trouvent dépouillés, roués de coups, laissés pour morts dans les fossés du monde…sur les dangereux chemins ‘de JÉRUSALEM à JÉRICHO’ qui passent par nos villes et nos villages. Comme pour le bon samaritain de l’évangile, c’est à partir de ces situations, souvent dramatiques, d’appel au secours, que nos communautés d’Église sont interpellées. «La seule véritable façon d’aimer Dieu c’est d’aimer l’homme, et les vraies causes de la misère ne résident pas dans ceux qui la vivent.» Pour certains, cela s’appelle ‘solidarité’, pour d’autres ‘compassion’ et pour d’autres encore ‘charité’. Toutes celles et tous ceux qui s’arrêtent pour entendre les ‘cris du monde’ et se font proches de l’homme blessé, tout en s’organisant pour le remettre debout, entendront un jour se dire, avec surprise peut-être: «Venez vous asseoir à la droite de Dieu en qui vous croyez ou non.» (évangile de St Matthieu 25). Viens donc faire la fête avec nous, et «réjouis-toi, si, selon le monde, tu es fou, faible, d’origine modeste, méprisé, compté pour rien, car te voilà choisi par Dieu pour réduire à rien ce qui est: celui qui veut être fier, qu’il mette sa fierté dans le Seigneur.» (1Cor.1,26-31) L’Église de demain sera composée de celles et ceux qui se seront laissé ‘ramasser’ par le Christ sur les bords des routes du monde. «Ah, comme je voudrais une Église pauvre et pour les pauvres !» répète le Pape François. Lutter contre toute indifférence: se faire proches – se sentir concernés – prendre en charge – réparer ce qui est brisé – réchauffer ce qui est froid – redresser ce qui est faussé – abattre les murs qui séparent – jeter des ponts pour unir – réintégrer les exclus – rendre force aux mains fatiguées et aux genoux qui fléchissent… Tout cela est à la fois une tâche et une mission exaltante des disciples du Christ. Ils se font ainsi ‘porteurs sans frontière’ de tout homme agressé, victime d’exclusion, d’injustice ou d’inégalité.

Pierre VANDENBERG

 


L’ESPÉRANCE FOLLE (BN de janvier 2017)

Au milieu de toutes nos grisailles, la solidarité, que vivent nos contemporains, est loin d’être un tas de cendres froides. Il y a partout des signes d’espoir, des braises enfouies que l’on voit rougeoyer et qui raniment le feu. Des cœurs, touchés de compassion, s’enflamment pour l’attiser et le nourrir. C’est une grande espérance qui anime notre monde, des plus jeunes aux plus âgés, de philosophies et de religions diverses, et les font agir. Le mot «ESPÉRANCE» claque comme un étendard qui flotte à la face de nos grisailles et de nos déprimes.

C’est l’espérance qui nous tire quotidiennement en avant. Elle habite le cœur de l’homme depuis toujours, elle fonde sa foi et produit la solidarité.

Elle n’est ni une vaine utopie, ni une belle idée déconnectée des réalités. Elle est tissée de petits faits, de gestes simples, de regards multiples et différents. Elle est une manière d’envisager le monde avec lucidité.

Elle nous fait miser sur les forces de Vie, envers et contre toute forme de mort. Elle est l’antidote au stress et à la résignation. Elle nourrit et redresse l’homme courbé, fortifie les mains défaillantes, affermit les genoux qui fléchissent. Elle rend possible la traversée de déserts arides. Elle change notre regard sur le monde en vue de le faire bouger. Elle fait mordre la poussière à ceux qui siégeaient dans les hauteurs. Elle est comme une flamme qui réchauffe, un feu qui embrase.

Elle fait voir les aveugles, entendre les sourds et parler les muets. Elle est comme une lumière qui éclaire nos journées maussades et leur donne sens. Elle redonne confiance à tout homme en situation d’échec. Elle donne droit aux exclus d’envisager l’avenir. Elle redonne souffle à l’homme fatigué. Elle fait ‘donner sa vie’ pour ceux qu’ on aime.

À Noël, l’Espérance a pris visage d’homme et est devenue «Quelqu’un d’entre nous». Nous pouvons compter sur Elle, sur Lui, car Il marche avec nous sur toutes nos routes, jusqu’à la fin du monde.

À Pâques, grâce à sa mise à mort et à sa résurrection, le monde entier, de «poubelle d’humanité» devient «vitrail d’éternité».

« Croyez-vous que je peux faire cela ? » demanda Jésus. Ils lui répondirent : «Oui, Seigneur.» Alors Il leur toucha les yeux en disant : «Que tout se passe pour vous selon votre foi ! » Et leurs yeux s’ouvrirent. (Mt 9,28- 29)

« Il y a sur terre des gens qui s’entre-tuent, c’est pas gai, je sais.
Il y a aussi des gens qui s’entre-vivent, rejoignons-les ! » (J. PRÉVERT)

Pierre VANDENBERG.


NOËL, L’HEURE DES CHOIX! (BN de décembre 2016)

Le moment est venu au Vatican, dans toutes les cathédrales du monde et dans les lieux privilégiés comme BANNEUX et BASSENGE, de fermer les portes-saintes de la miséricorde qui avaient été ouvertes il y a un an. Ce geste symbolique a permis sans aucun doute, à bien des gens qui ont franchi ces portes avec foi, de prendre conscience qu’il était temps d’ouvrir leur cœur aux autres et au Tout-Autre. Un long «Avent» en quelque sorte pour «préparer à travers le désert et tracer dans les terres arides de la vie quotidienne une route aplanie pour le Seigneur qui vient à notre rencontre» (Isaïe 40,3). L’enfant de Noël nous arrive en effet ‘sur la paille fraîche pour libérer les hommes de toutes leurs peurs’. Ces derniers jours, en visite chez un couple d’amis, j’admirais discrètement l’épouse qui ne cessait de prendre soin de son mari tout au long de la soirée en lui enlevant délicatement les ‘ploumtchons’ (petits flocons de laine) qui couvraient son chandail. Par son geste, elle voulait que soit parfaitement présentable celui qu’elle aimait, et lui se laissait faire. Quel amour ! Cette scène de ‘miséricorde’ me fit penser au Pape François. N’y allant pas avec le dos de la cuillère, il se montre partout et en tout temps soucieux, par ses paroles et ses actes, de la beauté de l’Église. Il la veut pauvre avec les pauvres et proche des petits et des exclus. Son souci permanent est d’enlever du manteau de celles et ceux qui se disent disciples de Jésus les ‘ploumtchons’ d’une autre ampleur qui se sont amassés tout au long des âges et couvrent la coque du navire. Ils empêchent le monde à qui elle s’adresse de voir le vrai visage de l’Évangile, celui du Divin Enfant qui vient remettre l’homme debout. Quel amour ! Quelle miséricorde qui emprunte à la fois les sentiers, les carrefours et les autoroutes du monde face à tous les grands défis, afin que « la Vie l’emporte sur la mort! » Ces derniers jours, François met en œuvre les grands moyens. Il dénonce avec détermination le terrorisme de l’argent qui atrophie le monde et propose l’austérité comme mode de vie. Il promeut un développement « humain, intégral, respectueux de la création ». Il invite chez lui celles et ceux qu’il appelle les « poètes sociaux » pour une 3ème rencontre mondiale des mouvements populaires. Il décrète un véritable «Jubilé des personnes en grande précarité, souffrant de toutes sortes d’exclusions»: trois jours de solidarité, avec «une grande veillée de la miséricorde» sur le thème : « Dieu console! Dieu pardonne ! Dieu espère ! ». Ce festival européen de la joie et de la miséricorde, à l’appel du mouvement ‘Fratello’, vise à « créer un moment spécial de fraternité ». Il veut ainsi montrer que la place légitime des plus vulnérables de la société est au cœur de l’Église et non à ses marges ». Que de portes fermées et de cœurs verrouillés se sont ouverts chez les uns, pendant que d’autres s’acharnent à élever des murs ou à supprimer des cours de religions. Face à tous les terrorismes, il est l’heure de «passer des conflits à la communion», car les béatitudes sont bien la carte d’identité des chrétiens. «La miséricorde est le meilleur antidote contre la peur. Elle est bien meilleure que les antidépressifs et les anxiolytiques. Beaucoup plus efficace que les murs, les alarmes et les armes. Et c’est gratuit, dit le Pape, car c’est un don de Dieu. » En ce temps d’Avent et de Noël, affrontons donc la terreur avec les armes de l’écoute attentive, de la proximité fraternelle, de la joie et de la tendresse des semeurs d’amour et d’artisans de développement humain intégral.

Joyeux Noël et Bonne année!

Pierre VANDENBERG.



ÉTERNELLEMENT HEUREUX (BN de novembre 2016)

Revoici la saison de la cueillette des pommes sur les hautes et basses tiges. Le temps des grands vents, du gaulage des noix, des marrons chauds, des noisettes, des prunelles, des feuilles mortes qu’on ramasse à la pelle, du brame des cerfs, des jours qui raccourcissent et des chauffages qu’on rallume. La nature se prépare au repos après nous avoir donné toutes les saveurs du grain dont est fait le pain et des vendanges produisant le vin. Les croyants, selon leur audace et leurs convictions, feront de ces fruits de la terre et du travail des hommes, des signes vivants qui nourriront leur dimension d’éternité.

Toussaint, jour des morts, célébrations des victimes des guerres passées, les visites des cimetières nous remettront en mémoire les visages et le vécu de celles et de ceux qui nous ont précédés. Elles raviveront le souvenir de celles et de ceux grâce à qui nous sommes là, tels que nous sommes. Ces foules immenses de témoins voient déjà et contemplent en direct les réalités du Royaume, car celui-ci n’est plus pour eux un mystère. Tout au long de leur existence, ils se sont laissés façonner par la Parole du Seigneur, ils sont passés au crible de sa passion et ont pris part à sa résurrection. Après avoir traversé cet immense champ de luttes qu’est le monde, les voilà rassemblés dans la maison du Père pour avoir bu la coupe de l’amour partagé.

À leur suite nous avons tous besoin qu’un grand souffle, venant de Dieu, nous arrache à nos petitesses et à nos étroitesses, pour nous faire communier à nouveau à la source de la vie et à l’amour créateur. Tout homme est en effet appelé à devenir ce qu’il contemple.

Ils sont nombreux les bienheureux
qui n’ont jamais fait parler d’eux
et qui n’ont pas laissé d’image…

Tous ceux qui ont, depuis des âges,
aimé sans cesse et de leur mieux
autant leurs frères que leur Dieu !

 Ceux dont on ne dit pas un mot,
ces bienheureux de l’humble classe,
ceux qui n’ont pas fait de miracles…

Ceux qui n’ont jamais eu d’extase
et qui n’ont laissé d’autre trace
qu’un coin de terre ou un berceau !

Ils sont nombreux ces gens de bien,
ces bienheureux du quotidien
qui n ‘entreront pas dans l’histoire.

Ceux qui ont travaillé sans gloire
et qui se sont usé les mains
à pétrir, à gagner le pain.

 Ils ont leur nom sur tant de pierres
et quelquefois dans nos prières,
mais ils sont dans le cœur de Dieu !

Car quand l’un d’eux quitte la terre
pour gagner la maison du Père,
une étoile naît dans les cieux !

Eternellement heureux, éternellement heureux, dans ton Royaume! (W72-R. Lebel)

Pierre Vandenberg.


 

L’ENVERS DU MIROIR (BN d’octobre 2016)

L’année sociale, avec son lot d’événements quotidiens, était à peine entamée, que nos bateaux quittaient le port et se mirent à naviguer. Larguer les amarres, foncer en haute mer, affronter les vagues et les vents contraires qui soufflent en rafale et risquent de nous faire chavirer.

Pour les uns, c’est la chasse aux «pokémons» qui fait courir petits et grands après du vent à la recherche de «virtuel». Pour d’autres, c’est un ouragan dévastateur à la manière d’une bombe qui explose et anéantit leur entreprise. Cela jette celles et ceux qui y travaillent, les sous-traitants et la population d’une vaste région dans l’angoisse du lendemain, et en font des réfugiés à la recherche d’une vie meilleure.

Pour d’autres encore, c’est la rentrée scolaire. Elle donne à certains partisans du «cours de citoyenneté» l’occasion de déclarer la guerre à ceux qui, grâce aux cours de religion ou de morale, sources de paix et de vivre ensemble, veulent, par des chemins divers, se relier aux autres et même au «Tout-Autre».

La liste pourrait être bien longue d’événements marquant l’actualité et coupant les ailes aux hommes de bonne volonté en recherche de liberté.

Et pourtant : «Le filet de l’oiseleur, du chasseur qui cherche à détruire, pourrait se déchirer et la diversité d’oiseaux que nous sommes reprendre leur envol et leur liberté. Nous pourrions à nouveau marcher sur les vipères et les scorpions, écraser le lion et le dragon, sans que nos pieds ne heurtent les pierres. Car : «Ils m’appellent, dit Dieu, Moi, je leur réponds, je suis avec eux dans leurs épreuves. Je veux les libérer, les glorifier, les rassasier, et je ferai qu’ils voient mon salut» (Psaume 9O)

Les occasions sont en effet très belles de fai-re se lever une armée de «volontaires de la miséricorde».

« Que la miséricorde soit le ‘sel’ qui donne la saveur à chacune de nos œuvres et la ‘lumière’ qui éclaire les ténèbres de ceux qui n’ont même plus de larmes pour pleurer leur pauvreté et leurs souffrances. Notre unique critère d’action est l’amour gratuit, libre de toute idéologie et de tout lien et offert à tous sans distinction de langue, de race ou de religion. » (Paroles du Pape François à l’occasion de la canonisation de mère Térésa de Calcutta).

«Il est temps de remonter l’horloge de la conscience, pour ne pas rater d’être à l’heure de la fraternité. »

Seigneur, enseigne-nous tes chemins et nous irons par tes sentiers. (Isaïe 2,3)

Pierre VANDENBERG.

 


 

MÉDAILLE D’OR,D’ARGENT, DE BRONZE (BN de septembre 2016)

Quel festival de courses aux médailles, aux couronnes de laurier, fut le temps des vacances! Le mondial de football, le tour de France cycliste, les jeux olympiques à RIO. Quelle somme d’efforts, d’énergie, de transpiration, d’angoisse, d’espoir, d’exultation des gagnants et de larmes des déçus, sans oublier les supporters et les téléspectateurs. Nous avons tous vibré pendant ces jours, et nous nous sommes découverts, non seulement comme des habitants de notre petite localité, mais des vivants aux dimensions de la planète. Nous savons cependant que ces médailles, ces lauriers, sont l’affaire d’un moment, gloire passagère, denrée périssable, à consommer tout de suite, car elles sont d’une grande fragilité vu les dates de péremption… «victimes des voleurs qui approchent, de la rouille qui ronge, des mites qui détruisent… car là où est notre trésor, là aussi est notre coeur. (Luc 12,33) «Dans les courses du stade, tout athlète se prive de tout pour obtenir une couronne périssable. Courons donc pour une couronne impérissable et pour ne pas être disqualifiés» dit saint Paul aux Corinthiens (9,24-27). Maintenant que nous voilà revenus sur la terre, dans un monde qui risque de nous immuniser, de nous endormir, de nous anesthésier contre les tragédies des autres, en cette nouvelle année sociale, nous sommes invités à être les athlètes du quotidien, dans les stades familiaux, professionnels et lieux d’exercice de notre citoyenneté. Faire appel aux énergies et aux potentialités qui sont en chacun(e) d’entre nous en vue de construire un monde plus juste et plus humain. Se faire exploser d’esprit de service et de joie de vivre communicative, plutôt qu’être semeur de violence et de mort; voyez combien les journées mondiales de la jeunesse (JMJ) à CRACOVIE furent une vraie «mosaïque de fraternité». En effet, «l’homme ne descend pas seulement du singe, mais du songe qu’est le rêve de Dieu pour le bonheur de tous.» Au delà du péket et du folklore des festivités du 15 août, la fête de l’Assomption de Marie, nous rappelle qu’elle courut, elle aussi, rapidement au-delà des montagnes pour assister sa cousine Élisabeth prête à accoucher. Toutes deux allaient mettre au monde des garçons exceptionnels qui changeront la face du monde: «Il a renversé les puissants de leurs trônes et élevé les humbles.» «L’attente de la vie éternelle ne dispense pas de l’engagement pour rendre le monde plus juste et plus habitable. Il s’agit d’œuvrer pour améliorer les conditions de la vie terrestre, spécialement des frères les plus faibles. La vie est une veillée d’attente active qui demande d’être prêts, éveillés, engagés au service des autres. Ah! Si tous les athlètes se battaient pour la «solidarité», plutôt que pour les médailles ! » (Pape François) À chacun(e) d’être, là où il vit, l’athlète du quotidien, non pour des couronnes de laurier, mais pour que tous aient la vie en abondance.

Pierre VANDENBERG.


 

GLANER ET GRAPPILLER (BN de juin 2016)

Voici le temps des vacances, le temps de flâner, de se détendre, de vivre autrement. Voici le temps de glaner les fruits de la terre et du travail de Dieu et des hommes. Voici le temps de grappiller les œuvres, les paroles-chocs qui interrogent, remettent les choses en place et font vivre.

Voici déjà quelques-unes de ces perles du Pape François,
qui n’a pas sa langue en poche ; elles sont piquées parmi les multiples interventions qu’il a faites dans diverses circonstances.

« Le pape n’est pas … une sardine !»

Parlant de sa papamobile : « Comment voulez-vous que je dise et fasse sentir aux gens que je les aime depuis une boîte à sardines? »

« Les chrétiens ne sont pas… des ‘saintes-nitouches’ ! »

La piété, c’est autre-chose que de la bigoterie, que du ‘faire semblant’. C’est un don de l’Esprit qui nous fait grandir et vivre comme enfants de Dieu. Ils ont à offrir ce cadeau à celles et à ceux qu’ils rencontrent. La prière nous rend capables de nous réjouir avec ceux qui sont dans la joie et de pleurer avec ceux qui pleurent.

« L’Église n’est pas… une maison de location ! »

Si tu y entres… que ce soit un libre choix fait par amour. Quand tu y es, que ce soit entièrement, pas ‘un pied dedans et un pied dehors’.

« L’Église n’est pas … une mère stérilisée ! »

On peut et doit la rajeunir… non pas en allant voir un chirurgien esthétique, mais en lui donnant de nouveaux enfants nourris d’Évangile.

« Les chrétiens ne sont pas… des bulles de savon ! »

Celles-ci sont belles, mais éphémères. Tandis que, concernant nos défauts, il s’agit de nous laisser éplucher comme des oignons.

« Les chrétiens sont… un peu sots !»

Il leur est conseillé d’ aimer leurs ennemis ! De ne rien refuser au plaisir de ceux et de celles qui leur cassent les pieds ! À prêter sans espérer de retour ! À bien choisir entre Dieu et l’argent ! À présenter l’autre joue si on lui tape dessus ! À faire du bien sans intérêt ! Il faut vraiment accepter d’être un peu fou aux yeux du monde.

« Dieu n’est pas… un magicien ! »

Il ne fait jamais les choses d’un coup de baguette magique. « Il a créé le monde en se retirant. » (HOLDERLING) Il confie aux humains sa création et les rend responsables de leur histoire. Puisqu’ Il leur fournit les semences, c’est à eux de cultiver le jardin, les légumes, pour faire la soupe nourrissante pour tous.

« Les chrétiens ne sont pas… du vin coupé d’eau ! »

Tous sont appelés à prendre part aux noces de CANA et à faire la fête en buvant le vin de qualité. Insérés dans les réalités culturelles, économiques et sociales de leur temps, ils seront attentifs à ne pas changer le précieux liquide en vinaigre.

«L’Église… n’existe pas pour elle-même! » (prix Charlemagne, le 6 mai)

Face à une ‘Europe-grand-mère’ vieillie et fatiguée, devenue stérile et sans vitalité, l’Église doit contribuer à sa renaissance dans l’esprit de ses fondateurs. Seule la richesse de vrais témoins pourra rendre à ses racines l’eau pure de l’Évangile. Elle renaîtra ainsi d’un nouvel humanisme, fondé sur les capacités d’intégrer, de dialoguer, de générer… afin que tous soient UN, qu’aucun ne se perde et que vous soyez comblés de joie. (Jean 17, 21)

Pierre VANDENBERG.


 

LE GESTE QUI PARLE (BN de mai 2016)

Quand des cœurs se ferment, quand des murs s’élèvent, des masses de frères et de sœurs en détresse sont refoulés. Les politiques sont partagés entre accueil et rejet selon la technique du ping-pong, et des êtres humains, des migrants, perdent vie et dignité. Ce sont les scènes auxquelles nous assistons au point d’en être parfois les complices silencieux.

Joignant le geste à la parole, le pape François, sacrifiant au rituel du Jeudi-Saint, s’agenouilla fraternellement devant ces hommes, ces femmes, ces enfants, victimes de ce grand marché, et il leur lava symboliquement les pieds avant de les embrasser amoureusement. Geste ‘clin d’œil’, qui parle et envoie un message. Là où l’humanité est humiliée, rejetée, piétinée, dans ce qui fait sa dignité, un geste de miséricorde est posé publiquement aux yeux du monde et répercuté par les media.

Y aurait-il une manière plus claire et plus percutante de remettre l’Évangile au cœur du projet chrétien au service du monde ?

« Un rite ancien prend tout son sens lorsqu’il est posé face à des réalités de vie quotidienne. C’est une manière de jeter les bases d’un christianisme vivant, plus lucide, généreux, rénové, accordé à la modernité. Face aux peurs de toutes sortes, naîtra alors une nouvelle espérance et une grande joie pour l’avenir des peuples » dit Jean Claude GUILLEBAUD.

«Parce que Dieu a tant aimé le monde » (saint Jean 3,16), les communautés de foi chrétienne doivent aller à la rencontre de ce monde tel qu’il est et donner une interprétation valable et efficace de ce que les gens vivent dans leurs réalités personnelles et collectives, sinon leur place sera au musée, du folklore, une histoire du passé. » selon Maurice BELLET.

Il y a tant de portes blindées à ouvrir, afin que tout homme soit remis au centre de l’histoire dans laquelle Dieu lui-même chemine; mais faut-il encore que ces portes une fois ouvertes, nous osions les franchir !

« Aimer de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces », c’est œuvrer à inculturer le message, discerner, dialoguer, rencontrer, inclure, se soucier par le cœur, paroles et actes, dans une Église en sortie d’elle-même pour aller vers celui qui ne la fréquente pas, ou plus, ou qui est marqué par l’indifférence.

À l’heure où «l’arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse» (proverbe africain) des «missionnaires de la miséricorde», de toutes convictions, se comptent déjà par milliers sur les routes du monde et agissent, souvent dans la discrétion, en «acteurs d’humanité» sur tous les terrains.

Aujourd’hui où, face à tous les dangers, on apprend «les gestes qui sauvent», l’essentiel n’est-il pas de «nous laver les pieds les uns les autres »?

Cela constitue tout un programme longuement et concrètement développé dans la toute nouvelle «exhortation apostolique» du pape François intitulée «La joie de l’amour», l’amour dans la famille.

Pierre VANDENBERG.

P.S. : Le document «amoris laetitia – la joie de l’amour» est accessible gratuitement par internet.


 

LE DOIGT DE DIEU (BN d’avril 2016)

« Tu seras une couronne brillante dans la main du Seigneur, un diadème royal entre les doigts de ton Dieu. » (Cantique d’Isaïe 62,3)

S’entendre dire cela à l’aurore ne peut qu’être prometteur pour la journée.

Dieu, que nul n’a jamais vu, a donc des doigts, puisqu’on dit que le monde est sorti de sa main. En tout cas, son Fils, qui a pris corps dans notre humanité, se sert de ses doigts pour, entre autres, écrire sur le sable, toucher des lépreux sans crainte de contagion, ou pour expulser une armée de démons, mauvais conseillers de vie et de bonheur (Luc11,15). Le mot « diable-diabolos » signifie en effet étymo-logiquement: «qui divise, désunit, empêche les hommes d’avancer vers la plénitude de vie, vers le bonheur ».

Un jour, sur les chemins de Palestine, Jésus rencontra un «homme muet». Il ne le guérit pas, mais, de son doigt, chassa ce qui l’empêchait de parler, déverrouillant ainsi les cadenas qui l’enfermaient dans son silence. Résultat : l’homme se mit à parler, au point que «les foules furent dans l’admiration». On peut s’imaginer que le muet était né comme cela, ou qu’il avait mal aux dents ; peut-être qu’une arête de poisson lui était restée dans la gorge. Mais aussi, plus grave, des circonstances ou des personnes l’empêchaient-elles d’ouvrir la bouche et de se faire entendre ? Peut-être le muet, le sans-voix, avait-il peur de perdre son emploi s’il revendiquait plus de dignité ou des ‘papiers’ lui permettant d’être régularisé ? Autant de raisons qui rendent aujourd’hui muets non seulement un homme, mais des foules silencieuses, dont on se méfie ou que l’on veut tenir en esclavage. Que penser en effet de tous ces ‘muets’ pris dans les filets de la peur et se taisant devant une poignée de nantis exerçant leur pouvoir, ou bien devant des passeurs ou des dictateurs sans scrupule?

Ils sont heureusement nombreux les mouvements et organisations qui militent, jour après jour, pour s’attaquer aux obstacles qui empêchent les hommes rendus muets de parler librement. Ils leur fournissent les outils nécessaires pour communiquer, organiser la solidarité, lancer leurs cris de détresse, revendiquer leur dignité face à tous ceux qui construisent des murs plutôt que des ponts et divisent au lieu de rassembler. Ne sont-ils pas les «doigts de Dieu» qui expulsent les démons de toutes sortes et permettent ainsi aux exclus de la parole de se faire entendre.

«J’ai entendu les ‘CRIS’ de mon peuple, dit Dieu. Je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer, alors VA! Toi aussi !» (Exode 3,7-8)

Durant les cinquante jours du «temps pascal», de Pâques à la Pentecôte, vont nous être rap-portés les récits passionnants des «Actes des Apôtres». Ceux-ci nous montrent le «Ressuscité à l’action» à travers des communautés de croyants. À nous de rester branchés sur l’actualité de la vie du monde et sur l’Esprit du Vivant pour en écrire de nouvelles pages !

Pierre VANDENBERG.

 


 

 

NAÎTRE ET RENAÎTRE NOUVEAU (BN de février 2016)

« Comme il est beau de voir courir sur les montagnes les messagers qui annoncent la Paix…la Bonne Nouvelle…le Salut ! » (Isaïe 52,7)

Il arrive si souvent que la grisaille, la morosité, le goût du néant envahissent notre monde. Chaque jour, la course au seul profit pour une minorité fait des ravages. La terre, la vie, semblent devenir insipides et vides de sens. La lumière paraît s’éteindre dans nos vies quotidiennes. Qui nous fera voir le bonheur?

L’histoire quotidienne de notre monde est cependant remplie de visages, de la présence agissante d’hommes et de femmes au souffle ardent. Ils sont prêts à toutes les aventures qu’appellent l’écoute, la miséricorde, la solidarité.

Remplis d’une force tranquille et de convictions solides !

Passionnés de tout ce qui est profondément humain !

Rassembleurs des victimes, des blessés, des exclus, des petits, des humbles !

Entraîneurs joyeux, remplis d’imagination et de créativité !

Artisans infatigables de justice, d’amour et de paix !

Militants de tous les temps et de toutes les latitudes !

Conscients de la patience qu’exigent les négociations, les concertations, afin que germe le grain pour une moisson abondante !

Mettons-nous à leur école. Ne restons pas cloisonnés dans les murs de nos villes fortifiées. Renversons les barrières et les murailles de nos craintes et préjugés. Vivons au rythme de l’ouverture, de l’accueil, du partage. Laissons se réveiller en nous la joie d’être «sel de la terre » et « lumière du monde ».

L’étoile a disparu, plus de signes dans le ciel.

Seul un enfant mort sur la plage, mais vivant sur la paille, révèle la présence d’un Dieu d’amour au cœur de l’humain !

Les Temples sont vides et fermés, plus de voix venant du ciel.

La Parole s’est faite chair et habite parmi nous.

Dieu-migrant inscrit son Nom au creux de nos mains ouvertes vers la vie !

Les jarres du vin de Cana sont vides, plus d’ivresse venant du ciel.

Partout se répand peur, pauvretés, violences, persécutions.

Dieu-hôte du quotidien, marche avec son peuple et fait jaillir la joie des noces

(Hymne F 161)

Pierre VANDENBERG.


 

 

DES SIGNES POUR VIVRE (BN de janvier 2016)

L’année de la miséricorde est un trousseau de clés pour ouvrir des portes: « Sur les habitants du pays de l’ombre et de la mort…une lumière a resplendi. » (Isaïe 9,1)

Dans une maison de repos et de soins (MRS) de la région, vit, depuis quelque temps et avec d’autres personnes, une dame âgée de 95 ans. Son état de santé ne lui permet plus d’habiter seule dans sa maison, alors qu’elle y fut longtemps accompagnée par ses enfants et un voisinage très attentionné. Comme tant de pensionnaires de son nouveau milieu, cette vieille mamy souffre de tous les handicaps dus à son grand âge: la vue qui baisse ne lui permet plus de lire ou de voir ses feuilletons préférés; son ouïe close aux bruits du monde l’écarte des conversations qui la passionnaient. Les genoux qui fléchissent et les mains qui tremblent marquent l’insécurité. Les nuits sans sommeil et les jours de longue attente lui mettent souvent le moral à zéro. Ce tableau me fait penser à la flamme vacillante d’une bougie prête à s’éteindre ouvrant sur l’éternité.

Mon passage dans cette maison me procura la chance d’assister en direct à un vrai miracle. Alors qu’elle ne s’y attendait pas, un de ses enfants, un papy d’âge respectable, arriva à l’improviste. Il eut la merveilleuse idée de se faire accompagner par sa ‘spitante’ petite fille de 5 ans, et l’heureux choc des générations eut bien lieu devant nos yeux émerveillés. Les questions et la bouillonnante vitalité de l’enfant, qui se mit à grimper sur les genoux de l’aïeule pour l’embrasser et lui faire des câlins, réveillèrent les forces de vie que l’on croyait disparues chez l’arrière-grand-mère: celle-ci se mit à converser, à rire et même à jouer avec l’enfant tout en fredonnant de vieux airs de sa jeunesse.

Une nouvelle béatitude, la neuvième, non de BEETHOVEN mais de l’Évangile en acte s’écrivit devant nous: «Heureux choc des générations qui fit jaillir, des profondeurs d’une vieille souche, la vie pour un monde nouveau.» Et la joie éclata alors chez tous ceux et celles qui peuplaient la salle de séjour.

Ah ! Quelle extraordinaire force de transformation que cet «Esprit d’enfance» peut provoquer dans nos structures grisonnantes, si nous nous laissons visiter et bousculer par les nouvelles générations !

À travers cette tranche de vie, pour les croyants nourris de l’évangile, c’est l’Enfant de la crèche lui-même qui révéla «son visage de miséricorde» et suscita, en ce temps de l’Épiphanie, une vraie «pépite de résurrection.» L’Esprit en personne me souffla au creux de l’oreille: «Confiance, vieille branche, ce bourgeon printanier capable du réchauffement climatique de ta foi, c’est Moi, n’aie pas peur.»

«Cette expression d’un amour de plus en plus intense et débordant est capable de nous faire faire de nouveaux progrès» ( Lettre de saint Paul aux Thessaloniciens 3,12)

En cette «année de la miséricorde», c’est Dieu lui-même qui ouvre la porte de son cœur. Il se manifeste et fait le ménage pour nous inviter à passer des ténèbres à la lumière, présence d’un «mystérieux Royaume» qui n’est pas loin de chacun d’entre nous.

Meilleurs vœux pour une nouvelle année de «signes par milliers.»

Pierre VANDENBERG.

 

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OPÉRATION ‘PORTES OUVERTES’ (BN de décembre 2015)

« Voici que je me tiens à la porte et je frappe; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi. » (Du livre de l’Apocalypse 3, 20)

Nous passons tous de nombreuses portes tout au long de notre vie, de notre naissance à la mort ; elle aussi est une porte vers la plénitude de Vie.

Dans le monde, il n’y a pas beaucoup de maisons sans portes. Celles-ci sont faites pour être ouvertes ou fermées selon les besoins et circonstances.

Le dimanche suivant la fête de l’Immaculée conception, qui se célèbre le 8 décembre, au Vatican, le pape François va ouvrir solennellement la porte de sa cathédrale. Il s’agira de marquer, de façon symbolique, l’ouverture de « l’ année de la miséricorde. »

La plupart des télévisions du monde vont filmer ce geste banal et marquer l’événement. Il s’agira d’annoncer d’une manière concrète une «Bonne Nouvelle» : Si le monde semble parfois perdre la tête, ses valeurs, ses repères, Dieu lui -même ouvre la porte de son cœur à toutes les joies, les espérances, les tristesses, les angoisses de nos existences quotidiennes, et Il ne nous oublie pas, parce qu’Il nous aime.

Il est bon qu’à certains moments on nous rap-pelle cette chose essentielle que nous sommes faits ‘incorruptibles’ et donc pour l’éternité. Nous pensons parfois que Dieu n’existe pas et que le ciel est vide, ou bien s’ Il existe, Il est en vacance et nous laisse tomber ou qu’ Il a d’autres priorités que les pauvres pécheurs que nous sommes. Même les églises sont fermées, il n’y a plus de prêtres et on ne bénit plus que les chevaux, les chiens et les smartphones. Même des responsables d’Église, sensés être près du soleil, se servent parfois les premiers, alors qu’ils sont là pour servir et laver les pieds de celles et de ceux qui leur sont confiés. Attention! Ne nous trompons pas d’image de Dieu ! Le temps est venu d’annoncer l’Évangile dans toute sa radicalité dans des langages que tous comprennent: «Ouvrons nos portes et nos cœurs, et témoignons par des actes, que l’Évangile libère chaque homme et l’humanité tout entière de toute forme d’esclavage, tant d’hier que d’aujourd’hui, et proclamons bien

haut la dignité fondamentale de toute personne humaine. »

Dieu, qui nous rejoint à Noël dans la personne de son Fils Jésus, est «tendresse, miséricorde, lent à la colère et plein d’amour» nous disent et redisent le livre de l’Exode 34,6 et le Nouveau Testament, tout au long de l’histoire de l’Église.

Les jours et semaines qui suivront, à la suite du Pape François, les évêques de tous les diocèses du monde répéteront ce geste d’ouverture des portes de tous leurs édifices, et les prêtres ou les animateurs pastoraux dans leurs unités, les lieux et communautés vers lesquelles ils sont envoyés, feront de même. Puissent leurs paroles, actes et gestes quotidiens correspondre à cet appel d’air que constituent une porte ouverte et des cœurs branchés sur un nouveau monde à aimer.

À Noël, Dieu lui-même vient ouvrir à tous les hommes de bonne volonté les portes de son Royaume, à tous ceux et celles qui se reconnaissent pauvres et chercheurs du vrai bonheur, de la béatitude sans limite. L’Église, faite de communautés blessées sur le champ de bataille du monde, sera demain vraiment nouvelle, si elle prend conscience qu’elle est appelée et envoyée pour soigner les blessures de l’humanité. Sa mission est de les soulager avec l’huile de la consolation, de les panser avec la miséricorde, les soigner par la solidarité, la proximité, l’amour même qui ne peut venir que de Dieu. Lui seul est capable de réveiller nos consciences endormies, anesthésiées, face aux drames humains des sans toit, sans pain, sans travail, sans dignité, sans amour.

« Le Fils de l’homme est proche, à notre porte. » (Marc 13,29b)

« Que ta Parole toute puissante, Seigneur, fonde encore aujourd’hui en plein milieu de notre monde en détresse. » (Sagesse 18,15)

Joyeuses fêtes de Noël

Pierre VANDENBERG.

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SUR LES ROUTES (BN de novembre 2015)

Il l’appelait son ‘petit oiseau’. Avec elle, ils eurent deux fils. Elle, c’est Tsippora ou Sephora, une Égyptienne, noire de peau, fille de Habad, un Madianite descendant direct d’Abraham. Elle était, dit un écrivain, de la chair dont on fait les servantes et les esclaves, mais aussi les mannequins de la haute couture. Elle fut la seconde femme de Moïse quand celui-ci, après avoir tué un Égyptien qu’il cacha dans le sable, dut s’enfuir et fut accueilli dans une famille de Madian.

Sephora joua sans nul doute un rôle important dans la fabuleuse épopée de l’histoire du peuple hébreu qui chemina à travers le désert pendant quarante ans. Moïse, éveilleur du peuple et négociateur avec le pouvoir de l’époque, fut un guide fidèle et courageux, que l’on peut appeler un des plus grands ‘passeurs d’hommes’ de tous les temps. Au nom de Dieu lui-même, il mena le peuple d’une situation d’esclavage en Égypte vers la liberté qu’était la terre promise de Canaan.

Dans la famille de Moïse, les assiettes volaient bas : «Myriam, ainsi qu’Aaron, frère et sœur, se mirent à parler contre Moïse, à cause de cette femme koushite qu’il avait prise » (livre des Nombres 12,1). Déjà remplis d’idées pré-conçues, ils n’avaient de cesse d’éloigner Sephora et de briser leur union.

Cette situation aurait pu porter préjudice au héros libérateur, choisi par Dieu, pour affronter la férocité de Pharaon, puis l’enfer de la longue marche au désert, mais aussi l’autorité du gui-de du peuple de l’Exode.

L’histoire se répèterait-elle? Quand aujourd’hui l’affluence des peuples du Sud, bravant les dangers de la mer et des peuplades peu accueillantes, montent vers le Nord comme vers une terre rêvée idéale où coulerait à flot le ‘lait et le miel’.

«Accueillir l’étranger comme l’un des siens » ne va pas de soi. Des sondages officiels nous révèlent en effet que l’accueil de l’inconnu n’est pas une attitude spontanée. Ce qui semble naturel, c’est, au contraire, de le tenir à distance et de le percevoir comme une menace potentielle. Le reconnaître comme un frère relève du domaine du cœur, de la foi librement choisie:

« J’étais un étranger et vous m’avez accueilli » car « ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à Moi que vous l’avez fait » (Évangile de Matthieu 25,35).

Dans un très beau roman « Ulysse from Bagdad » Éric-Emmanuel SCHMITT, écrivain, décrit le sort de ces peuplades en recherche de vie meilleure et qui tentent de reconstruire leur vie ailleurs. C’est pour lui l’occasion de porter un regard sur la crise actuelle des réfugiés qui nous arrivent en masse : « Sur cette terre, on crée une humanité à deux étages : ceux qui ont le droit d’être là, et ceux qui n’en ont pas le droit. Cette distinction relève de la barbarie. Qui est plus légitime qu’un autre sur la Terre qui appartient au Créateur et l’a remise aux mains des hommes pour qu’ils la fassent fructifier? La barbarie parle fort; elle a des partis organisés. Je suis, dit-il, scandalisé par notre manque d’humanité ! »

«Dieu lui-même, dit Jean d’Ormesson de l’Académie française, devient étranger à nos vies d’Européens et se fait refouler, Il est bien bas dans nos sondages. Et pourtant, s’il fallait parier, je parierais plutôt pour Lui, que de parier sur les hommes, si malins et contents d’eux-mêmes» (Comme un chant d’espérance,

2014). Car, « Au milieu des chaos de hurlements sauvages, Dieu entoure son peuple, le garde comme la prunelle de son œil, marche avec lui. Tel un aigle, Il le porte sur ses ai-les» (Deutéronome 32,10 11)

Et le Pape François, soucieux de changer un système de société qui ne cesse d’exclure, dans son encyclique « Loué sois tu, n°112 » d’affirmer : « Il est possible d’élargir de nouveau le regard. La liberté humaine est capable de mettre la technique au service d’un autre type de progrès, plus sain, plus humain, plus social, plus intégral ».

Pierre VANDENBERG.

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UNE ÉTERNELLE NOUVEAUTÉ (BN d’octobre 2015)

Ces derniers temps, lors de la reprise du championnat de football, j’ai vu les joueurs foncer sur le terrain avec joie et détermination. Quel enthousiasme ! Pour les acteurs, les équipes, les supporters, les commentateurs de presse, les spectateurs. L’année de toutes les espérances pour ceux d’hier et les nouveaux, transferts ou débutants.

Un des joueurs, tout rayonnant de joie, revêtu de la nouvelle tenue de son nouveau club, faisait le signe de la croix et pointait ses index vers le ciel, comme des antennes captant le Wifi divin, une force, objet de sa foi, capable, selon lui, de s’attirer le compagnonnage et l’énergie d’un ami sûr, et qui lui viendra en aide dans le terrible combat pour la victoire.

Puisse-t-il en être de même pour tous les jeunes, leurs parents, leurs enseignants qui abordent la rentrée scolaire ! Puisse-t-il en être de même pour le redémarrage des équipes pastorales, des aumôneries, qui ont la responsabilité d’aider à découvrir le SENS de la VIE qui est aussi un dur combat, afin de relever les nombreux défis qui se présentent à tous.

Je ne peux m’empêcher de vous livrer en cadeau ce très beau texte du Pape François, tiré de son «exhortation apostolique «la joie de l’Évangile (11) » et intitulé: « Une éternelle nouveauté ».

« Le Christ est toujours jeune et source constante de nouveauté. Il est « la Bonne Nouvelle éternelle (Ap14,6). Et il est « le même hier et aujourd’hui et pour les siècles » (Héb 13,8). Il rend ses fidèles toujours nouveaux, bien qu’ils soient anciens : « Ils renouvellent leur force, ils déploient leurs ailes comme des aigles, ils courent sans s’épuiser, ils marchent sans se fatiguer » (Is 40,31). Le Christ peut toujours, avec sa nouveauté, renouveler notre vie et notre communauté, et même si la proposition chrétienne traverse des époques d’obscurité et de faiblesse ecclésiales, elle ne vieillit jamais. Jésus Christ peut aussi rompre les schémas ennuyeux dans lesquels nous prétendons l’enfermer et il nous surprend avec sa constante créativité divine. Chaque fois que nous cherchons à revenir à la source pour récupérer la fraîcheur originale de l’Évangile, surgissent de nouvelles voies, des méthodes créatives, d’autres formes d’expression, des signes plus éloquents, des paroles chargées de sens renouvelé pour le monde d’aujourd’hui. En réalité, toute action évangélisatrice authentique est toujours « nouvelle ».

La véritable nouveauté est celle que Dieu lui-même veut produire de façon mystérieuse, celle qu’Il inspire, celle qu’Il provoque, celle qu’Il oriente et accompagne de mille manières. Dans toute la vie de l’Église, on doit toujours reconnaître que l’initiative vient de Dieu, que c’est Lui qui nous a aimés le premier (1 Jn 4,19) et que « c’est Dieu qui donne la croissance » (1 Co 3,7).

Pierre VANDENBERG.

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POUR QUE RIEN NE SE PERDE (BN de septembre 2015)

« Un grand rassemblement de plus de cinq mille hommes a eu lieu dans un endroit désert, pas loin du lac de Tibériade appelé aussi mer de Galilée. Une foule immense suivait Jésus à la trace, car Il accomplissait des signes sur les malades. » (Jean 6,2)

Sans publicité tapageuse, sans préparation. Pas d’infrastructures spécialement réservées à l’accueil. Pas de commerce ambulant. Pas de croix ni de croissant rouge pour distribuer les bouteilles d’eau par temps de canicule. Pas de toilettes mobiles pour satisfaire des besoins urgents. Pas de musique d’ambiance pour conditionner la foule. Pas d’appareils de diffusion pour l’orateur. Pas de moyens de transport individuel ou commun. Pas de contrôle de sécurité sur des armes éventuelles ou la drogue. C’est Jésus lui-même qui attira l’attention sur la nécessité d’organiser l’intendance : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? » (Jean 6,5)

Et Philippe évalua le coût probable de la nourriture à plus de 200 journées de travail. Tandis qu’André, le frère de Simon-Pierre, lui, n’avait pas les yeux en poche: il avait remarqué la présence « d’un jeune garçon avec cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! » Nul doute qu’il y eut négociation entre André et le gamin avant que Jésus ne prenne en main les cinq pains d’orge du jeune, à la fois prévoyant et généreux. « Après avoir « rendu grâce » il les distribua aux convives et il leur donna aussi du poisson autant qu’ils en voulaient. Tous mangèrent à leur faim.» (Jean 6,12)

Les médias du lendemain qui ont rapporté l’événement n’ont pas parlé de ticket, de file à la caisse, d’incidents éventuels, de bousculades, ni de canettes vides, de papiers, de plastic, etc… Seulement d’un conseil précieux : « Rassemblez les morceaux des pains d’orge en surplus, pour que rien ne se perde ». On ramassa douze paniers pleins de restes en surplus pour ceux qui prenaient cette nourriture.

Le 24 mai 2015 le Pape François a publié son encyclique « Loué sois-Tu » tant attendue et lancé à travers elle un véritable cri d’alarme sur l’écologie intégrale. Une vraie symphonie sous tous les aspects tant tragiques que mystiques, à travers ombres et lumières, incohérences et espérances, de la crise écologique de notre monde, qui est la maison commune où tous sont invités à vivre ensemble. Il appelle ainsi chacun(e) à prendre soin de ce trésor confié à toutes les générations.

« Nous sommes bien conscients de l’impossibilité de maintenir le niveau actuel de consommation des pays les plus développés et des secteurs les plus riches des sociétés, où l’habitude de dépenser et de jeter atteint des niveaux inédits. Déjà les limites maximales d’exploitation de la planète ont été dépassées, sans que nous ayons résolu le problème de la pauvreté » (n°27). Et la dégradation de l’environnement comme la dégradation humaine sont intimement liées » (n°56).

« Faites asseoir les gens ! » dit Jésus aux apôtres. Fameux programme que cette mission des communautés d’Église nouvelle! Sans doute pour réfléchir et prendre des décisions nécessaires concernant notre terre opprimée et dévastée, qui gémit en travail d’enfantement (Rom 8,22). Toutes les forces vives sont invitées à s’engager: aussi bien les « racines » qui sont les anciens, que les « ailes » propres à la jeunesse, afin de « rassembler les morceaux » qui rempliront les paniers, et ainsi nourrir l’humanité entière.

« La façon correcte d’interpréter le concept d’être humain comme ‘seigneur de l’univers’ est plutôt celle de le considérer comme ‘administrateur responsable’ (n°116).

Pierre VANDENBERG.

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QUE MA JOIE SOIT EN VOUS ! ( BN de juin 2015)

« Il n’a pas seulement traversé les mers mais quitté le ciel, pour rejoindre la terre des hommes.»

Deux disciples du Baptiste se mirent à suivre Jésus…et lui demandèrent: « Maître, où demeures-tu ? » « Venez et voyez », leur dit-il.

Une demeure est un lieu où l’on pose ses valises pour s’y domicilier, s’identifier, l’habiter et y vivre heureux. On y naît, on y vit sa croissance, on y pousse des racines, tronc et branches, dans toutes les directions et dans la diversité. On y noue des relations de citoyenneté avec le monde entier. On s’y informe et se forme grâce aux technologies nouvelles, internet, GSM, GPS, Smartphones, Facebook, robots, écrans multiples, qui font de nous des personnages numériques dans un monde en pleine mutation. Le souci premier est à travers tout cela de préserver et de développer l’humain en l’ouvrant à toutes ses dimensions.

La demeure est aussi un lieu où l’on se repose, se nourrit, s’affronte, se réconcilie, où l’on partage joies et espoirs, tristesses et angoisses journalières; lieu où on éduque son cœur à l’amour.

Oui ! « Maître, où demeures-tu ? » Le monde a bien changé en deux mille ans ! Et c’est aujourd’hui qu’Il répond: «Venez et voyez! Demeurez dans mon amour… pour que ma joie soit en vous et que vous soyez comblés de joie. (Jean 15,11). Irons-nous nous aussi comme ils y allèrent ?

Dans ce nouveau contexte qui évolue chaque jour, ce sont toujours les petits gestes de la vie quotidienne qui révèlent que Dieu fait sa demeure dans l’homme qui accepte de lui ouvrir la porte de son cœur.

Il appelle les hommes «ses amis», ceux pour qui il donne sa vie. Tous sans exception, même si ceux-ci ne le comprennent pas, l’abandonnent ou même le renient ou le trahissent. C’est ce qu’Il appelle son «commandement nouveau», car Il est le premier à le mettre en pratique et que c’est la route qu’Il nous invite à prendre pour le suivre.

C’est dans cet esprit qu’aucune mer, fût-elle celle du «milieu-des-terres» ne peut rejeter les chercheurs de vie, de développement, de relations, d’épanouissement et même de Dieu. N’est-ce pas « le cœur de Dieu qui est la vraie demeure de l’humanité tout entière, depuis que Dieu a choisi pour demeure le cœur de l’homme ! »

Pierre VANDENBERG.

 

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Fraîcheur d’aube nouvelle (BN de mai 2015)

Les chrétiens et tout homme de bonne volonté ont bénéficié ces derniers temps de quarante jours de carême pour se préparer à célébrer la fête de Pâques. Ils ont maintenant cinquante jours de temps pascal pour approfondir, digérer, méditer, actualiser, goûter ce cadeau du Ciel qu’est le MYSTERE PASCAL et ouvrir leur cœur à l’Esprit Saint de la Pentecôte.

Pendant ce temps-là, le vent souffle fort pour vouloir supprimer à la jeunesse les cours de religions et de morale laïque et les remplacer par des cours de ‘citoyenneté’. C’est une manière sans doute «d’assécher les sources de la vie, alors que ce matin, Alléluia ! notre naissance a jailli du tombeau».

Les noms des congés scolaires, à références trop religieuses pour certains, reçoivent d’autres dénominations au nom d’une certaine modernité.

«Subtile désertion du lieu de nos combats, alors que ce matin, Alléluia ! l’espérance a jailli du tombeau».

Dans quelques pays, pas très éloignés de chez nous, les chrétiens sont pourchassés et quelquefois violemment éliminés, rappelant ainsi le temps des persécutions. «Action de prendre la mort au lieu de prendre vie, alors que ce matin, Alléluia ! notre avenir a jailli du tombeau ».

Et pourtant les Actes des Apôtres, par les paroles de l’apôtre Pierre s’adressant au peuple, nous annoncent: «Le temps de la FRAÎCHEUR va venir, Il enverra le Christ qui vous est destiné ». (Actes des Apôtres 3, 20)

Le chemin de la FRAÎCHEUR sera de vivre ensemble l’année de la MISÉRICORDE à l’invitation du Pape François. Il veut en faire un programme «d’Année jubilaire», 50 ans après la fin du Concile Vatican II, pour découvrir ou redécouvrir toute la richesse du Mystère Pascal et «la joie de l’Évangile».

Le mystère est cette réalité cachée, invisible maintenant, mais cependant bien réelle, qui traverse chaque personne et l’humanité tout entière. Les cinq sens de notre corps, qui disparaîtra en poussière à la fin de notre course terrestre, ne suffisent pas pour percevoir cette dimension divine de nos existences ; il faut y ajouter celle du ‘cœur animé par la FOI’.

La réponse à cet appel à la conversion est un acte personnel et totalement libre. Elle consiste à ouvrir la porte, si souvent verrouillée, aux appels désespérés de Celui qui frappe au cockpit de notre cœur, afin d’y entrer et d’élaborer avec nous, qui sommes ses copilotes, le plan de vol et d’atterrissage en toute sécurité. Il nous indiquera les pistes les plus sûres et les commandes efficaces pour arriver à bon port et conduire l’humanité entière vers les sommets de la béatitude à la fois personnelle et du ‘vivre ensemble’.

Les communautés nouvelles qui formeront l’Église de demain seront porteuses de ce formidable projet de vie tenant compte du respect de la dignité de chacun dans ses diversités, sachant que «La croix du Christ est chemin de Vie, d’Espérance, de Résurrection ».

Pierre VANDENBERG.

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‘Va, reconstruis ma maison.’ (BN d’avril 2015)

Le 11 septembre 2001, les États-Unis étaient frappés en plein cœur par des forces terroristes internationales, provoquant partout la peur panique. Des avions de ligne détournés s’encastrèrent dans les tours jumelles à NEW-YORK et firent des milliers de victimes innocentes. Une nouvelle forme de guerre était ainsi déclarée qui se poursuit et s’étend jusqu’à nos jours, semant terreur et insécurité.

«Là où est la haine, que je mette l’amour » disait saint François d’Assise.

«La vie et la mort s’affrontèrent en un duel prodigieux. Le Maître de la vie mourut; vivant, Il règne. » proclame la séquence pascale.

Le travail et l’engagement proposés par le prophète Isaïe (58,12) sont immenses:

«Rebâtir les ruines anciennes…

Restaurer les fondations séculaires…

Réparer les brèches…

Remettre en service les chemins… »

La croix du Christ est, pour les chrétiens, chemin de Résurrection.

Chaque jour nous est donné à vivre pour construire:

Construire l’Espérance.

Faire et reconstruire le monde. Notre temps, comme tous les siècles, est le temps de la reconstruction, avec créativité, responsabilité, solidarité et détermination. Temps de résurrection, toujours à l’œuvre, dans le concret des réalités de la vie, en cette époque, qui est la nôtre, et qui nous est donnée en cadeau.

Il n’existe pas d’  »île de rêve  » où tout serait meilleur qu’ici. Injustices et inégalités sociales sont des obstacles, des défis à affronter. Ils ne peuvent être des écrans qui nous empêcheraient de voir la beauté et la grandeur du monde, ainsi que la dignité fondamentale de celles et de ceux qui l’habitent.

Car « tout homme, marqué par les multiples manques et aspirant à la plénitude, est vitrail d’éternité. »

L’Espérance est à vivre au présent. Elle est la trame cachée et mystérieuse qui donne sens au tissage journalier de la toile de «notre volonté de vivre ensemble.» C’est par cette Espérance que tous obtiendront la Vie, car tout homme, créé à l’image de Dieu, est une histoire sacrée.

C’est dans le quotidien qu’advient la Bonne Nouvelle, quand, au milieu des multiples dangers des déserts du monde, habités à la fois par les bêtes sauvages, mais aussi les anges acteurs d’humanité, se vit concrètement «la joie de l’Évangile».

« Recherchons donc ce qui contribue à la paix, et ce qui nous associe les uns aux autres en vue de la même construction. » (Rom.14,19)

Joyeuses fêtes de Pâques

Pierre VANDENBERG.

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Carême: sauvons les canaris (BN de mars 2015).

Ils étaient nombreux autrefois nos anciens à descendre dans la mine pour en extraire le charbon, souvent avec la peur au ventre à cause de cet ennemi invisible qu’était le grisou. Ce gaz méthane, mélangé avec l’air explose au contact d’une flamme. Afin de détecter sa présence, et bien avant que l’on utilise la fameuse lampe de mineur, les travailleurs du charbonnage prenaient avec eux un canari; si l’oiseau chantait, c’était que tout allait bien, mais s’il mourait asphyxié, c’était signe qu’il fallait s’attendre au pire.

Notre société d’aujourd’hui est devenue un immense puits de mine avec quantité de galeries à traverser afin d’assouvir nos soifs et nos nombreux besoins quotidiens, en affrontant tous les dangers, souvent invisibles, qui guettent nos existences. Et les peurs sont multiples. Nos canaris détecteurs sont souvent des caricaturistes-prophètes qui, par l’humour et la déraison, ces mamelles de liberté, nous font à la fois rire ou pleurer.

Reconnaissons-leur le droit et le devoir de chanter face à tant d’excès qui nous guettent au long des routes, ainsi que devant les dérives et magouilles de ceux qui se croient habiles et puissants, mais pas toujours serviteurs du plus grand nombre de l’humanité, pour guider le monde et organiser la vie en société.

Aujourd’hui les charbonnages sont fermés; ce n’est plus le grisou qui menace, car il est enterré et ne fait plus peur. Mais la violence cachée parfois derrière une rafale inattendue de kalachnikov ou un calicot provocateur déployé par surprise, ou même un simple coup de langue mal contrôlé, et instantanément répercuté par des médias se disant soucieux de liberté d’expression et de respect; tout cela peut faire peur et causer d’énormes dégâts « Qui donc est Dieu que nul ne peut aimer s’il n’aime l’homme? Qui donc est Dieu qu’on peut si fort blesser en blessant l’homme? ( L 82 )

C’est pourquoi il pourrait être utile de faire du temps de Carême, ces quarante jours de marche vers Pâques, un temps de l’humour en commençant par rire de nous-mêmes et de ce qui nous entoure. Manière ainsi d’assainir l’espace qui nous est donné et d’y détecter, en les dénonçant, les semences d’ignorance, d’obscurantisme, de haine, de désespoir qui produisent et arment les assassins des valeurs de vie qui nous animent.

Nous voulons cependant les défendre becs et ongles, contre vents et marées, ces valeurs qui sont la source de nos libertés, qui nous remettent debout et mènent à la résurrection de l’humanité tout entière, à la suite du Premier Ressuscité.

Le Carême est ce temps qui nous est donné pour vaincre toutes les peurs qui mènent à l’isolement et à la colère. Cette dernière mène à la haine, à la tristesse, au dégoût et fait entrer dans la spirale de la violence qui fait saigner les corps et les cœurs.

«La joie de l’Évangile » pour celles et ceux qui s’en nourrissent, peut être l’antidote à toutes les peurs. En effet:

« Ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de raison. » (2ème lettre de saint Paul à Timothée 1,7-8 ).

« La dignité de la personne humaine et le bien commun sont au-dessus de la tranquillité de quelques-uns qui ne veulent pas renoncer à leurs privilèges. Quand ces valeurs sont touchées, une voix prophétique est nécessaire…en définitive, une paix qui n’est pas le fruit du développement intégral de tous n’aura pas d’avenir et sera toujours semence de nouveaux conflits et de diverses formes de violence…

C’est un travail lent et ardu qui exige de se laisser intégrer et d’apprendre à le faire au point de développer ‘une culture de la rencontre dans une harmonie multiforme’. » (Exhortation apostolique du Pape François 218-220)

Oui en effet: « L’accomplissement parfait de la loi, c’est l’amour » (Rom.13,10)

Pierre VANDENBERG.

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La maison de Dieu, c’est l’homme (BN de février 2015)

« Un aveugle qui mendiait était assis au bord du chemin » (Luc 18,35)

Une marée humaine traversait la capitale, et cela faisait beaucoup de bruit : pétards, calicots, pancartes, slogans, klaxons, cris, chants, etc… Ce n’était plus le Nazaréen avec sa troupe, qui passait, me suis-je dit.

Mais en ouvrant les yeux, attentif aux revendications des passants, dont j’étais, notre programme n’était guère éloigné du Sien: « dignité pour tous, justice, équité, respect des plus faibles : arrêtez d’appauvrir la population par des mesures que vous faites peser sur les épaules des blessés de la vie, afin de sauvegarder vos privilèges. » « Arrêtez de casser par petites doses successives ce que des partenaires sociaux ont construit, en négociant jour après jour, comme filet de protection sociale au service de la vie des personnes et de la collectivité. »

Cette foule immense faite de près de 120.000 participants était là, finalement, pour qu’il n’y ait plus d’aveugles forcés par quelques-uns d’être assis au bord de la route pour mendier.

J’ai alors révisé ma pensée, aiguisé mon regard, ravalé mes préjugés et témoigné : « j’ai vu que le Nazaréen était non seulement avec eux, mais que c’était eux », dans ce défilé courageux, déterminé, bien organisé, même parfois perturbé. « Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est vraiment à Moi que vous le faites. » (Matthieu 25)

Je n’ai pu m’empêcher de repenser aux paroles de l’Apocalypse de saint Jean, livre des « Révélations » : « J’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout, en vêtements blancs (même si aujourd’hui les couleurs ont changé) avec des palmes à la main » (Ap.7, 9). Un ancien dit : « Ces gens…qui sont-ils et d’où viennent-ils ? » Il lui fut répondu : « Ils viennent de la ‘grande épreuve’ (qu’est le quotidien de notre monde) et marchent afin que jamais plus ils ne souffrent de la faim ni de la soif ; jamais plus ils ne soient accablés ni par le soleil, ni par aucun vent brûlant. Et ceux qui ont mission de les conduire, les guident aux sources des eaux de la vie, en essuyant toutes larmes de leurs yeux. »

Quelques jours avant, le 28 octobre exactement, dans les locaux du Vatican à ROME, le Pape François avait organisé une rencontre (insolite, pour certains) de membres et de responsables de mouvements populaires de différents coins du monde. Parmi eux, des paysans sans terre qui occupent illégalement des propriétés, des travailleurs informels, des femmes révoltées, des recycleurs de métaux, des chiffonniers, des habitants de favelas, des dirigeants menacés par des escadrons de la mort, etc. Une véritable assemblée mondiale de ‘damnés de la terre’, mais des damnés qui se battent et ne se résignent pas.

Il leur adressa ces paroles : « Un coin de terre, un toit, un travail, pour lesquels vous vous battez, sont des droits sacrés. Les réclamer n’a rien d’inédit. Celles et ceux qui veulent remettre la dignité de l’homme au centre des préoccupations et construire sur ce pilier les structures sociales dont nous avons besoin, il faut le faire avec détermination, mais aussi avec intelligence ; avec ténacité, mais sans fanatisme, avec passion, mais sans violence. » « Quand on déplace l’être humain du centre du système et qu’on le remplace par l’argent-roi, il faut hausser la voix. » « La solidarité est une manière de faire l’histoire. » « Nous disposons d’un programme que j’oserais qualifier de révolutionnaire : les béatitudes du sermon sur la montagne, rapporté par saint Matthieu dans son Évangile. »

Nos fêtes et nos célébrations chrétiennes n’existent-elles pas pour nous apprendre à nous incarner (Noël), à être proches et solidaires de tous les mendiants du monde ? Écouter les cris de souffrance (la Croix), donner le meilleur de soi-même pour la cause de la justice, afin que tous vivent pleinement et ressuscitent (Pâques).

Parce que tout homme est une histoire sacrée, créé à l’image d’un Dieu qui veut un avenir de bonheur pour tous. Pour qu’il n’y ait plus d’aveugle, mendiant, assis au bord des routes du monde !

Plus que jamais, il est temps que « le zèle de ta maison qu’est l’homme nous dévore ». (Psaume 69,10)

Pierre VANDENBERG.

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Pour deux sous ! (BN de décembre 2014)

«Est-ce qu’on ne vend pas cinq passereaux pour deux as ?» (Luc 12,6)

Il avait noté les prix en allant faire son marché. Bon observateur ou client de passage, fréquentant les lieux publics, Jésus avait remarqué que, pour calmer une petite faim pour deux sous (des pièces rouges ?), une brochette de cinq moineaux avec un bout de pain, ce n’est pas trop cher, même s’il n’y avait pas de quoi faire bombance!

Avec sa manie d’un regard perçant, «comme s’il voyait l’invisible», il affirma un jour, devant une foule rassemblée par milliers et par milliers au point qu’on s’écrasait les uns les autres, «pas un seul de ces oiseaux n’est indifférent aux yeux de Dieu».

Il ne nous viendrait sans doute plus à l’esprit, en ce temps hautement sécularisé, d’affirmer haut et clair une telle vérité de foi! Pour Lui, c’en est cependant assez pour nous faire comprendre la valeur, la dignité fondamentale, de toute personne en commençant par la plus petite.

De plus, de manière ironique, Jésus insiste: «Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés» (Luc 12,7). Les chauves ont dû bien rire que cette parole arrivât jusqu’à nous. Le mystère du Royaume de Dieu est proclamé en peu de mots et de manière lapidaire!

C’est pour nous faire comprendre cette vérité fondamentale sur l’homme que Dieu, en Jésus, s’est fait l’un de nous à Noël. Il quitte son ciel et nous rejoint, venant habiter chez nous, dans une famille «complexe et problématique» au milieu des petits et des grands conflits quotidiens de société.

«Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu, mais il s’anéantit lui-même prenant condition d’esclave.» (Philippiens 2,6) Il est venu! Il vient! Il viendra! Oui, mais pour faire quoi?

D’abord comme lumière du monde: fin décembre, les nuits les plus longues nous font aspirer à la lumière, ne fût-ce qu’en allumant une bougie pour voir plus clair et ne pas trébucher.

Le résultat en est que: «Tout ce qui est voilé, sera dévoilé, Tout ce qui est caché sera connu, Tout ce que vous direz dans l’ombre sera entendu au grand jour , Tout ce qui se dira à l’oreille sera proclamé sur les toits. » (Luc 12,2)

Mais quel branlebas de combat sera suscité partout et en tout temps par ce grand déballage fait d’ombres et de lumière, de défis exaltants, d’épreuves dramatiques, de ‘nouveautés dont Dieu lui-même n’a pas peur’ !

C’est l’heure de vérité face à toute forme de mensonges et de tromperies: «Méfiez-vous bien à cause du levain des pharisiens.» (Luc 12,1)

C’est l’heure de l’espérance: «Vous valez plus que tous les moineaux du monde.» (Luc 12,7)

C’est l’heure de l’amour: «Ce qui peut rendre heureux tout être humain sans exclusion, c’est la joie que l’Évangile est capable de mettre en œuvre dans toutes les situations, aussi surprenantes soient-elles.» dit le Pape François dans son exhortation apostolique.

La tenderie est un sport d’automne piégeant les oiseaux migrateurs qui vont passer l’hiver ailleurs. Elle est interdite aujourd’hui chez nous, mais on ne jette pas les filets que dans la mer. Une brochette de cinq moineaux pour deux sous peut calmer nos faims les plus profondes de sens à donner à la vie personnelle et familiale. La Parole de Dieu calmera surtout nos manques de foi, en nous rappelant, en ce temps d’Avent et de Noël, que «chauves ou chevelus, nous valons plus que tous les oiseaux du monde, parce que nous sommes faits à l’image d’un Dieu d’amour et destinés à l’éternité.»

Joyeux Noël et Bonne Année!

Pierre VANDENBERG.

 

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